Solutions pour un monde meilleur

Dans ce texte, je propose quelques constats accablants sur la situation actuelle, qui montrent l’urgence de changer radicalement la société. La 2ème partie présente un aperçu de la vie en France en 2057, 30 ans après la révolution. La 3ème partie revient à 2020 et propose quelques pistes concrètes pour la transition vers cette société désirable, à horizon 2, 5 et 10 ans.

Table des matières

  1. Constats

1.1.       Déshumanisation par le numérique

1.2.       Les humains eux-mêmes sont robotisés

1.3.       Financiarisation à marche forcée

1.4.       Pilotage de la société toute entière par des dispositifs techniques esclavagisants

1.5.       Politiciens et journalistes dominants nous prennent pour des imbéciles

1.6.       La santé détruite pour quelques lobbys

1.7.       L’écologie considérée comme un domaine particulier, compatible avec le capitalisme

1.8.       Destruction des classes moyennes et populaires et négation de leur dignité

1.9.       Les animaux, niés comme êtres sensibles et dignes

1.10.          Fin de l’aménagement du territoire

1.11.          La recherche et l’éducation asservis

1.12.          La fascisation de la société et la réémergence de la barbarie

       2. Dans quelle société nous pourrions vivre

       3. Les chemins pour y arriver

3.1.       Choisir la démocratie

3.2.       Etendre les conquêtes des révolutionnaires de l’après-guerre

3.2.1. Principes généraux

3.2.2. Mesures pour la transition

      Conclusion

[Texte écrit en 2019, publié en mai 2020]

 1.       Constats

1.1.  Déshumanisation par le numérique

La déshumanisation de notre société s’est accélérée spectaculairement ces dernières années. Une de ses manifestations est la suppression des accueils et conseillers humains et leur remplacement par des sites web et serveurs vocaux. Par exemple, les préfectures n’assurent plus de guichet d’accueil[1]. La prise de rendez-vous se fait en ligne, même pour les demandeurs d’asile qui parfois ne savent ni lire ni écrire ou ne comprennent pas le français. De surcroît, il faut souvent lutter contre des formulaires web inadaptés, non fonctionnels ou incompréhensibles pour être pris en compte[2]. Avec les caisses automatiques dans les supermarchés, on gagne du temps mais on perd du lien.

Même les services privés sont sérieusement défaillants: dès que la requête sort de l’ordinaire, les sites et formulaires ne fonctionnent plus. Il suffit d’essayer de réserver un billet de train avec aller et retour différents, ou de vouloir comparer des tarifs avec différentes cartes de réduction, pour s’en rendre compte.

Les ravages des tablettes sur les enfants (retards cognitifs, difficultés de concentration) et des smartphones sur les adolescents (modification des interactions, estime de soi)[3] font régulièrement l’objet de dénonciations, non suivies d’effet[4].

Les réseaux sociaux et la possibilité constante de filmer avec un objet de poche ont également transformé la société: pas de droit à l’oubli, à l’erreur, à l’effacement d’une information indésirable ; publicisation de la vie privée parfois à son insu ou sans qu’on puisse revenir dessus a posteriori ; dénonciations abjectes ; accès précoce à la pornographie; suicides[5] ; sévérité du jugement et enfermement dans une bulle qui renforce sa vision du monde; standardisation et réduction des découvertes possibles par la disparition du hasard, alors même que les algorithmes ne cessent de proposer des contenus personnalisés[6]. Or, les trajectoires technologiques ne sont pas inéluctables[7]. Elles doivent pouvoir être débattues et choisies par la délibération collective.

1.2. Les humains eux-mêmes sont robotisés

Pendant longtemps, la crainte des auteurs de science-fiction était une révolte des robots contre leurs concepteurs. En réalité, la tendance actuelle est plutôt la fusion de l’homme et de la machine ou l’humain devenu cyborg. Cette réalité dont nous vivons les prémisses repose sur une idéologie assumée par l’élite technico-économique à travers le délire transhumaniste[8]. Cette fusion prend actuellement plusieurs formes. D’une part, la transformation de chaque individu en producteur de données en temps réel, analysées par de l’intelligence artificielle pour prescrire en permanence le bien et le vrai[9], grâce à la médiation de capteurs, de caméras, d’écrans et d’ordinateurs, smartphones, tablettes ou puces, tous connectés et en réseau. D’autre part, la soumission des travailleurs et des citoyens aux besoins des machines elles-mêmes, à leurs cadences, à leurs interfaces, et la standardisation pour produire du big data. Les plateformes de service après-vente en sont l’archétype : après avoir été filtré par des serveurs vocaux interminables, l’on est mis en relation avec des « conseillers » eux-mêmes robotisés jusqu’au ton et aux phrases qu’ils prononcent, le tout enregistré pour pouvoir être analysé, processé, rationalisé. Enfin, la fusion homme-machine passe par l’introduction directe d’objets technologiques dans les corps : broches et pacemakers côté préhistoire, bracelets ou montres électroniques, puces à radiofréquences (RFID), électrodes reliées au cerveau pour contrôler un ordinateur, et bientôt nano-puces connectées dans le cerveau (Minatec à Grenoble y travaille activement[10]). Avec Internet dans le cerveau[11], le devenir cyborg ou robotisation de l’humain passera un cap décisif. Pourtant, ceci n’est jamais débattu, aucun choix de société n’a été décidé par le peuple qui n’a simplement pas son mot à dire et doit accepter d’être robotisé.

1.3. Financiarisation à marche forcée

La société toute entière est soumise aux désirs de la finance et des financiers[12]. On connaît bien les impératifs de rentabilité du capitalisme actionnarial, la privatisation des gains, la socialisation des pertes, la destruction des statuts des travailleurs par la sous-traitance, la filialisation, la délocalisation et les contrats précaires.

D’autres formes de financiarisation sont moins souvent relevées. Par exemple, le développement massif de l’assurance, imposée ou volontaire, est flagrant[13]. Une assurance est « conseillée » même pour un billet de train, un chat, une micro-association qui a besoin d’une salle.

La publicité, condition nécessaire de l’économie capitaliste et de la marchandisation du monde, envahit nos vies à chaque instant, en même temps que les écrans. L’irruption des écrans est un fait social total majeur dont on peine encore à mesurer l’ampleur et les effets. Cette nouvelle forme de colonisation[14] permet au capitalisme financier d’entrer dans notre intimité et dans chaque recoin. Elle n’est pourtant pas discutée.

Dans les entreprises, on assiste à la réduction progressive de toutes les petites marges de manœuvre des travailleurs au profit des gains de productivité[15]. Le fétichisme du chiffre est partout, de même que le pilotage des activités par le cash[16].

1.4. Pilotage de la société toute entière par des dispositifs techniques esclavagisants

Compteurs Linky et Gazpar, caméras vidéo, wifi, puces RFID, GPS, diffusion wifi et 4G-5G[17] partout : nous assistons à la création d’un monde à réalité augmentée, un internet des objets présent partout dans l’espace et en permanence. Les capteurs occupent d’abord les rues, puis les bâtiments, les maisons, les objets, les animaux, la nature et enfin les humains à travers les montres connectées qui sont des dispositifs de conseil médicaux, les bracelets électroniques et parfois les puces RFID sous la peau[18]. Ces technologies de rationalisation obligent l’humain à devenir lui-même une machine : contrôlé en permanence, soumis aux « conseils » et à la vérité des machines.

Nous sommes de plus en plus amenés à évaluer et noter toutes nos activités et expériences : évaluation des achats, des conseillers, des services hôteliers, des chauffeurs Uber ou Blablacar, des restaurants, hôtels et attractions touristiques avec Tripadvisor, etc. La tendance est à la notation de tous par tous. En Chine, une note sociale est attribuée par le gouvernement sur la base du traitement de toutes les données récoltées sur l’individu[19]. L’ancienne ministre proposait même de noter les hôpitaux[20].

Ces dispositifs techniques permettent la dématérialisation de l’humain, de l’économie et de la monnaie au prix d’une rematérialisation des serveurs, elle, bien réelle en termes de consommation d’espace, d’énergie et de matière[21]. Couplées avec le croisement des bases de données et l’analyse de ces volumes immenses de données par et pour l’intelligence artificielle, la société est de plus en plus rationalisée et asservie par ce nouveau management des hommes et des choses. La gouvernementalité biopolitique de Foucault[22] paraît fade à côté de cette nouvelle forme de soumission qui la remplace à une vitesse effrénée. Elle permet également de gérer l’ensemble de nos vies comme des marchés[23].

1.5. Politiciens et journalistes dominants nous prennent pour des imbéciles

Un des moteurs majeurs des gilets jaunes est la perception très claire du mépris de classe affiché des dirigeants et par de nombreux journalistes. Les manipulations de l’information par les politiciens, avec la complicité des journalistes dominants, sont grossières. Le niveau d’information dans les médias de masse est grotesque et ne permet pas d’éclairer les grandes questions. Ce qui a changé, outre la standardisation d’un journalisme majoritairement au service de la classe dirigeante et de ses actionnaires-milliardaires[24], c’est sans doute que ça se voit, et que des mini-médias alternatifs (sites web, blogs, chaînes youtube, pages facebook) se multiplient.

On assiste au resserrement de l’emprise de l’oligarchie qui ne se cache plus pour servir ses intérêts contre le peuple. Pour cela, elle n’hésite pas à détruire la vie elle-même. Le système politique français s’apparente de plus en plus à une république bananière, avec des élites intellectuelles et politiques moralement corrompues et sans autre vision que l’enrichissement d’une caste à très court terme. Il ne s’agit pas seulement de la classe politique, mais également de l’élite formée par les grandes écoles (Sciences Po[25], Polytechnique, l’ENA, les Mines, les Ponts, HEC, etc.). Le système français était basé sur la capacité de cette noblesse[26] endogame à proposer une vision économique et industrielle à long terme au service de l’Etat. Or leur transformation en caste dont le seul but est désormais de s’enrichir le plus vite possible[27], et leur fusion avec la classe des élites économiques et financières elle-même, déstabilise l’ensemble du système français. Il n’est qu’à voir la destruction consentie des industries, l’absence de vision industrielle ou économique, la poursuite d’une matrice énergétique obsolète et la défense des industries les plus polluantes et mortifères pour se rendre compte de l’étendue de leur trahison.

Cette absence totale de vision et d’imagination, cette incompréhension des grands enjeux de notre temps se double de l’affichage d’un mépris, voire d’une haine du peuple qu’ils craignent et ne connaissent pas.  De surcroît, l’oligarchie a organisé son impunité face à la justice[28], et à l’inverse fait montre de la fermeté la plus extrême contre les classes populaires : peines plancher, répression violente, militarisation de la société, agression contre les opposants et les mouvements sociaux[29]. Elle instrumentalise plus que jamais la sécurité et l’immigration pour s’ériger en rempart protecteur et faire diversion par rapport aux vrais enjeux. De l’autre côté, le système judiciaire est partiellement contrôlé par le politique[30].

Les institutions de la 5ème République, si caricaturales, arrivent au bout de leur légitimité. La focalisation du débat public autour d’élections qui ne veulent rien dire agace désormais le plus grand nombre. La conscience du caractère oligarchique de notre régime augmente, et les aspirations démocratiques deviennent massives. De nombreux citoyens français comprennent désormais qu’ils n’ont aucun pouvoir et aucune souveraineté. Ils se voient opposer une répression féroce contre les oppositions[31], idées ou projets alternatifs. La dérive autoritaire de la dernière décennie et plus encore du quinquennat Macron est très marquée[32]. Les violations des droits humains sur ordre du pouvoir et la réduction rapide des libertés sont dénoncées, y compris par des organismes internationaux. Cette militarisation d’un Etat-policier répressif touche l’ensemble de la société ; désormais même des agents SNCF sont dotés d’armes à feu et de matraques. Nous avons pris l’habitude de côtoyer des militaires en armes dans les rues de nos villes, de nous faire fouiller ou surveiller par des polices privées partout.

L’écrasement du peuple pour le compte des élites passe donc par la disqualification symbolique, la mise au pas des travailleurs et citoyens robotisés, la destruction des collectifs, les technologies de surveillance de masse, l’instillation de la peur, la militarisation de la société et pour finir la répression contre toute dissidence d’importance.

1.6. La santé détruite pour quelques lobbys

La destruction de la santé se compose d’une série d’éléments bien connus mais qui, mis bout à bout, brossent un paysage d’ensemble qui fait sens. La destruction du service public hospitalier passe par la tarification à l’acte, l’exigence de rentabilité, le sous-financement, l’insuffisance chronique des personnels, la maltraitance des agents et la fermeture de centres périphériques au profit de regroupements de plus en plus gros[33].

Le remplacement des trains par des bus[34] et la mise en concurrence intermodale est symptomatique de la trahison des élites politiques. Il en est de même de la terrible pollution de l’air dans les villes et les campagnes, sans aucune réponse que la fuite en avant[35]. La défense acharnée de l’agriculture chimique – la France est un des gros consommateurs mondiaux de pesticides, et la quantité déversée continue d’augmenter chaque année[36] – , la diminution des aides au bio[37] ainsi que l’ensemble de la politique agricole ont créé une destruction et une pollution profonde des sols, des mers et des rivières. Même l’alimentation et la santé des enfants sont sacrifiées pour l’agro-business[38]. Les solutions existent et ne sont jamais considérées sérieusement[39].

La consommation de médicaments par habitant en France est très haute[40], résultat de la politique désastreuse du médicament et d’une absence totale de vision préventive et épidémiologique, autre qu’hygiéniste. A cela s’ajoute la polyvaccination forcée aux nourrissons (11 vaccins[41]) pour complaire aux laboratoires multinationaux; la subvention par la sécurité sociale elle-même des actionnaires de big pharma[42], sans contrepartie[43]. Il semblerait que la moitié des médicaments autorisés en France soient inutiles et certains même dangereux[44]. La mise sur le marché de nouvelles molécules se fait sans réel contrôle scientifique indépendant.

En parallèle, les élites politico-médicales stigmatisent et condamnent toutes les médecines alternatives, se privant d’atouts scientifiques et rendant impossible les synergies. La médecine française, contrôlée de près par des dirigeants pétris de conflits d’intérêt[45] et en symbiose avec les multinationales de la pharmacie, est devenue arrogante, dogmatique, refermée sur elle-même et ses certitudes, autrement dit ascientifique.

Ces beaux esprits si inquiétés par l’homéopathie et les médecines naturelles ne voient rien à redire à notre exposition permanente à un cocktail chimique et à un bain d’ondes de toutes sortes. Avec la bénédiction des organisations de contrôle et des normes de « dose maximale journalière admissible » qui légalisent l’empoisonnement quotidien[46], ils tolèrent les expérimentations grandeur nature de technologies (5G, nanotechnologies, OGM, introduction d’espèces modifiées dans le milieu naturel) et de nouveaux produits sans aucune décision citoyenne ni contrôle scientifique indépendant[47]. L’explosion des cancers, allergies et autres maladies environnementales[48] n’interroge pas davantage les décideurs sur le modèle de société qui les produit. La population est enjointe à continuer de s’exposer à des substances dangereuses, s’empoisonner et se contaminer avec entrain, puisque c’est bon pour la croissance et qu’il n’y a pas de réelle opposition.

Pour couronner le tout, on assiste à une véritable psychologisation des pathologies sociales[49] et au traitement des problèmes sociaux par les camisoles physiques (prison) ou chimiques (antidépresseurs, anxiolytiques). Les citoyens, empoisonnés lentement, soumis aux pollutions des sols, de l’air, de l’eau et électromagnétiques, n’ont qu’à bien se tenir, rester enfermés ou mourir sans faire de bruit.

1.7. L’écologie considérée comme un domaine particulier, compatible avec le capitalisme

La crise climatique et la destruction de la biosphère restent largement ignorées par les élites françaises au pouvoir, alors qu’elles menacent la vie elle-même. Les scientifiques nous alertent pourtant tous les jours sur l’urgence de prendre des mesures drastiques dès maintenant.

En réponse, l’écologie est considérée comme un domaine particulier méritant un ministère ou un parti politique ou une opportunité de gains dans le champ politique en verdissant son discours ou son équipe, et non une nouvelle vision de la société nécessitant une transformation radicale pour assurer notre survie.

L’écologie est également traitée comme une source de profits à travers la croissance verte[50], la finance verte, quelques technologies bas carbone, et plus généralement les paiements pour services environnementaux et la marchandisation de la nature. Là encore, les dirigeants entretiennent la croyance que la technologie va nous sauver, accompagnée par un peu d’autorégulation des entreprises. Or, la préservation des écosystèmes est impossible dans le système capitaliste, basé sur la croissance infinie, le profit illimité et la marchandisation de la totalité de l’existence, y compris de la vie elle-même. La réduction des flux d’énergie et de matière[51] ainsi que la baisse de la démographie mondiale[52], seules voies possibles pour se mettre en conformité avec le système Terre, sont totalement tabou. Il en va de même de la maîtrise de l’économie par les citoyens eux-mêmes à la place des propriétaires de capitaux, condition nécessaire pour une écologie réelle.

1.8.  Destruction des classes moyennes et populaires et négation de leur dignité

Depuis le retour de la phase financière du capitalisme français en 1983, les inégalités se sont creusées et la précarité a augmenté. La baisse des salaires et des cotisations, l’accaparement des gains de productivité et la capture de 9 à 10% du PIB par la finance[53], la subvention des ultra-riches par le peuple (CICE, flat tax, niches fiscales…), la conditionnalité accrue aux aides sociales, le flicage massif des bénéficiaires et la destruction des services publics rendent la vie de plus en plus difficile à des millions de personnes qui n’arrivent plus à vivre dignement, même avec un emploi. Les classes moyennes se réduisent donc au profit des classes populaires et les classes populaires se prolétarisent peu à peu.

Le peuple est méprisé, nié comme producteur de valeur économique, les individus réduits à des êtres de besoin qui veulent du pouvoir d’achat – et non du pouvoir tout court, celui d’agir et de maîtriser leur destin. Leurs aspirations à contribuer au bien commun, à la liberté, à la beauté, au rêve, à l’égalité, au travail bien fait et à la démocratie réelle sont ignorées et attribuées aux seules classes dominantes. Il est frappant de voir à quel point les élites au pouvoir ignorent que la négation de la dignité humaine est un ressort très puissant de révolte et d’insurrection.

1.9.  Les animaux, niés comme êtres sensibles et dignes

L’humanité produit et consomme des dizaines de milliards d’animaux d’élevage chaque année[54] et prélève 171 milliards de kg de poissons sauvages[55]. De nombreux animaux sont élevés dans des conditions atroces, indignes, comme s’il ne s’agissait que de matière à produire. Le BTS français destiné à former des éleveurs s’appelle « production animale ». A l’inverse, des millions d’animaux de compagnie ont plus d’accès à la santé que de nombreuses personnes dans les pays en développement.

Les animaux sauvages ne sont pas mieux lotis. A mesure qu’on révère davantage son chat ou son chien, on contribue d’autant plus à détruire un million d’espèces sauvages[56]. La chasse, la pêche, la destruction d’habitats ou réduction de leur richesse et les pollutions sont à l’origine de mortalités inouïes même en France (oiseaux, insectes, animaux marins…). La situation de ces derniers est particulièrement préoccupante, victimes de la surpêche industrielle[57], de la pollution plastique, chimique, de la navigation et des changements climatiques. La mer se meurt.

Une preuve supplémentaire du manque de considération à l’égard des animaux sauvages est l’existence même de zoos. Au début du 20ème siècle les zoos humains[58] présentant les « sauvages » ou « primitifs » ne dérangeaient pas grand-monde. Aujourd’hui, les zoos animaux doivent à leur tour disparaître, pour les mêmes raisons.

1.10. Fin de l’aménagement du territoire

Les investissements de l’Etat et des collectivités se concentrent de plus en plus sur les métropoles, des zones géographiques restreintes, des « pôles d’excellence » et sur les régions, au détriment du maillage communal et départemental[59]. Les services publics disparaissent des territoires ruraux[60] et dans une moindre mesure des villes. Les territoires ruraux sont abandonnés.

Les TGV se développent au détriment des TER. La disparition des trains de nuit, des trains corail, de la tarification au kilomètre, remplacés par le modèle élitiste des compagnies aériennes, est saisissante: différentiation accrue des classes, cartes de fidélité, « alliance railteam », tarification en fonction du  remplissage, disparition de guichets[61] et focalisation sur les sites web et applications smartphone.

Les territoires et les paysages sont perçus par les élus en fonction de leur potentiel de vente. Ils deviennent des marques en concurrence les unes avec les autres[62] pour attirer et garder le plus longtemps possible les visiteurs fortunés et les entreprises.

La gestion de l’eau, de la forêt, de l’occupation de l’espace, de l’urbanisme, sont inféodées à la marchandisation et à la rentabilité et considérés du seul point de vue économique. Les grands projets inutiles et imposés[63] sont encore nombreux. La pensée architecturale française dominante fait preuve d’une sidérante absence de vision, d’innovation et d’un utilitarisme pur, hormis quelques créations réservées aux métropoles et aux plus riches. On pense les bâtiments et villes du 21ème comme celles du 20ème siècle. Les périphéries des villes sont gangrénées par les zones commerciales qui s’étendent à l’infini avec force tôle ondulée, parkings, ronds-points et paysages enlaidis. Ce modèle d’urbanisme basé sur l’expansion illimitée[64] de la tôle, de la voiture et du béton détruit les petits commerces, les espaces naturels et la cohérence des espaces habités.

1.11. La recherche et l’éducation asservis

L’investissement public dans la recherche est dramatiquement bas. Les laboratoires sont soumis aux appels d’offres et aux financements privés[65]. On veut là aussi créer des « pôles d’excellence », qui sont plutôt des amas d’entités conformistes capables de se vendre, au détriment de l’imagination, de la liberté et de la créativité des chercheurs, conditions nécessaires de l’innovation. Les universités et centres de recherche qui ne se vendent pas de cette manière sont condamnés à la misère et à l’isolement.

La recherche, victime de l’utilitarisme court-termiste, est orientée surtout dans quelques directions: les technologies de l’information et de la communication, les nanotechnologies, les sciences de la nature avec des visées d’application rapide, les technologies militaires et de surveillance, les sciences médicales au service de Big pharma et de la robotisation des humains.

L’éducation nationale est maltraitée faute de moyens. L’école est plus que jamais une énorme machine à trier, créer une élite et broyer les destins individuels par l’échec et la stigmatisation. Elle ne prépare plus des citoyens éclairés, conscients et fiers, capables d’analyser la réalité de manière critique, mais des humains-machines employables, prêts à vendre et à se vendre.

1.12. La fascisation de la société et la réémergence de la barbarie

Aux 19ème et 20ème siècles, la société tenait par le grand récit positiviste. Le progrès matériel et scientifique, la « grandeur de la nation », l’élection d’un leader qui décidait à notre place ou encore la croyance dans des  lendemains qui chantent enthousiasmaient les masses et créaient un espoir individuel et collectif. Cela s’accompagnait d’une possibilité réelle pour la majorité des gens de vivre de plus en plus confortablement. Ce récit s’est effondré avec les grandes catastrophes du 20ème siècle (guerres mondiales, guerre froide, bombe atomique, Tchernobyl…) et avec l’approfondissement de la domination, dont chacun fait l’expérience au quotidien, en particulier celle de la réduction du champ des possibles. Le grand récit positiviste n’est remplacé que par de petits récits de la puissance technologique, de la réussite de quelques personnes célèbres, de la multiplication des distractions, de la consommation, du culte du corps et de la santé et du développement personnel.

Ce repli sur l’individu narcissique[66] et la famille ne suffit plus. Le vide créé par l’effondrement de toute vision positive d’un destin commun n’est pas comblé. La spiritualité Occidentale est au point mort, l’être étant réduit à l’avoir, et la colère face aux injustices et au mépris monte rapidement. La société ayant horreur du vide, les rares idéologies de remplacement actuellement disponibles et suffisamment simples ou proches des croyances dominantes d’aujourd’hui pour être adoptées, se développent. Il s’agit du fascisme capitaliste et des fondamentalismes religieux. Si on ne leur oppose pas un nouveau récit émancipateur, un futur possible désirable et crédible, source d’une nouvelle puissance concrète individuelle et collective dont on peut faire l’expérience, ces deux formes de barbarie ne cesseront de se développer. Elles utilisent des ressorts bien connus : recherche de boucs émissaires et glorification d’un groupe social contre un extérieur menaçant, avec en plus pour les fascismes étatiques des technologies de contrôle, de surveillance et de robotisation humaine au profit de la finance.

Heureusement, des alter-récits et expériences sont en pleine constitution (partie 3), mais en course de vitesse avec les fascismes pour la détermination du type de société dans laquelle nous allons vivre. L’approfondissement de la domination capitaliste et des crises qu’elle provoque, à une vitesse inégalée depuis la fin du 19ème siècle, oblige à rendre visibles et concrètes les alter-directions le plus vite possible.  Emancipation ou barbarie !

2. Dans quelle société nous pourrions vivre

Dans la France de 2057, la misère et la précarité matérielle ont totalement disparu. Les inégalités économiques ont été réduites, et après délibération collective, les revenus sont limités à une échelle de 1 à 3. Chaque personne est reconnue comme importante, contribuant à la production de richesse et au bien commun dès sa majorité. C’est le cas de Cléone : à 18 ans, elle a commencé à percevoir un salaire correspondant au premier niveau de qualification, qui lui a permis de s’émanciper de ses parents, équivalent à environ 1700 euros dans l’économie capitaliste française de 2020. Ce salaire lui a permis de mener dans de bonnes conditions des études complètes de génie écologique, qui comprenaient un grand volet de sciences sociales. Elle a ensuite décidé de mettre ses compétences au service de la coopérative autogérée Eco-lier, une entreprise de plus de 600 personnes qui pratiquent la recherche et le conseil socio-écologique. Dans son cas, elle s’est passionnée pour l’agro-écologie et conseille désormais les paysans, distributeurs et gestionnaires de la sécurité sociale de l’alimentation.

Dans son entreprise, chaque personne est en contact avec ses pairs et protégé par des syndicats gérés par les travailleurs eux-mêmes, au plus près de leur réalité. Le travail est organisé de manière à permettre également à chacun de prendre part à toutes les décisions importantes dans son travail, sa cité, son pays. C’est ainsi qu’une partie importante de son temps lui est laissée pour produire autrement : délibérer avec les autres, faire de l’art, aider ses proches, tester ou aider un nouveau métier ou une autre entreprise, élever ses enfants, cultiver son jardin, etc.

Eco-lier est gérée par Cléone et ses collègues, associant les usagers réunis en collectifs. Son salaire n’est pas versé par l’entreprise mais par la caisse des salaires, en fonction de sa qualification personnelle, selon une progression de carrière continue à partir de 18 ans et qui peut aller jusqu’à tripler au cours de sa vie. Elle peut être démise de son emploi pour faute ou incapacité, ou encore démissionner, mais quoi qu’elle fasse, elle gardera toujours son salaire puisque sa qualification est attachée à sa personne et ne peut diminuer.

Dans sa commune, aucune décision importante ne peut être prise sans qu’elle ou tous ses voisins ait pu y prendre part et influencer la décision si elle le souhaite. Elle peut également proposer elle-même des politiques, mesures, amendements ou décisions aux assemblées décisionnaires, et également les soumettre à référendum si elle récolte suffisamment de signatures, et ce, à tous les niveaux décisionnaires de la société.

Eco-lier, comme les autres entreprises, est subventionnée par les caisses d’investissement. Dès le début de la transition, les citoyens ont décidé d’examiner régulièrement les entreprises à soutenir et celles qui devront fermer ou se transformer profondément, car jugées contraires à l’intérêt général. Elles ont fait et font encore l’objet de débats passionnés au sein des caisses d’investissement. Les caisses de salaire et d’investissement sont gérées démocratiquement par des citoyens tirés au sort et qui changent tous les 6 mois. La gestion des caisses fait partie de la citoyenneté ordinaire, et donc du cursus scolaire.

A l’école comme dans toute la société, l’intérêt général et le bien commun sont débattus. Très tôt, les enfants sont sensibilisés puis formés à la prise de parole, la délibération collective, la démocratie et la tolérance envers les opinions divergentes, à la différence et à la résolution pacifique des conflits. Ils sont sensibilisés à toutes les formes de dominations et aux moyens de lutter contre celles-ci. Arrivés à l’âge adulte, ils deviennent pleinement responsables de leur vie sans pour autant imposer leur volonté aux autres. Tous les enfants sont accompagnés jusqu’au bac, un examen de bon niveau qui consacre l’acquisition de connaissances scientifiques, littéraires, artistiques et manuelles, l’esprit d’analyse critique, l’ouverture au monde et un brevet d’aptitude à la citoyenneté permettant d’exercer concrètement les charges politiques. Les sciences sociales (philosophie, sociologie, psychologie, économie, anthropologie) sont enseignées dès l’école, de même que la curiosité scientifique, l’écologie, la musique et l’artisanat. L’école a les moyens et prend le temps de s’adapter aux différences de chaque élève pour les mener jusqu’au bac. Après le bac, chacun est amené à réaliser un service civique pendant un an. Tout au long de la vie, les citoyens continuent à participer ponctuellement à des travaux d’intérêt général, car la plupart des activités pénibles ou ingrates sont désormais réparties équitablement.

L’écologie et la mise en conformité avec les écosystèmes oriente la société toute entière, de même que l’égalité et la justice sociale. Le marché des biens et services existe encore, mais pas la propriété lucrative : nul ne peut tirer un revenu de la propriété d’un bien. Les gens possèdent leur logement, ils ont un titre de propriété d’usage, mais ils ne peuvent pas le louer. La production de monnaie est définie en fonction des orientations politiques fixées par les citoyens eux-mêmes. Elle est assurée par la Banque Centrale, les caisses d’investissement et les banques socialisées. Les objectifs de production et les grandes orientations de la société sont décidés démocratiquement au niveau de la société toute entière, mais la gestion des entreprises est confiée aux travailleurs eux-mêmes. La France est sortie du capitalisme ! L’économie est socialisée (et non nationalisée) pour que chacun ait sa part et puisse prendre part aux décisions. Le pays peut enfin produire écologiquement, chaque citoyen est poussé à se mettre au service de l’intérêt général, la violence a nettement diminué et la fraternité devient une réalité quotidienne. Les citoyens qui assurent à tour de rôle leur office de policier sont courtois et renseignent volontiers les passants. Le désarroi existentiel et la solitude diminuent, car chacun a le pouvoir de peser sur les décisions et de fournir le meilleur de lui-même. De nouvelles valeurs et finalités sociales apparaissent : la bonté, le service aux autres et à la société, la responsabilité écologique, la créativité, le partage, l’invention, l’innovation, la prise de risque et de responsabilités pour le bien commun.

La France a instauré sa première démocratie. La nation et l’Etat ne sont pas abolis, mais sont mis au service du peuple. Ils reçoivent les ordres des citoyens et des niveaux de décision inférieurs. La démocratie française combine la subsidiarité et la mutualisation des ressources. On attribue au niveau le plus local (quartier, commune, village, bassin de vie, département) tout ce qui peut y être décidé, et les moyens qui le permettent. Ce qui doit être mutualisé ou décidé à un niveau supérieur est confié au niveau suivant. La démocratie directe est pratiquée : vote en assemblées, tirage au sort de citoyens, droit de chacun à la prise de parole et de décision dans toutes les instances. Les décisions prises en assemblées sont exécutées par un comité avec un mandat impératif : chaque membre a l’obligation de s’y conformer. Les assemblées de niveau supérieur (communes, bassins de vie, départements, nation) sont constituées par tirage au sort ou avec mandat des niveaux inférieurs. Les mandatés n’exercent leurs fonctions qu’une seule fois et sont strictement contrôlés : ils rendent des comptes, sont responsables pénalement, sont contrôlés par des groupes de citoyens tirés au sort, et doivent périodiquement revenir devant leurs mandants. Ainsi, les abus et la corruption sont sévèrement punis et deviennent très limités.

La classe politique a disparu, et la plupart des citoyens exercent une ou plusieurs charges politiques à un moment de leur vie. La parité totale a été instaurée à toutes les instances décisionnelles, sur le modèle de la Fédération de Syrie du Nord avec qui un partenariat a été noué pour échanger idées et bonnes pratiques. Les Kurdes de Syrie, qui ont des années d’expérience en matière démocratique, ont conseillé les citoyens Français pendant la transition vers une démocratie écologique, sociale, féministe et libertaire. Les femmes ont désormais acquis des droits sociaux, économiques et politiques équivalent à ceux des hommes. Elles prennent la parole dans toutes les instances et sont présentes à tous les postes de direction. La galanterie est abolie et les femmes n’hésitent plus à séduire activement les hommes et faire le premier pas. Les LGBT sont traités de la même manière que les autres citoyens. Les handicapés et toutes les minorités sont activement intégrés à la collectivité.

Les conflits sont canalisés par des instances de délibération et de décision collective. Les débats sont intenses, parfois vifs, mais chacun y est préparé par son éducation et son instruction. Cette année, pour s’amuser et se dépasser, Cléone a participé au grand concours de rhétorique. Pas de chance, elle a pioché la défense du retour au capitalisme ! Sa brillante prestation à contre-emploi a bien fait rire les participants.

Le sérieux des délibérations n’empêche pas le développement de l’humour dans toutes les couches et instances de la société. Le mieux-être généralisé et le sentiment de participer à une grande cause commune est source de joie. Le prix Pierre Desproges, attribué chaque année, est suivi massivement à la télévision.

La société démocratique cherche désormais à entrer dans la complexité des problèmes par des délibérations longues, éclairées et contradictoires, et à les régler non pas sur la seule intelligence d’un élu, d’une caste ou d’une profession, mais par l’intelligence collective des citoyens. La technique des forums de citoyens est utilisée autant que possible pour des problèmes complexes. Des citoyens tirés au sort se consacrent à un problème particulier pendant plusieurs mois et rendent leurs conclusions et recommandations, qui peuvent être contradictoires, pour être adoptées ou tranchées par référendum.

Les conditions climatiques extrêmes expérimentées à partir des années 2030 ont créé des déséquilibres géographiques, hydrographiques et sociaux sévères. Toutefois, avec la réforme agraire et la nouvelle politique d’agro-foresterie et de permaculture massives, les rendements agricoles ont augmenté et une nouvelle biodiversité est apparue dans les champs, à l’instar d’une nouvelle paysannerie : de 500 000 paysans et éleveurs dans les années 2020, on est passé à 5 millions de petits paysans qui s’épanouissent dans leur travail.

La règle verte sanctuarisée dans la constitution produit ses effets, malgré le changement climatique. La pollution a diminué et l’espérance de vie a augmenté. Les sols se régénèrent peu à peu, les rivières se purifient, l’air redevient respirable. L’usage des transports individuels a régressé au profit de transports en communs (trains, trams-trains, téléphériques…) qui maillent désormais le territoire. La réprobation sociale envers les usages polluants (voiture individuelle, avion, surconsommation) est forte : il s’agit désormais d’une question de survie. Conséquemment, la consommation a baissé significativement et les Français ont réappris la joie des plaisirs simples, de l’imagination et des relations humaines et sociales intensifiées. Les territoires sont réinvestis pour des projets locaux et bénéficient de la prospérité générale et les inégalités territoriales se sont largement estompées. D’ailleurs, les instances de niveau national sont vigilantes à la bonne répartition de l’eau, des investissements et des services publics à travers le territoire, grâce aux caisses nationales et régionales qui les financent et au contrôle des caisses d’investissement.

Les productions inutiles ont été abandonnées : publicité, armement, industries les plus polluantes. Les travailleurs libres produisent moins de biens, plus de liens et sont plus concentrés et volontaires : la productivité horaire a augmenté alors même que le travail contraint, harassant ou abrutissant a diminué et que chacun est libre de ses activités. Les tâches ingrates ou dangereuses et nécessaires sont partagées collectivement[67]. Ceux qui souhaitent s’y consacrer davantage progressent plus vite dans leur carrière.  

L’indice de bonheur brut (IBB) oriente la société toute entière. Chacun est amené à prendre part à cet effort national. L’IBB comprend d’abord et avant tout un indice de santé du vivant, de gestion de l’eau et de décarbonation – conditions nécessaires à la vie humaine – ainsi que des indicateurs d’épanouissement humain : éducation, santé, niveau de vie, liberté, égalité, justice sociale, créativité, perception du bonheur, droits humains, accueil des étrangers, facilité d’accès et d’utilisation des services publics et privés. Malgré l’augmentation générale des températures de plus de 6 degrés sur la planète, la végétalisation massive des villes et des campagnes en France a permis de faire baisser localement la température dans de nombreuses portions du territoire et de limiter les grandes catastrophes subies un peu partout. Aujourd’hui, l’Union des peuples Euro-méditerranéens est quasiment décarbonée et s’alimente à 100% en énergies renouvelables. En France, la sobriété et l’efficacité énergétique sont tels que le pays exporte son trop-plein d’énergie à ses voisins pas encore totalement autosuffisants.

L’IBB définit de grandes orientations et est constamment soumis au débat. En même temps, les citoyens sont invités à prendre part et à mobiliser leur intelligence et leur énergie dans les grandes causes nationales définies par les délibérations collectives : dépollution de la mer, énergies renouvelables, urbanisme humain et à biodiversité positive, transports publics et privés doux, etc.).

La science, au service du progrès humain et naturel, a été boostée. Les chercheurs libérés font des avancées décisives inattendues, car leur créativité est à son sommet. Les relations entre l’humain et le non-humain font l’objet de recherches passionnées et de nouveautés étonnantes. Le pouvoir des végétaux est redécouvert. La plus haute scientificité et les nouvelles technologies sont mobilisées pour faire progresser l’IBB. La médecine française combine désormais les meilleurs acquis de la science occidentale avec les médecines naturelles, l’homéopathie et la médecine chinoise. Elle mobilise également des moyens substantiels au service de l’épidémiologie, ce qui permet de comprendre et de faire diminuer les grandes maladies.

Les citoyens contrôlent désormais de près les nouvelles technologies et ce qui se passe dans les laboratoires. Ils décident des grandes directions à impulser à la recherche, des nouvelles techniques qu’ils rejettent et de celles qu’ils adoptent avant que celles-ci soient déployées et massifiées. Ils ont ainsi rejeté les nanotechnologies, les OGM, la 7G dès les années 2030, et encadrent soigneusement le déploiement des nouvelles technologies numériques, de l’intelligence artificielle et des biotechnologies. Le nombre et l’usage des écrans ont largement diminué. Les plastiques ont disparu des chaînes de production, remplacés par des matériaux biodégradables.

Les chercheurs sont libérés de leurs chaînes financières et productivistes, mais la science est surveillée par les citoyens qui s’en approprient les enjeux. La qualité de l’éducation nationale le leur permet. Les scientifiques eux-mêmes sont soulagés de ne plus être les seuls à porter le fardeau éthique des conséquences de leurs recherches. Les questions philosophiques, éthiques et prospectives structurent de nombreux débats et décisions concrètes sur les sciences et les techniques.

Toutes les opinions peuvent désormais s’exprimer librement. Le fanatisme, le racisme et le fascisme ont été réduits à des phénomènes marginaux. Les citoyens ont pitié des quelques adeptes qui restent. Ils les laissent s’exprimer en public car ils ne présentent plus aucun danger.

Les relations internationales ont été difficiles pendant la phase de transition et un peu après. Les voisins, encore capitalistes et oligarchiques, se sont d’abord alliés avec l’ancienne oligarchie capitaliste et ont tenté de déstabiliser la nouvelle démocratie, mais sans succès. Désormais, plus de 30 ans après, l’oligarchie n’existe plus. La plupart des membres qui la composaient se sont exilés ou sont à la retraite. Ils sont invités à témoigner dans les écoles et à raconter à leurs petits-enfants comment c’était concrètement dans la société capitaliste oligarchique et fascisante, complétant ainsi de manière vivante les cours d’histoire. Les enfants sont fascinés, cherchant à comprendre pourquoi et comment une société pouvait être basée sur l’accumulation individuelle sans limites.

Quant aux voisins européens, après avoir constaté la solidité de la nouvelle société française face aux attaques intérieures et extérieures, ils ont continué d’observer avec scepticisme ce nouveau modèle de société. Au bout de 8 à 10 ans, dans les années 2030, observant le succès considérable des Français, les peuples méditerranéens d’Europe de l’ouest et d’Afrique du Nord ont à leur tour renversé leurs oligarchies et instauré des démocraties post-capitaliste. Quelques années après, ce fut le tour des pays d’Europe du Nord et du Centre, à l’exception de la Suisse qui était déjà partiellement démocratique et dont le peuple a décidé de prolonger la période d’observation de leur grand voisin. Après 20 ans d’observation et de délibérations passionnelles, la Suisse a rejoint le mouvement, après l’Europe de l’Est.  Aujourd’hui, l’Union des peuples Euro-méditerranéens regroupe près de 800 millions d’habitants et fête ses 20 ans. Elle garantit la souveraineté de chaque peuple et permet la mutualisation de moyens et de politiques qui ne pouvaient l’être au niveau de chaque pays, en particulier à travers le pacte d’accélération rapide de la transition écologique et sociale. Le modèle démocratique, écologique et social se propage rapidement sur d’autres continents. Les Nations Unies en ont adopté les principes et pourraient bientôt calquer leur organisation sur l’Union. 

3. Les chemins pour y arriver

Une foule de mesures pourraient être mises en œuvre pour y arriver. Certaines ont été présentées sous forme de carte mentale : https://framindmap.org/c/maps/213992/public (cliquer sur les noeuds pour les dérouler).

Mais la voie du changement ne passe pas par un empilement de mesures. Elle n’est possible que si une part significative du peuple est consciente et convaincue qu’un autre monde est possible ici et maintenant et partage des idées sur ce qui peut être fait.

De nombreux citoyens n’ont pas attendu pour inventer de nouvelles manières de faire société, produire et créer d’autres possibles. Parmi ce foisonnement d’idées et d’expériences dans l’histoire et aujourd’hui, nous sommes convaincus que nous pouvons aller vers le monde aperçu précédemment en prenant deux directions majeures, qui structurent tout le reste : la démocratie et le salaire à vie post-capitaliste.

3.1.  Choisir la démocratie

Le régime politique républicain, passé et actuel, ne peut être qualifié de démocratie, non en vertu de la dérive autoritaire que l’on connaît depuis quelques années, mais parce que République et Démocratie sont clairement et intrinsèquement distinctes. On le nomme "gouvernement représentatif"[68], ou mieux, oligarchie. La plupart des penseurs, depuis l’Antiquité jusque vers 1830, étaient conscients de l’opposition entre représentation par l’élection et démocratie par l’exercice populaire de la souveraineté[69]. L’élection crée en soi un effet aristocratique par la désignation d’une élite[70].

La démocratie, en revanche, caractérise une société où le peuple se gouverne lui-même, directement, à travers un ensemble de principes déclinés concrètement en techniques et pratiques de délibération, prise de décision et plus généralement une culture et des valeurs qui les rendent possible. Les principes sont les suivants : pour chaque citoyen, la possibilité de s’exprimer dans les instances décisionnaires et peser sur les choix; de proposer, abroger, amender et plus généralement voter les lois ; de mandater des personnes pour exécuter des décisions ou des mandats, de les contrôler et de les révoquer ; d’être considéré comme égal de n’importe quel autre et tous égaux devant la loi.

En France, la démocratie n’a jamais été expérimentée. Il suffit de comparer ces caractéristiques avec la situation actuelle pour se rendre compte qu’elle constitue un horizon politique émancipateur radical, un projet de libération du peuple d’un système qui lui brise les ailes et le réduit à un statut servile dans le travail et de consommateur dans la sphère quotidienne. Avec la démocratie, tout devient possible ! A l’inverse, tout projet politique émancipateur, mais non démocratique, est voué à l’échec au moment où il doit être mis en œuvre, comme l’histoire le montre si bien.

La démocratie est donc à la fois un moyen et une fin en soi pour tendre vers une véritable souveraineté populaire. Pour y arriver, il y a des mesures immédiates et d’autres de plus longue haleine. Ce qui peut être fait immédiatement est la convocation d’une assemblée constituante dans le but d’établir une première démocratie dans notre pays[71], après un processus de réflexion et de création d’une constitution démocratique qui ne peut prendre moins de deux ans. Toutefois, pour que cela devienne réalité, il est nécessaire qu’un grand mouvement populaire porte cette revendication, avec un certain degré de maturité sur ce que pourrait être une démocratie. Le mouvement des gilets jaunes en est une prémisse spectaculaire : en 3 semaines leur politisation est passée du prix de l’essence aux fondamentaux de notre régime politique, à travers le RIC (référendum d’initiative citoyenne), le contrôle des élus et la justice fiscale.

D’autres techniques caractéristiques de la démocratie peuvent être progressivement mises en place :

  • Assurer la prééminence des assemblées de citoyensqui délibèrent des affaires les plus importantes. Par exemple, en instaurant un Sénat citoyen[72] tiré au sort aux côtés d’une assemblée élue, et qui aurait le dernier mot, et en abolissant l’initiative législative du gouvernement qui redeviendrait vraiment exécutif des décisions des assemblées ;
  • l’utilisation massive du tirage au sort pour constituer des assemblées délibératives, décisionnelles ou de contrôle. C’est déjà le cas des jurys d’assise et dans certains pays, de forums citoyens ;
  • la multiplicité des modes de désignationdes mandataires, l’élection étant réservée aux postes exécutifs nécessitant une compétence spécialisée et le tirage au sort utilisé à bon escient ;
  • le mandat impératif[73]des personnes exerçant des charges politiques (mandataires), qui leur fixe une mission (mandat) à laquelle ils ne peuvent déroger, intégrant la reddition  de comptes en permanence et en fin de  mission auprès de la base mandante; l’association de cette même base à la prise de décision;
  • le contrôle permanent de leur activité par des citoyens indépendants, et la responsabilité pénaleen cas de faute ;
  • l’absence de classe politiquerendue possible par la rotation rapide des charges, l’absence de cumul des mandats, la révocabilité permanente de toute personne exerçant une charge ;
  • l’exercice effectif du pouvoir par les citoyens grâce à leur préparation politique dès l’école, la possibilitéouverte en pratique à toute personne volontaire de prendre part aux délibérations, au vote ou au contrôle, de proposer/révoquer une loi, un projet ou une décision à tout moment, ou simplement de donner son opinion dans toute instance politique (égalité de parole) ;
  • l’organisation de la souveraineté du peuple à différentes échelles, ou subsidiarité : la responsabilité d’une action revient à l’entité la plus proche des citoyens. Les échelons locaux sont prioritaires, un échelon supérieur devenant responsable si la compétence de l’échelon inférieur est dépassée.

L’instauration du référendum d’initiative citoyenne (RIC) en toutes matières[74] serait une étape décisive vers la démocratie, car elle condense plusieurs principes et techniques démocratiques à la fois. Il s’agit de la possibilité, pour n’importe quel citoyen, conditionnée par la collecte d’un nombre déterminé de signatures, d’imposer un référendum pour proposer, abroger, amender une loi, un traité ou une décision, de révoquer un élu ou un mandataire ou encore modifier la constitution. Le RIC donnerait un pouvoir énorme au peuple : celui de faire émerger des sujets, préoccupations ou propositions, les soumettre au débat, éventuellement les faire adopter, ou de s’opposer plus efficacement à ce qu’il considère comme indésirable, ou encore de contrôler les élus.

D’autres possibilités concrètes existent pour une transition démocratique. Parmi les innombrables pratiques expérimentées  à travers le monde[75] on peut citer également: les mouvements citoyens au pouvoir dans les municipalités (Saillans, Tremargat, etc.); les conventions ou panels de citoyens qui élaborent des propositions sur des sujets difficiles ; les sondages délibératifs composés de citoyens tirés au sort; les budgets participatifs ; les comités de pilotage ouverts ; les plates-formes internet nationales et locales pour proposer un projet ou un texte ou bien  le voter ; le tirage au sort d’assemblées ou de groupes de contrôle ; la démocratie en entreprise (coopératives, propriété d’usage, salaire à la qualification), la démocratisation de l’école (pédagogies alternatives, philosophie à l’école, travaux du GRDS - groupe de Recherche sur la Démocratisation Scolaire…), le logiciel libre et la licence creative commons, la technique du jugement majoritaire, les pratiques d’intelligence collective, le consentement libre, préalable et éclairé à un projet, les systèmes de gestion amiable des plaintes, la justice au service des usagers, le confédéralisme démocratique (Syrie du Nord), les votations (Suisse), les ateliers constituants, etc. On voit bien que les obstacles ne sont pas techniques, d’impossibilité à mettre en œuvre, mais seulement de volonté de s’y mettre.

3.2.  Etendre les conquêtes des révolutionnaires de l’après-guerre

3.2.1. Principes généraux

Toute politique écologique, sociale, démocratique et égalitaire se heurte forcément au fait que la production et la définition de la valeur économique elle-même est accaparée par les propriétaires de capitaux et moyens de production. Ceux-ci définissent ce qui vaut quelque chose et ce qui ne vaut rien, ce qu’il convient de produire et comment. A travers ce pouvoir, ils satisfont leur intérêt, à savoir  l’accumulation de monnaie, l’accaparement du profit, la croissance économique et financière, la présence de travailleurs qui produisent pour eux. On voit bien que même un gouvernement bien intentionné ne pourrait pas fondamentalement changer les choses sans s’attaquer aux fondements du pouvoir de la classe capitaliste, à la manière de définir le travail, la valeur, la production et la manière dont on s’organise dans les entreprises[76].

C’est justement ce qu’ont commencé à faire les révolutionnaires de 1946 comme Ambroise Croizat et Marcel Paul, qui ont mis en place le régime général de sécurité sociale et étendu le statut des fonctionnaires aux salariés d’EDF-GDF et du rail[77]. Bernard Friot a bien théorisé ce que le mouvement social nous a laissé, et comment nous pourrions reprendre le contrôle de nos vies et de la production en généralisant et étendant ces conquêtes[78]. En effet, le régime général de sécurité sociale fonctionne grâce à la mise en commun – ou socialisation – d’une partie de la valeur ajoutée marchande des entreprises du pays – ce qui est vendu moins ce qui a été dépensé pour produire –  au moyen des cotisations sociales, appelées par les capitalistes des charges et par les progressistes un marqueur de civilisation. Cet argent cotisé par les entreprises[79] est versé dans des caisses de sécurité sociale (maladie, retraite, allocations familiales, chômage) puis immédiatement reversé sous forme de prestations sociales (allocations, remboursements, salaires des soignants, salaire des retraités, des chômeurs, etc.) sans faire appel au circuit capitaliste du crédit, du marché de l’emploi, de l’accumulation de capitaux dans le temps. Le régime général de la sécu est donc une institution non-capitaliste et salariale : d’une part, elle collecte des cotisations et les distribue sous forme de salaire continué ou services publics. D’autre part, elle prolonge l’invention géniale d’abord réservée aux fonctionnaires : le salaire comme contrepartie de la qualification personnelle et non de l’occupation d’un poste, d’un emploi ou des activités du salarié. La qualification correspond à la position dans une grille de salaire, en fonction de critères définis lors des négociations collectives. Le niveau de qualification d’une personne ne peut jamais être enlevé ni baisser, il ne peut que progresser, comme le savent bien les fonctionnaires ou les agents EDF.

Troisièmement, en 1946 a été inventé un système post-capitaliste de financement des investissements et des entreprises : au lieu du schéma crédit/remboursement de dette, le binôme cotisation/subvention. C’est ainsi qu’a été financé tout le système hospitalier moderne dans les années 1960 : pas par l’Etat, mais par la sécu. Sortir de la dette publique mais également de la dette privée est fondamental pour échapper à l’oppression des prêteurs, puissants de par leurs titres de propriété[80].

Sur cette base, Bernard Friot et l’association Réseau Salariat[81] proposent de généraliser le salaire à vie à la qualification personnelle comme un nouveau droit politique[82] ; le versement des salaires par les caisses de salaire et la subvention des entreprises par des caisses d’investissements collectant des cotisations. L’ensemble de la valeur ajoutée marchande des entreprises, sauf 15% de fonds propres, seraient socialisées dans ces caisses gérées par les citoyens eux-mêmes, avec tous les principes et techniques démocratiques exposées précédemment (rotation rapide, tirage au sort, contrôles stricts, reddition de comptes, responsabilité pénale, etc.). Enfin, le système de démocratie en entreprises appartenant en propriété d’usage à leurs salariés (modèle des coopératives) serait généralisé. Il faut bien comprendre que ce système est radicalement différent de celui de la nationalisation, où les entreprises appartiennent à l’Etat. Il s’agit de rendre les entreprises aux travailleurs, mais sans propriété lucrative : ils ne tireront pas de revenus de leur entreprise car ils seront payés par les caisses de salaires. En revanche, ils seront maîtres des outils de production, de la gestion, de l’organisation, etc. Rien à voir donc avec l’Union Soviétique.

Un tiers de l’économie française fonctionne déjà sur cette base de socialisation de l’économie, bénéficiant à des millions de fonctionnaires, salariés à statuts, retraités, etc. Il s’agit d’étendre et prolonger ces 30% et de passer progressivement à 100%, permettant ainsi de libérer les travailleurs, démocratiser les entreprises et reprendre la maîtrise du travail, de la valeur et de la production. On ne réinvente donc pas la poudre, mais on étend un déjà-là qui existe en France depuis 70 ans.

3.2.2. Mesures pour la transition

Pour mener à bien cette transition, plusieurs types de mesures concrètes peuvent être mis en place à court et moyen terme, si un mouvement social et citoyen s’impose ou arrive au pouvoir pour promulguer un certain nombre de lois ou de modifications de la constitution.

  • En 2 ans: récupérer le terrain perdu depuis les années 1980
  • Revenir sur l’Etatisation de la sécu : remplacer les impôts CSG et CRDS par des cotisations, revenir à la gestion des caisses de sécurité sociale par les salariés comme dans les années 1950 et étendre la gestion aux usagers;
  • Réindexer les retraites sur les salaires, refaire de la retraite un salaire continué sur la base de la meilleure année de salaire de la carrière, réinstaurer la retraite à 60 ans à taux plein pour 37 années de carrière, puis progressivement pour les carrières incomplètes.
  • Eliminer peu à peu les allégements de cotisations consentis depuis les années 1980.
  • Etendre l’existant : dans les 5 ans
  • Intégrer l’AGIRC-ARRCO (retraite complémentaire des salariés du privé) dans le régime général de sécurité sociale et abolir ainsi tout système de retraite à points ;
  • Doubler les cotisations. On passerait progressivement de 455 milliards d’euros de cotisations pour la sécurité sociale (sans compter les 266 milliards d’impôts et dotations pour la protection sociale, qui s’y ajoutent) à 1000 milliards d’euros de cotisations, soit ¾ de la valeur ajoutée marchande. Pour ne pas affecter les entreprises, on leur proposera le dispositif suivant : les augmentations de cotisations versées seront compensées par leur équivalent en non-versement de dividendes, par déduction d’impôt sur sociétés, voire par non-remboursement de dettes aux prêteurs.
  • Outre la compensation pour les entreprises, on mettra en place un système d’incitations : on réservera peu à peu les marchés publics aux entreprises dont les salariés sont propriétaires d’usage et à celles qui jouent le jeu des cotisations ; on invitera les entreprises à se financer sans crédit, par subvention, auprès des nouvelles caisses départementales ou de la caisse nationale d’investissement, accessibles aux entreprises locales et aux salariés reprenant leur entreprise. Ces caisses seront alimentées à hauteur de 200 milliards d’euros par an, d’abord par la contribution de la valeur ajoutée des entreprises (16Mds/an), par la gestion du livret A déplafonné, puis par la création des cotisations-investissement (voir paragraphe précédent sur la hausse des cotisations).
  • Sur le même principe, on créera une cotisation-salaire pour alimenter une caisse nationale et des caisses départementales de salaire qui verseront un salaire aux travailleurs des entreprises qui le souhaitent. Elle sera alimentée par les augmentations de cotisations mais aussi par la substitution toute simple du paiement des salaires par les entreprises vers le paiement par la caisse elle-même. Les 10 milliards d’euros d’aides de la politique agricole commune (PAC) pourraient également y être versées pour les attribuer non plus à l’ha ou au cheptel, mais à chaque agriculteur comme un salaire : dans l’immédiat, cela représente déjà 20 000 € par an pour chacun des 500 000 exploitants, soit bien plus que leur salaire moyen.

Ces dispositifs permettront à leur tour de :

  • Maintenir le salaire entre 2 emplois sans limitation de durée[83];
  • Donner un salaire inconditionnel de 1500 € aux 18-25 ans[84], reconnaissant un premier niveau de qualification et leur permettant de prendre leur indépendance et se former.
  • Etendre la gratuité et les services publics[85] en créant une sécurité sociale de l’alimentation[86], une cotisation pour l’indépendance des médias, pour le logement, le transport, l’eau et l’énergie.
  • Réorienter la comptabilité des entreprises vers la valeur ajoutée et non le profit, comme le propose Daniel Bachet[87], et donner une forme juridique aux entreprises comme collectif de production, et non plus aux seules sociétés.
  • Dans les 10 ans : sortie du capitalisme, nouveaux droits et services publics, maîtrise de la valeur et du travail par les citoyens
  • On étend encore les cotisations, selon le même système d’opérations blanches pour les entreprises, à 100% de la valeur ajoutée marchande, permettant de sortir du capitalisme (plus de crédit pour les investissements, de propriété lucrative, de marché de l’emploi, de mesure du travail par le temps) ;
  • La caisse d’investissement subventionne maintenant toutes les entreprises, la caisse de salaires tous les travailleurs, qui touchent un salaire à vie en fonction de leur qualification et ont une progression de carrière tout au long de leur vie. Ils choisissent leur activité et peuvent facilement se diversifier ;
  • La retraite est maintenant garantie à 50 ans, début d’une seconde carrière de travailleur encore plus libre ;
  • On convoque une assemblée constituante et on inscrit dans la constitution le droit à la qualification personnelle et au salaire à vie à la majorité, le droit à la copropriété d’usage des outils de travail, les droits à l’exercice de la souveraineté dans le travail, l’abolition de la propriété lucrative, tous les éléments d’instauration d’une première démocratie tels que décrits plus hauts, ainsi que la règle verte[88] (obligation de ne pas prélever plus que ce que la nature peut reconstituer).

Conclusion

Ces deux directions tracent la voie pour aller vers le monde juste et compatible avec les écosystèmes décrit dans la 2ème partie. Même si tout n’est pas gravé dans le marbre ou totalement défini – et heureusement, car ce serait incompatible avec la démocratie – la principale condition est la volonté politique de tout un peuple. Il ne tient qu’au mouvement social, au monde politique, et plus largement aux citoyens de lutter pour le faire advenir.

[1] https://www.interieur.gouv.fr/Archives/Archives-des-actualites/2017-Actualites/Fermeture-des-guichets-de-prefectures-comment-declarer-la-cession-de-votre-vehicule

[2] https://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/atoms/files/rapport-demat-num-21.12.18.pdf

[3] https://www.commentcamarche.net/news/5872133-impact-des-ecrans-sur-les-enfants-une-etude-alarmante

[4] https://www.lemonde.fr/idees/article/2013/02/08/laisser-les-enfants-devant-les-ecrans-est-prejudiciable_1829208_3232.html

[5] https://www.topsante.com/medecine/psycho/depression/les-reseaux-sociaux-favoriseraient-le-suicide-613312

[6] Voir https://dailygeekshow.com/internet-informatique-algorithme-monde/ ou https://www.meta-media.fr/2017/05/15/recommande-pour-vous-les-algorithmes-ennemis-de-la-decouvrabilite.html

[7] https://www.fayard.fr/documents-temoignages/fragilite-de-la-puissance-9782213615356

[8] http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=543

[9] https://www.thinkerview.com/eric-sadin-lasservissement-par-lintelligence-artificielle/

[10] http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=464

[11] https://sciencepost.fr/2017/09/premier-cerveau-connecte-a-internet/

[12] https://www.thinkerview.com/gael-giraud-tsunami-financier-desastre-humanitaire/

[13] La croissance de l’assurance en France est supérieure à la croissance du PIB : https://www.ffa-assurance.fr/etudes-et-chiffres-cles/bilan-de-annee-2018-et-perspectives-2019

[14] https://www.youtube.com/watch?v=zH3PkCozmkA

[15] https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2014-049.pdf

[16] https://www.flf.fr/formation-professionnelle/formation_optimiser-son-besoin-en-fonds_2377.html?tkpub=studyrama-referral-&tkcmpg=portailpro-190221-&utm_source=studyrama&utm_medium=referral&utm_campaign=portailpro&utm_term=190221&utm_content=

[17] Autre aspect délétère, la 5G et les technologies associées feront massivement augmenter les dépenses d’énergie et de matière : https://m.youtube.com/watch?feature=youtu.be&v=O4JEyqpJzak

[18] http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=313

[19] https://www.facebook.com/infofrance2/videos/415391975692386/ voir aussi le terrible mais indispensable documentaire d’Arte 7 milliards de suspects  https://youtu.be/8wN3emyA-ew

[20] https://www.capital.fr/economie-politique/agnes-buzyn-veut-lancer-un-tripadvisor-des-hopitaux-1307440

[21] https://www.franceculture.fr/emissions/le-choix-de-la-redaction-13-14/data-centers-les-ogres-energivores-dinternet

[22] https://fr.wikipedia.org/wiki/Biopolitique

[23] Je vous invite à lire l’excellent roman d’anticipation La liquidation, de Laurent Cordonnier, où il pousse cette idée à son paroxysme. http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-La_liquidation-9791020900326-1-1-0-1.html

[24] https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/PPA

[25] https://blog.mondediplo.net/2014-05-06-L-echec-des-elites-francaises

[26] https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Noblesse_d%27%C3%89tat#/media/Fichier:La_Noblesse_d'%C3%89tat_-_Pierre_Bourdieu.jpg

[27] https://www.franceculture.fr/oeuvre/les-predateurs-au-pouvoir-main-basse-sur-notre-avenir

[28] Même Jérôme Cahuzac pourrait échapper à la prison ! https://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/l-amenagement-de-peine-de-jerome-cahuzac-accepte_2062203.html

[29] https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/04/29/jean-marie-delarue-au-nom-de-la-securite-toutes-nos-libertes-sont-menacees_5456075_3224.html

[30] http://www.syndicat-magistrature.org/La-France-condamnee-par-la-CEDH-a.html

[31] https://www.amnesty.fr/dossiers/droit-de-manifester-en-france

[32] https://www.legrandsoir.info/recul-des-droits-humains-en-france-la-republique-en-marche-arriere.html

[33] http://pardem.org/actualite/luttes/838-le-plan-de-macron-et-de-l-ue-pour-detruire-l-hopital-public

[34] https://www.consoglobe.com/dernier-train-des-primeurs-de-rungis-remplacement-par-camions-cg

[35] http://www.senat.fr/rap/r14-610-1/r14-610-11.pdf

[36] https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/pesticides/agriculture-l-utilisation-de-pesticides-en-hausse-de-presque-6-en-france-entre-2011-et-2014_1351997.html

[37] https://www.franceinter.fr/economie/les-agriculteurs-bio-denoncent-un-gouvernement-qui-promet-beaucoup-mais-aide-peu

[38] https://www.lemonde.fr/planete/article/2014/04/29/des-pesticides-dans-les-cheveux-des-enfants_4408785_3244.html

[39] Voir par exemple les très conservateurs https://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/14/une-agriculture-100-biologique-pourrait-nourrir-la-planete-en-2050_5214822_3244.html et https://www.lemonde.fr/planete/article/2014/12/10/l-agriculture-biologique-plus-productive-qu-on-ne-le-pense_4537494_3244.html sans même prendre en compte l’agro-foresterie, les techniques push-pull, la permaculture, etc.

[40] https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/les-francais-sont-les-plus-gros-consommateurs-de-medicaments_1776797.html

[41] Pour éviter des polémiques stériles : je suis POUR les vaccins, qui sauvent des millions de vie. Mais contre les abus en la matière qui ne se basent plus sur la raison médicale.

[42] https://leprixdelavie.medecinsdumonde.org/fr-FR/

[43] http://www.revuepolitique.fr/le-racket-des-laboratoires-pharmaceutiques/

[44] https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/de-la-plante-au-medicament-44-soigner-ou-vendre

[45] Voir https://blogs.mediapart.fr/fabien-nathan/blog/280420/ce-que-revele-la-crise-du-grand-vid section 1.3

[46] https://www.mariemoniquerobin.com/notrepoisonsynopsis.html

[47] https://www.mariemoniquerobin.com/notrepoisonsynopsis.html

[48] http://www.lefigaro.fr/sciences/2019/03/14/01008-20190314ARTFIG00184-les-atteintes-a-l-environnement-responsables-d-un-quart-des-morts-et-maladies.php

[49] https://www.ababord.org/La-psychiatrisation-des-problemes

[50] http://www.oecd.org/fr/croissanceverte/quest-cequelacroissanceverteetcommentpeut-elleaideraassurerundeveloppementdurable.htm

[51] https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicholas_Georgescu-Roegen#Entropie,_%C3%A9conomie_et_d%C3%A9croissance

[52] Pour cela on peut favoriser l’émancipation des femmes, le planning familial, appuyer des instances comme UN population, abandonner les politiques natalistes, accepter l’idée que l’immigration peut compenser les déficits démographiques, aider les pays en développement à faire leur transition démographique en abandonnant le néocolonialisme euro-américain, en les incitant à protéger leurs industries et en appuyant la petite paysannerie.

[53] http://www.jean-luc-melenchon.fr/2010/05/11/un-partage-ruineux-entre-capital-et-travail/

[54] https://www.planetoscope.com/elevage-viande/1172-nombre-d-animaux-tues-pour-fournir-de-la-viande-dans-le-monde.html

[55] https://www.planetoscope.com/eau-oceans/199-peche-et-prises-mondiales-de-poissons.html

[56] https://news.un.org/fr/story/2019/05/1042791

[57] https://dailygeekshow.com/peche-poissons-industrie/

[58] https://fr.wikipedia.org/wiki/Zoo_humain

[59] Vois la position du groupe communiste : https://clapiersvraimentagauche.files.wordpress.com/2015/01/une-logique-de-mc3a9tropolisation-et-de-rc3a9gionalisation-est-en-marche1.pdf

[60] https://senateurscrce.fr/activite-des-senateurs/les-debats/article/nos-territoires-ruraux-souffrent-de-la-disparition-de-services-publics

[61] https://www.notretemps.com/droit/actualites-droit/guichets-gares-sncf-fermeture-suppression-camion,i181629

[62] https://www.e-marketing.fr/Marketing-Magazine/Article/La-MARQUE-le-TERRITOIRE-39179-1.htm##YuEO0vkkBA9D1kFQ.97

[63] https://reporterre.net/Dossier-GPII-Grands-projets-inutiles-imposes

[64] https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/letalement-urbain-une-heresie-130807

[65] http://sauvonslarecherche.fr/sites/sauvonslarecherche.fr/IMG/pdf/190529_Diagnostic_CN_vf.pdf

[66] https://www.thinkerview.com/alain-damasio-lintuition-de-la-science-fiction/

[67] Merci au Pr. Bottazzi d’avoir attiré mon attention sur les travaux de Paul Gomberg, qui semble proche de cette idée du Réseau Salariat. Il propose la justive contributive : un partage large des tâches routinières pour éviter la concentration entre peu de mains d’activités épanouissantes. Cela permettrait à tous de devenir créatif dans le travail https://www.blogger.com/comment.g?blogID=6838028774416694719&postID=7246796469567150188&bpli=1&pli=1

[68] https://fr.wikipedia.org/wiki/Principes_du_gouvernement_repr%C3%A9sentatif

[69] https://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Dupuis-D%C3%A9ri#%C3%89tude_sur_le_terme_D%C3%A9mocratie

[70] « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie. » Montesquieu, De l'esprit des lois, 1748

[71] http://etienne.chouard.free.fr

[72] http://www.senatcitoyen.fr

[73] https://fr.wikipedia.org/wiki/Mandat_imp%C3%A9ratif

[74] https://objectif-ric.org

[75] https://www.actes-sud.fr/catalogue/pochebabel/contre-les-elections-babel

[76] C’est ce qui explique qu’une politique keynésienne amène un mieux-être pendant quelques années, mais finit toujours par s’inverser, et ne peut en aucun cas régler les grands problèmes écologiques, démocratiques et sociaux de notre temps. Elle reste dans le cadre fixé par les détenteurs de capital.

[77] http://www.lasociale.fr

[78] https://ladispute.atheles.org/economietravail/vaincremacron

[79] A noter que les travailleurs ne cotisent pas, contrairement à ce qu’on nous fait croire sur les fiches de paye. C’est l’entreprise qui se voit prélevée une part de la valeur ajoutée. Ces cotisations ne sont donc pas déduites du salaire, mais constituent la part indirecte de celui-ci. Les cotisations augmentent donc le salaire au détriment du profit.

[80] Cette idée mériterait de très longs développements, car l’idée du crédit comme base de l’économie est profondément ancrée, même à gauche : la ‘bonne dette’ qui permet d’investir, opposée à la ‘mauvaise dette’ qui ne sert qu’à engraisser les créanciers. Si l’illégitimité des dettes publiques est bien établie, celle des dettes privées ne l’est pas du tout. Or le capitalisme repose là-dessus. L’argument de fond est simple : si l’on accepte que seul le travail humain crée la valeur économique, alors on n’a pas besoin de s’endetter (contracter un crédit) pour produire. On peut très bien socialiser une partie de la valeur créée par le travail pour subventionner l’investissement, comme cela a été fait avec succès pour la création des hôpitaux publics modernes.

[81] https://www.reseau-salariat.info Voir aussi l’ASAV, autre association défendant le salaire à vie https://www.salaireavie.fr

[82] Pour bien comprendre ce qui est proposé ici, il va vous falloir bosser un peu ;o). Voici quelques références pour commencer :

- Entretiens de Bernard Friot au Media https://www.lemediatv.fr/emissions/les-entretiens/crise-financiere-laisser-crever-les-banques-bernard-friot-ZTC0DbBvRW2TrdSn6xml1A ; sur les retraites et bien au-delà : https://www.youtube.com/watch?v=OylhpErCUj8 ;

- Steph le Stéphanois : Salaire à vie – démocratie et liberté dans son travail https://youtu.be/m6M6rHw_6zU ;

- Usul 2000, « Mes chers contemporains : Bernard Friot » https://youtu.be/uhg0SUYOXjw ;

- Manifeste du Réseau Salariat: pour un statut politique du producteur https://youtu.be/lRHO5GfKgFY

- Steph le Stéphanois: retraites, saignante ou à points https://www.youtube.com/watch?v=5UMFZu-RAVs ;

- Conférence gesticulée de Bernard Friot sur les retraites: https://youtu.be/nqsaGymmzHg ;

- Article de Bastamag: Bernard Friot : un droit au salaire à vie pour « libérer le travail de la folle logique capitaliste », 9 jan 2020 https://www.bastamag.net/reforme-retraite-systeme-a-point-salaire-a-vie-cheminot-SNCF-EDF-haine-de-classe ;

- sur l’extension de la sécu : http://www.reprendrelasecu.fr/ et https://www.reseau-salariat.info/articles/contre-le-covid-19-la-s%C3%A9curit%C3%A9-sociale-est-notre-meilleure-arme/

- pour se désintoxiquer du discours dominant : http://emanciper.org/desintoxication-de-la-langue-de-bois 

[83] C’est la sécurité sociale professionnelle qui est inclus dans le projet de Nouveau Statut du Travailleur Salarié (NSTS) de la CGT.

[84] Ou bien un salaire maintenu pendant toute la durée des études, stages compris

[85] http://www.reprendrelasecu.fr/

[86] https://www.reseau-salariat.info/articles/pour-une-s%C3%A9curit%C3%A9-sociale-au-xxi%C3%A8me-si%C3%A8cle-un-projet-de-s%C3%A9curit%C3%A9-sociale-de-lalimentation

[87] https://www.youtube.com/watch?v=g5lkCoqOyZ8

[88] https://avenirencommun.fr/livrets-thematiques/livret-planification-ecologique-regle-verte/ Voir aussi la section 3.1. dans https://blogs.mediapart.fr/fabien-nathan/blog/280420/ce-que-revele-la-crise-du-grand-vid

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