Ce que révèle la crise du grand vid

Plus qu’une crise sanitaire, le Covid a révélé de manière frappante la crise politique, écologique, sociale, morale et culturelle de notre modèle actuel de société. Je vous propose une analyse en 8 constats et 6 enseignements, pour comprendre et préparer l’avenir, suivi de quelques pistes pour sortir du marasme actuel.

Résumé

Le covid est une maladie très contagieuse mais peu virulente pour la grande majorité des gens. En témoignent les statistiques épidémiologiques comparées dès qu’on les met en perspective : on observe un décalage total avec les discours et les réactions qui infligent d’énormes souffrances à la population et font croire que la guerre est là, dans une ambiance de sidération et de fin du monde.

Le problème n’est pas le virus, mais la capacité à y faire face. Celle-ci a été profondément diminuée par 20 à 30 ans de politiques de destruction de l’hôpital et des services publics, dans un contexte d’élites médicales devenus ascientifiques et liées au secteur privé.

La gestion de classe du gouvernement français déjà à l’œuvre avant l’épidémie s’aggrave à la faveur du choc infligé par les mesures de confinement. Une véritable punition des classes populaires, accompagnée de cadeaux inouïs aux actionnaires des entreprises sans contrepartie, permettent de mettre l’appareil d’Etat et l’argent public entièrement au service des plus puissants et du privé. Pour faciliter ces transferts de richesses du travail vers le capital, une politique de répression est déployée. Elle s’appuie sur des technologies de surveillance perfectionnées, la contrainte policière et le consentement à sacrifier liberté pour sécurité ou santé, nous faisant entrer dans un mauvais scénario de science-fiction. De surcroît, la numérisation de nos vies s’accélère à la faveur de l’enfermement, avec notre bénédiction.

Dans ce contexte délétère, même les défenseurs de l’hôpital ne comprennent plus que son financement se base sur les cotisations sociales, forme perfectionnée et anticapitaliste de socialisation de l’économie, que nous ont léguée les résistants en 1946. C’est ainsi que la baisse des cotisations est parfois souhaitée ou ignorée par ceux-là même qui veulent « des milliards pour l’hôpital ». Il est urgent de reprendre l’éducation populaire sur notre système de sécurité sociale, outil d’émancipation décisif pour un monde plus humain et écologique.

Face à l’incurie et l’impéritie de gouvernements comme le nôtre, l’Union Européenne aurait pu redorer son blason et organiser la solidarité à l’échelle du continent. Il n’en est rien et son échec est total.

De cette situation, on peut tirer quelques enseignements utiles pour l’avenir. Le lien entre écologie, mondialisation et société est désormais établi même pour les plus réfractaires. De même, chacun peut constater l’importance de retrouver souveraineté et autonomie productive, afin de ne pas dépendre du marché. Le rôle de l’Etat est une fois de plus réaffirmé. Côté social, démonstration est faite que ce sont les classes populaires qui assurent les productions essentielles, alors que leur paie est la plus petite. Mieux, grâce à l’arrêt de la production, on retrouve cette vérité essentielle : seul le travail humain crée la richesse, donc ni le capital ni le crédit. On observe également la supériorité du salariat sur le travail indépendant, car celui-ci garantit un salaire. En 3ème partie, quelques pistes pour un monde meilleur sont proposées.

Table des matières

  1. Constats et analyses

1.1.       Tout ça pour quoi ? Vite, de l’autodéfense intellectuelle !

1.2.       Le problème n’est pas le virus mais la capacité d’y faire face

1.3.       La médecine officielle devenue ascientifique

1.4.       Gestion de classe des dirigeants : ils ne s’arrêteront pas

1.5.       Surveiller et punir 

1.6.       La numérisation accélérée de nos vies

1.7.       La sécu, victime de la propagande mais aussi de notre ignorance

1.8.       Agonie sans fin de l’Union Européenne

      2. Quelques enseignements

2.1.       Le lien entre écologie et société démontré

2.2.       Importance de la souveraineté et de l’autosuffisance

2.3.       La redécouverte de la souveraineté des Etats

2.4.       Les classes populaires font tourner le pays mais sont les moins payées

2.5.       Seul le travail crée la richesse

2.6.       Supériorité du salariat

      3. Quelques pistes intéressantes

3.1. Au niveau national

3.2. Au niveau local

3.3. Et individuellement ?

 

1.   Constats et analyses

1.1.  Tout ça pour quoi ? Vite, de l’autodéfense intellectuelle !

On ne peut que constater la prégnance, voire l’omniprésence des chiffres dans les médias et les discours. Chaque jour, les nombres de morts en France et dans d’autres pays sont scandés par les médias de masse, les « alertes coronavirus » diffusées massivement sur tous les médias, précédées d’un jingle glaçant et suivis de messages de prévention lugubres. Cela  rappelle les années 1940, tout comme le discours martial du gouvernement. Tout est fait pour créer un effet de sidération et de peur préparant les esprits à une nouvelle donne politique, faite de privation de libertés, répression et focalisation sur la santé. Dans son excellent « petit cours d’autodéfense intellectuelle[1] » Normand Baillargeon, universitaire canadien, insiste sur l’importance de la culture des statistiques pour en tirer des connaissances et surtout pouvoir résister aux manipulations. Puisque les réponses inouïes apportées à la propagation du virus sont basées en grande partie sur l’interprétation de chiffres, regardons-les en face et mettons-les un peu en perspective. Chez moi, ça a créé comme un déclic qui interroge l’absurdité d’une politique et d’un climat de guerre : mais enfin, pour quoi faire ?

Des chiffres de mortalité bruts non équivalents à l’effet réel du virus

Dans toute épidémie, il y a une différence énorme entre les chiffres bruts de morts attribués à la maladie, et les chiffres ‘redressés’ sur ce qu’apporte réellement la maladie en termes de surmortalité annuelle ou saisonnière. En effet, tant que les humains seront mortels, chaque année il y aura des naissances et des morts. Pour évaluer l’effet d’une maladie il faut donc faire la différence entre une année ‘normale’, sans cette maladie, et une année avec, car ceux qui meurent de maladie, surtout des personnes âgées, pourraient tout aussi bien être victimes d’une autre maladie au cours de la période.

Ce calcul est appliqué chaque année à la grippe pour déterminer son effet réel. Même si les statistiques diffèrent fortement d’une instance à l’autre, on observe que les chiffres bruts de morts par la grippe ces dernières années peuvent varier entre 17900 (épisode de grippe de l’hiver 2017-2018[2]) et 8100 (2018-2019[3]), tandis que le rôle réel de la grippe dans la mortalité statistique est évalué à 1500 à 2000 par an pour le Groupe d'expertise et d'information sur la grippe[4]), et même à 1100 pour Santé Publique France en 2018-20192. Passer de 18000 à 2000 ou 8100 à 1100 implique de diviser par 6 ou 7 les chiffres bruts. C’est probablement ce qu’il faudrait faire avec le Covid, a fortiori parce qu’il touche en priorité les personnes âgées. D’après l’INSEE[5], le nombre de décès totaux enregistrés entre le 1er mars et le 16 avril 2020 est de 76 246 ; il était de 63 686 en 2019 (12 560 de moins) et 71 003 en 2018 (5 243 de moins).

Aucun effet statistique sur la démographie et l’espérance de vie

Si l’on égrenait comme on le fait aujourd’hui les chiffres de mortalité journaliers normaux en France, ou seulement ceux de la grippe, des maladies respiratoires liées à la pollution, des cancers ou des accidents de la route, nous serions tous épouvantés. Regardez ! Le tableau ci-dessous montre qu’en France, chaque jour en année ‘normale’ meurent plus de 1600 personnes, dont plus de 400 de cancers et un peu moins de 400 de maladies cardio-vasculaires, soit une proportion proche des chiffres du pic de l’épidémie de Covid (avril) connus jusqu’ici. Médiatiquement, on pourrait donc faire deux fois plus peur seulement avec les cancers et les infarctus.

causes de mortalité en France causes de mortalité en France

Causes de mortalité en France[06 à 12]

 

On voit par ces chiffres que le problème vient essentiellement des pics de mortalité – qui on le sait mettent à rude épreuve les capacités hospitalières et celles des Ehpad – et non des chiffres de mortalité totaux qui pour l’instant (au 19 avril) restent proches d’une forte épidémie de grippe. Ces pics sont particulièrement forts dans le Grand Est et en région parisienne. A l’inverse, certaines régions sont peu ou pas touchées[12]. Sauf changement brutal des tendances, il n’y aura donc pas d’effet sensible sur la démographie ou l’espérance de vie en 2020. En effet, les chiffres de mortalité du Covid représentent pour l’instant environ 3% des décès de l’année (20 000 sur 600 000). A cela il faudra ajouter les nouveaux décès et peut-être ceux non comptabilisés initialement dans les Ehpad, mais retirer le redressement saisonnier évoqué ci-dessus, les effets d’une année avec quasiment pas de grippe, et les effets de la baisse de la mortalité due au confinement, qui fait diminuer les accidents de la route et les maladies respiratoires liées à la pollution de l’air.

Le même raisonnement peut bien sûr s’appliquer à d’autres pays. Au niveau mondial, on reporte pour l’instant 162 000 morts, à comparer avec les 300 000 à 600 000 morts de la grippe saisonnière chaque année (146 000 ‘seulement’ cette année) ; 500 000 morts par le VIH cette année, 300 000 morts par malaria, 2 500 000 morts par cancer, 1 500 000 morts par la cigarette, 750 000 par l’alcool, 400 000 par les accidents de la route, 300 000 suicides ou 2 300 000 décès d’enfants de moins de 5 ans[13]. Il y a eu cette année dans le monde (toujours au 18 avril) plus de 17,6 millions de morts, le Covid représentant 0,9% des décès.

L’historien de la santé Olivier Faure dit lui-même que « c’est une catastrophe, mais la moins pire vécue depuis un siècle ». « Ce qui est frappant, ce n’est pas l’intensité du mal ; c’est l’intensité de la réaction »[14].

Une maladie bénigne pour la grande majorité des personnes

La contagiosité du Covid est très forte, même si elle l’est moins que plusieurs autres maladies. Le taux R0, c’est-à-dire le nombre moyen de personnes contaminées par une seule personne, est estimé entre 1,4 et 4, contre 1,5 à 2,5 pour la grippe, 3,5 pour le VIH, 5 pour l’hépatite B, 8,5 pour la varicelle et 12 pour la rougeole. Le taux de létalité du Covid (= probabilité de mourir si on contracte le virus[15]) est estimé à 2-3%[16], voire beaucoup moins[17]. Ce taux est à comparer avec celui de 80% pour le SIDA (hors traitement), 63% pour Ebola, 35% pour le MERS coronavirus et 9,5% pour le SRAS[18]. Heureusement que le MERS est resté au Moyen-Orient ou Ebola en Afrique! Dans ce cas-là, l’aléa écrase tout, comme dans le cas de la peste noire qui a tué 30 à 50% des Européens entre 1347 et 1352[19], combinant un R0 et un taux de létalité exceptionnels. A noter qu’il est probable que ce taux de 3% de létalité du covid soit surestimé, puisque cette maladie est en grande partie asymptomatique : pour la majorité des gens, on ne sait même pas qu’elles en sont porteuses puisqu’ils n’en ont aucun signe visible ou seulement des signes légers (rhume, maux de têtes, courbatures). On n’a donc détecté qu’une petite partie des personnes qui ont contracté la maladie, ce qui modifie le dénominateur dans la formule taux de létalité = nombre de morts / nombre de cas totaux estimés. D’après les données chinoises, 81% des cas sont légers et ne nécessitent pas une hospitalisation, 14% sont graves et 5% critiques[20]. Actuellement, 97% des 1,6 millions de cas de Covid dans le monde seraient bénins, et 3% graves ou critiques[21].

On le voit, pour le commun des mortels, il s’agit d’une maladie bénigne. En revanche, le taux de létalité monte à 15% pour les plus de 80 ans. Les chiffres pour la ville de New York illustrent également le poids énorme du facteur âge : sur 6 839 morts au 14 avril, 3 ont moins de 18 ans, 244 de 18 à 44 ans, 23% ont entre 45 et 64 ans, 25% entre 65 et 74 et 48% plus de 74 ans, ou encore 72% de plus de 64 ans. Les hommes semblent avoir bien plus à craindre que les femmes : 62% des morts à New York contre 38%. Les chiffres italiens au 18 mars montrent également que 99% des décès sont le cas de personnes qui souffraient déjà de maladies sévères, dans l’ordre décroissant d’importance : l’hypertension, les maladies cardiaques, le diabète, le cancer, l’insuffisance rénale, et quelques autres. 25% des personnes décédées avaient une pathologie préalable, 26% en avaient 2 et 48% 3 ou plus[22].

On le voit, la maladie tue surtout les personnes âgées et les malades chroniques, c’est-à-dire les personnes vulnérables du point de vue de la santé. Le confinement imposé si drastiquement, si l’on s’en tient aux raisons sanitaires, viserait donc logiquement à protéger ces personnes. Voyons ce qu’il en est.

Protéger les vieux…pourtant grands perdants de la crise

Il est indéniable que les personnes âgées sont les grands perdants, en particulier en EHPAD et parfois aussi à l’hôpital. En EHPAD, la situation est dramatique et catastrophique, comme le montre le terrible témoignage d’une aide-soignante[23]; on en vient à oublier, parfois même interdire les principes d’humanité élémentaire que sont l’accompagnement des mourants par leurs familles, le soulagement de leurs douleurs, l’enterrement des proches pour faire son deuil. En effet, les visites leur étaient totalement interdites pendant un mois. Les anciens sont confinés dans des espaces minuscules, abandonnés, meurent seuls dans des conditions atroces, parfois sans assistance. Les chiffres de mortalité des anciens en Ehpad n’ont, pendant plusieurs semaines, même pas été comptabilisés. Les personnels n’ont pas été protégés mais ont été délaissés sans support matériel. J’ai donc beaucoup de mal à croire que le confinement soit réalisé pour protéger les anciens et les malades.

Les pays qui ne confinent pas font aussi bien et parfois mieux que les autres

La moitié de l’humanité est confinée, mais d’autres pays ont fait le choix de ne pas enfermer toute la population, de tester en masse pour détecter et confiner les malades, tout en appliquant également des mesures d’hygiène. C’est le cas de la Corée du Sud, Hong Kong, Taïwan[24], l’Allemagne ou la Suède. Les autorités suédoises ont par exemple jugé que l’impact d’un confinement était trop fort par rapport au gain, que ce sont les personnes âgées qui devraient rester à la maison et non les enfants, et qu’il était mauvais pour la santé de rester assis à l’intérieur toute la journée[25]. Ils en sont pour l’instant à environ 2000 morts pour 10 millions d’habitants. Sans confinement mais avec des tests massifs pour isoler les contaminés, la Corée du Sud a gardé le nombre de cas sous la barre des 11 000, le nombre de morts à un peu plus de 200 pour une population de 51 millions d’habitants. En Allemagne, 500 000 personnes sont testées chaque semaine[26]. Malgré un nombre de cas proche du nôtre (un peu moins de 150 000), on n’y déplore ‘que’ 4 500 morts, contre 19 000 en France, soit 4 fois moins. En Italie, malgré le confinement on compte 23 000 morts pour 176 000 cas et 60 millions d’habitants, soit une performance aussi mauvaise que celle de la France.

On voit par là que des pays n’ayant pas confiné font mieux que des pays qui confinent drastiquement. Je m’interroge donc sur la valeur ajoutée de cette mesure qui, elle, a des conséquences désastreuses sur la population, même si elle est bénéfique pour les écosystèmes.

Alors, tout ça pour quoi ?

A la lumière de tout ce qui précède, on peut s’interroger sur la raison pour laquelle plus de 3,5 milliards d’individus s’enferment ainsi pendant si longtemps, s’infligeant une punition dévastatrice pour l’économie et la vie sociale. Est-ce pour protéger la population-cible du virus, c’est-à-dire les vieux et les personnes vulnérables ? Le philosophe André Comte-Sponville regrette qu’avec de telles mesures de destruction de l’économie, l’on sacrifie ainsi les jeunes et la liberté pour la santé, celle des vieux[27]. Si c’était le cas, alors pourquoi les vieux sont-ils si mal traités et abandonnés? On l’a vu, ils sont les véritables perdants. On peut rétorquer l’argument usuel : « oui mais ce serait encore pire sans le confinement ! ». On a vu que même cet argument est probablement faux.

Alors, pourquoi s’infliger volontairement de telles souffrances? Est-ce par crainte d’une éventuelle mutation du virus, qui pourrait arriver si celui-ci trouve de trop nombreux hôtes ? Cette raison n’est jamais évoquée, et vu le manque de planification et d’anticipation des élites, on ne peut la retenir. Lisser la courbe des nouvelles contaminations pour permettre au système hospitalier de faire face ? Oui, c’est certainement une des raisons majeures (voir 1.2), mais ce n’est pourtant pas accompagné d’actions réellement en faveur de l’hôpital, ni de retour sur les mesures passées de destruction (voir 1.2.). Reste deux hypothèses : ne pas passer pour les moins-disants sanitaires, ou se servir de cette crise pour imposer un ordre sécuritaire ou économico-politique (stratégie du choc, en référence à l’implacable démonstration de Naomi Klein[28]). Concernant cette dernière proposition, je ne pense pas qu’il y ait véritablement préméditation d’imposer un tel choc pour mieux faire passer une forme extrême de capitalisme, comme l’auteur le décrit très bien pour de très nombreux cas à travers le monde, de 1973 à nos jours. Je pense plutôt que les dominants au pouvoir profitent de cette contingence pour faire effectivement passer toute une série de mesures délétères à leur profit. J’y reviens, notamment en 1.4 et 1.5.

Reste l’hypothèse de l’effet de panique ou de surenchère sécuritaire des gouvernants qui craignent d’être pris en défaut de protection et de sécurité, première mission symboliquement dévolue à l’Etat. Elle me semble la plus plausible. Ce phénomène est bien connu. En effet, il est très difficile de revenir sur un aménagement sécuritaire. Une fois pris, un stade dans l’acceptation et la tolérance est passé. Politiquement, une action supplémentaire ne peut donc plus se placer en-deçà de l’existant, si les autorités veulent montrer leur action. Par ailleurs, il existe un phénomène de contagion sécuritaire lié à la peur. Lorsque plusieurs gouvernements et l’OMS déclarent l’état d’urgence et le confinement, cela exerce une pression politique très forte sur les gouvernements qui ne l’ont pas encore déclaré, à laquelle il est très difficile de résister. Au départ, des « scientifiques » européens prédisaient des centaines de milliers de morts dans chaque pays en l’absence de confinement[29], ce qui s’est avéré totalement faux. Ne pas prendre des mesures aussi fortes que d’autres aurait été contesté et peut-être pas toléré par les populations. Les Etats se sont donc sentis obligés de prendre les mesures aussi fortes pour sauvegarder le peu de légitimité qui leur restait.

1.2.  Le problème n’est pas le virus mais la capacité d’y faire face

Le problème n’est donc pas tant lié à la virulence de la pathologie, sur laquelle on ne peut rien, qu’aux mesures de prévention et à la capacité de gestion des systèmes de santé, sur laquelle on peut beaucoup.

Depuis des décennies, les chercheurs qui s’intéressent aux catastrophes et aux risques ont montré que ceux-ci sont toujours causés par la conjonction d’un aléa (qui peut être naturel : un séisme, un virus, un produit dangereux, etc.) avec des vulnérabilités du milieu récepteur (des fragilités intrinsèques, des facteurs d’exposition ou des capacités insuffisantes à se préparer et à faire face). L’aléa n’explique qu’une petite partie des risques et des catastrophes. On peut résumer cela par : R = A x E x V / C, où R est le risque, A l’aléa, E l’exposition, V la vulnérabilité et C la capacité à faire face, ou résilience.

Le Covid illustre parfaitement ce raisonnement. Comme montré plus haut, c’est une maladie très contagieuse mais bénigne au niveau statistique[30]. Elle provoque le décès surtout de personnes âgées et/ou ayant souvent une ou plusieurs pathologies chroniques graves.

Alors, quel est le problème ? Il réside dans les facteurs d’exposition (voir 2.1.) et surtout dans la capacité à faire face, qu’on peut diviser en 4 éléments.

Détection et dépistage des malades

Pour bien gérer, il faudrait idéalement pouvoir détecter et tester toutes les personnes malades, ou la plus grande partie. Ceci dépend de nos capacités de compréhension de la maladie et de ses symptômes, qui progresse régulièrement avec l’expérience et les premières publications, même si elle reste assez faible. Mais pour une maladie en majorité asymptomatique, ou à symptômes comparables à d’autres maladies, le test massif et répété de la population serait nécessaire pour diminuer la contagion. La question de la fiabilité des tests existe[31], mais semble moins prégnante que celle de la disponibilité des matériels de test en France. En effet, il n’y a aucune difficulté technique à les produire. Il y a en revanche une difficulté logistique et organisationnelle. Aujourd’hui, après plusieurs mois d’épidémie déclarée, on ne dispose toujours pas de ces tests en quantité, d’abord parce que le gouvernement a choisi de ne pas tester massivement[32] ni même commander des tests en grande quantité, ensuite parce que les capacités françaises actuelles des hôpitaux et laboratoires de biologie humaine ne le permettent pas, contrairement…aux laboratoires vétérinaires, qui ont proposé au Ministère de la santé, dès le 15 mars, de pratiquer sous 15 jours des centaines de milliers de tests par semaine, sans réponse à ce jour, soit après 1 mois. Dans un article édifiant[33], on y apprend d’une part que « depuis une loi du 30 mai 2013, les laboratoires de biologie vétérinaire publics départementaux n'ont plus le droit de traiter le moindre prélèvement issu d'un corps humain, et inversement », alors que l’homme est, jusqu’à nouvel ordre, un mammifère ; et d’autre part que la pénurie de réactifs des laboratoires de biologie humaine vient de leur caractère « fermé », c’est-à-dire qu’une machine est inféodée à une seule « marque » de réactifs (comme Roche pour les machines Biomérieux), de la même façon qu’un logiciel propriétaire ne fonctionne qu’avec la licence de sa marque (Microsoft, Apple…). Cette situation n’existe pas pour les machines utilisées par les 75 laboratoires vétérinaires départementaux, qui sont publics et disposent des machines « ouvertes » pouvant traiter tous  types de réactifs (un peu comme des logiciels libres). Aucun acteur de terrain ne comprend un tel blocage qui prive la France de centaines de milliers de tests par semaine[34]. On peut imaginer que le gouvernement subisse une certaine pression des laboratoires pharmaceutiques pour ne pas modifier cette règle édictée sous Hollande, qui nous subordonne à leur production.

Mesures de diminution de la contagion

Ceci comprend la séparation des malades des bien-portants, l’hygiène (nettoyage des surfaces, lavage des mains), des mesures de distance entre individus et de protection (masques, gants, blouses, etc.), ainsi que la planification du confinement – déconfinement.

Or on voit bien que sur certains de ces éléments-clé, l’organisation collective impulsée par les autorités est défaillante. D’abord, la séparation des malades ne se fait quasiment pas : on préfère confiner l’ensemble de la population plutôt que de détecter puis confiner les seuls malades. Prenez une corbeille de fruits sur une table : lorsque vous détectez un fruit qui commence à pourrir, vous le sortez et le posez ailleurs, afin de protéger les autres fruits. Vous ne prenez pas l’ensemble des fruits !

Sur le lavage des mains, on s’est vite rendu compte qu’il y avait pénurie du fameux gel hydroalcoolique tant vanté, non par manque de gel mais de contenants…en plastique[35] ! Comme si nous n’étions pas capables dans notre pays de produire rapidement des contenants, de surcroît plus durables.

Quant aux masques, la gabegie gouvernementale présente et passée est bien connue. Elle concerne d’abord les stocks : depuis 2010, les stocks médicaux stratégiques de l’Etat ont été peu à peu liquidés par Sarkozy, puis plus encore par Hollande et Macron[36]. En 2013, le gouvernement Hollande change de doctrine, sous l’impulsion d’un rapport du Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale[37]. On passe alors d’une prise en compte par l’Etat à la responsabilité des entreprises : « il revient à chaque employeur de déterminer l’opportunité de constituer des stocks de masques pour protéger son personnel ». Le document invoque « les paramètres de coût ». Donc en l’absence des 1,5 milliards de masques détenus par l’Etat en 2009, le gouvernement – suivant en cela les recommandations inouïes de l’OMS[38] – affirmait que cela ne servait à rien, contribuant ainsi à décrédibiliser ce moyen de protection, avant de recommander le contraire quelques semaines plus tard. Entre temps, de nombreux citoyens ont auto-produit des masques, avec beaucoup d’inventivité, et certaines entreprises ont changé elles-mêmes leurs lignes de production pour produire des masques ou du gel[39]. Même le professeur Didier Lepelletier, président du conseil scientifique de la Société française d’hygiène hospitalière, déclarait en mars que « cela ne sert absolument à rien [...] de [mettre un] masque pour faire ses courses[40]. L’Académie nationale de Médecine recommande désormais que le port d’un masque soit rendu obligatoire.

Il y a plus de 1000 entreprises dans le textile en France ; de quoi produire suffisamment de masques si l’on veut, à condition de mener une action forte depuis le sommet de l’Etat. Des milliers de travailleurs, y compris les soignants, ont été – et sont parfois encore aujourd’hui – envoyés sur leur lieu de travail sans cette protection.

Le cas de l’usine de Plaintel, en Bretagne, est édifiant. Elle produisait jusqu’à 200 millions de masques par an. Rachetée par le Groupe Honeywell, elle a été peu à peu abandonnée, puis fermée en septembre 2018, pour en délocaliser la production en Tunisie. Honeywell a même fait détruire les machines au bulldozer ! Le gouvernement Macron-Philippe-Le Maire a laissé faire, malgré les alertes du personnel sur le caractère stratégique de leur production[41]. Il serait encore possible de reconstruire et rouvrir rapidement ce site, les salariés s’organisant actuellement pour reprendre en coopérative leur usine ; mais on préfère laisser faire le marché et acheter en Asie. Aujourd’hui, il n’y a toujours pas assez de masques. Pourtant, un citoyen qui a réussi à s’en procurer s’est fait saisir son stock par les gendarmes et attaquer par le parquet[42].

On a du mal à déceler la cohérence dans la planification du confinement. L’avenir dira si le confinement total, mesure moyenâgeuse, était efficace ou non. Mais les injonctions contradictoires du gouvernement sont difficiles à interpréter. Elles ont été la risée des réseaux sociaux. Le déconfinement est encore plus problématique, puisqu’on s’est assez vite rendu compte qu’il implique de pouvoir détecter les malades pour les isoler, voire identifier les personnes guéries pour les déconfiner. On a vu ce qu’il en était. Enfin, le problème de la méthode du confinement est qu’il pourrait nécessiter…d’être réitéré, si le déconfinement n’était pas suffisamment maîtrisé, ou si une nouvelle vague de contamination était apportée de l’étranger. Il empêche en réalité la société de vivre avec la maladie.

Traitement de la maladie

La controverse autour du Pr. Raoult, qui semble avoir mis au point un traitement simple, basé sur des médicaments génériques éprouvés, est édifiante. Elle oppose d’un côté les tenants de l’orthodoxie scientifique, qui ne jurent que par des protocoles de tests randomisés à l’aveugle sur des milliers de patients, avec groupe-témoin, qui prennent des mois à fournir des résultats ; et de l’autre des médecins qui font des essais et constatent seulement que « ça marche »[43]. La négligence avec laquelle les scientifiques et les autorités ont traité cette affaire est stupéfiante, alors que le protocole est extrêmement simple à reproduire et à tester. Elle aura peut-être retardé ou empêché la guérison de nombreux malades à un stade précoce[44]. Là encore, l’avenir le dira.

La pénurie de produits pharmaceutiques, qui existait déjà avant la crise mais s’est trouvée aggravée par la demande mondiale, est particulièrement choquante dans un pays producteur comme le nôtre[45]. Des patients en phase terminale ont ainsi été privés de sédatifs pour alléger leurs souffrances. Pourquoi ? Parce que nous sommes à la merci des business plans des entreprises pharmaceutiques, de la loi mondiale de l’offre et de la demande, et de la délocalisation des usines en Chine. L’usine Famar, seule productrice de chloroquine sur sol français, est actuellement en redressement judiciaire[46], à la merci de Sanofi et sans appui de l’Etat, malgré la possibilité de produire très rapidement l’hydroxychloroquine et l’azithromycine[47]. De même, l’entreprise Peters Surgical, qui produit notamment des sondes utilisées en réanimation, est victime d’un plan de fermeture, sans que le gouvernement ne réagisse[48]. On préfère importer les sondes depuis l’Inde.

Il se pourrait également que, comme la plupart des autres virus qui attaquent l’humain, il disparaisse et réapparaisse de lui-même de manière saisonnière. A terme, la question du vaccin se posera probablement, surtout si l’on ne reconnaît pas les traitements les plus simples et efficaces. Qui va l’emporter : un brevet privé pour un vaccin produit sous licence à un tarif prohibitif et selon les capacités et la volonté des laboratoires privés? Ou un vaccin générique dans le domaine public, peu cher et produit massivement à la demande des gouvernements ?

Prise en charge des malades

Dernier facteur de vulnérabilité ou de résilience face à la maladie, la prise en charge des patients dépend de l’organisation du système de soins : médecins généralistes, pharmaciens, centres médicaux et hôpitaux. Notre système intégré de financement, organisation et production de soins était admiré de tous il y a encore une trentaine d’années. Il a malheureusement été profondément déstabilisé par plusieurs décennies de destruction minutieuse, sous l’impulsion des politiques de droite menées par le PS, l’UMP, LR et LREM. Non seulement on a détruit les capacités des hôpitaux qui manquent cruellement aujourd’hui (diminution de milliers de soignants et de lits), mais on a également diminué à la source ses financements (la cotisation sociale). Pour finir, le système de santé a été transformé en industrie du soin à rentabiliser (voir 1.7). Avant la ‘crise’, les hôpitaux et leur personnel étaient déjà exsangues sous l’effet des politiques managériales et de la tarification à l’activité. En parallèle, les mêmes logiques de financiarisation, voire de privatisation de la recherche, ont amputé notre pays d’une grande partie de ses capacités, les laboratoires n’étant plus dotés annuellement mais devant répondre à des appels d’offres. C’est ainsi que des recherches sur les coronavirus qui avaient été boostées par le SRAS en 2003, ont dû être abandonnées ou diminuées dès qu’il est sorti de l’actualité, faute de financements[49].

Les malades qui passent au stade 2 de la maladie nécessitent souvent des soins intensifs avec intubation et respirateurs. Or on manque de lits et de réanimateurs. On craint également une pénurie de respirateurs et de bouteilles d’oxygène, commandées en masse partout dans le monde. C’est là qu’on se rend compte de notre dépendance industrielle à l’étranger et des politiques absurdes de fermeture d’usines et délocalisations.

Pour commencer, les respirateurs. Parmi les six principaux fabricants, un seul en produit en France. Il s’agit d’Air Liquide, qui prend des dispositions pour doubler sa capacité. Les autres fabricants sont installés en Suède ou aux Etats-Unis. Or, il existe 5 sites de production PSA et Renault capables d’en produire, si on les y contraint.

Ensuite, les bouteilles d’oxygène. Il n’existait en France en 2018 plus qu’une usine de bouteilles à usage médical : Luxfer, à Gerzat dans le Puy-de-Dôme. Cette entreprise de pointe avait développé un modèle particulièrement performant, car le plus léger du marché. C’était même le seul producteur de toute l’Union européenne ! L’usine a pourtant fermé en 2019, là encore sans aucune réaction du gouvernement. En mars 2020, au vu de l’importance de leur production dans la crise actuelle, les salariés ont finalisé un plan de réouverture du site et demandé au gouvernement de nationaliser l’entreprise[50]. La loi de finances rectificative votée le 23 avril ouvre la possibilité de le faire. Cela n’a pas été retenu par gouvernement Macron-Philippe[51].

Cet affaiblissement de notre capacité collective à faire face à un virus pourtant relativement bénin en termes de virulence, provient bien des politiques d’austérité de destruction capitaliste menées depuis 1983, qui ont saccagé les services publics, notre industrie et la notion même de planification ou de politique industrielle, au profit des « marchés ». Pour couronner le tout, l’incurie et l’impéritie de nos élites politiques en matière de gestion de l’urgence est patente. On le voit, la France serait capable de produire ce dont elle a besoin, à condition de planifier la production et réquisitionner les entreprises, comme le propose Mélenchon[52], ou de nationaliser des entreprises stratégiques.

1.3.  La médecine officielle devenue ascientifique

De nombreuses enquêtes journalistiques ont montré que le secteur médical Français officiel est pétri de conflits d’intérêts. Tous les domaines sont concernés : production de médicaments, tests et homologation, définition de doses journalières admissibles de molécules toxiques[53], épidémiologie, gestion des hôpitaux, lois et programmes politiques en matière sanitaire, personnel politique[54] et de conseil [55] , enseignement[56]. En effet, une partie de ceux qui sont censés piloter et gérer la politique santé sont vendus aux laboratoires pharmaceutiques privés[57]. Les exemples sont innombrables[58]. Le système de soins et de recherche médicale français sont maintenant inféodés aux laboratoires pharmaceutiques[59]. Par ailleurs, les médicaments sont testés par les laboratoires qui les produisent. Pour prendre une image, ce serait comme si un ministre des finances pratiquait lui-même l’évasion fiscale.

C’est ainsi qu’on laisse produire des quantités de médicaments qui au mieux ne servent à rien, au pire sont nocifs[60] ; qu’on fait financer par la sécurité sociale les profits des multinationales de la pharmacie ; qu’on autorise la mise sur le marché d’un cocktail chimique qui nous expose en permanence au cancer ; ou qu’on détruit le rail au profit des bus alors que la qualité de l’air est à l’origine de milliers de décès par an, sans aucune réponse sanitaire et sociétale[61].

En ce qui concerne la doctrine, les innombrables instances de contrôle et de régulation du secteur (Haute autorité de Santé, Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, Institut National de Veille Sanitaire, Académie Nationale de Médecine, Ordre des Médecins, Agences régionales de santé, APHP, European Medicines Agency, etc.) sont devenues des gardiennes d’une orthodoxie aveugle basée sur une vision dogmatique de la médecine : préférence au traitement plutôt qu’à la prévention et à l’épidémiologie, réduites à très peu de choses ; traitement essentiellement par des médicaments ; réification totale du corps, séparé de la situation plus globale de la personne et de sa psychologie; rejet total de tout traitement par des médecines alternatives (phytothérapie, homéopathie, médecines orientales) ; gestion publique au profit du privé ; destruction et mise sous tutelle des hôpitaux, amputation des capacités de l’Etat, augmentation de l’emprise du secteur privé (mutuelles, cliniques…). Le personnel des instances sanitaires officielles n’est pas principalement recruté sur sa compétence, mais plutôt par cooptation, en s’assurant de son allégeance à ce système de pensée et d’industrie capitaliste du soin, et sa fermeture d’esprit à tout ce qui lui est étranger (curiosité scientifique, ouverture, vision à long terme, planification). Or la curiosité et l’ouverture  sont des éléments indispensables au progrès scientifique. L’application de la méthode scientifique à des objets nouveaux ou hybrides est parmi ce qu’il y a de plus fécond[62]. Des enquêtes montrent que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) elle-même est actuellement sous l’influence de la Chine[63], de Bill Gates[64] et des lobbies privés[65].

Avoir ces éléments en tête peut faciliter l’interprétation de certaines déclarations ou décisions sanitaires qui paraissent a priori absurdes. La gestion des tests, des masques, les attaques violentes contre le Pr. Raoult et la chloroquine[66], médicament tombé dans le domaine public, les injonctions contradictoires, l’absence de planification et de vision en sont probablement la conséquence[67]. Les décisions n’obéissent pas à la recherche du bien commun mais plutôt à un agenda politique ou économique, ou parfois simplement à l’incompétence.

1.4.  Gestion de classe des dirigeants : ils ne s’arrêteront pas

Malgré les atermoiements théâtraux et grandiloquents du chef de l’Etat, rien ne montre un infléchissement de la politique de classe de l’oligarchie française. Il est frappant de constater à quel point la gestion de crise favorise les classes supérieures et pénalise les classes populaires, en continuité avec ce qui se faisait avant. La domination et l’idéologie qui sous-tendent cette gestion sont tellement hégémoniques que tout événement peut être mis à profit pour les renforcer. C’est ainsi que le code du travail en a encore fait les frais. La loi d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 (n° 2020-290 du 23 mars 2020) et les 25 ordonnances votées dans la foulée permettent rien de moins que la semaine de 60 heures (au lieu de 35), le repos journalier de 9 h (au lieu de 11h), des dispositions contraignantes sur les congés et les RTT[68]. Ces dispositions sont temporaires (jusqu’au 31 décembre 2020 tout de même !)…allez, parions-le…avant de devenir définitives, comme les dispositions de l’état d’urgence contre le terrorisme, reprises 6 fois avant d’être constitutionnalisées. A moins d’un réveil citoyen. En attendant, le président du Medef affirme : « il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire »[69].

Pendant que les cadres télé-travaillent, les classes populaires (ouvriers et employés) sont envoyés ‘au front’ (puisqu’on vous dit que c’est une guerre !), souvent sans protection. Par exemple, à STMicroelectronics (fabricant de puces électroniques – 4000 salariés), l’Inspection du Travail a jugé que les mesures de préventions prises au sein de l’entreprise étaient insuffisantes, surexposant les salariés. Au 03/04, la direction recensait officiellement 53 cas suspects de covid-19, soit deux fois plus qu’au 24/03. Pourtant, l’usine continuait de tourner, impliquant des centaines de salariés. A l’inverse, chez Schneider-Electric (fabriquant de matériel électrique – 5000 salariés), la direction a obtenu des dizaines de milliers de masques pour ses salariés, alors que ceux-ci manquaient cruellement dans nombre de secteurs essentiels (personnels hospitaliers, soignants à domiciles, commerces alimentaires, enseignants, transporteurs...)[70]. Idem chez Airbus. Même les soignants, particulièrement exposés du fait de leur contact direct avec des malades à charge virale maximale, ont fait les frais de cette politique[71].

Pendant la crise, les dividendes des actionnaires continuent : 10,7 millions d’euros pour Maurice Lévy (Publicis), 38,41 millions pour la famille d’Elisabeth Badinter (idem), 785,8 millions pour la famille de Bettencourt (L’Oréal), 75 millions pour la famille de Dassault, 109 millions pour Xavier Niel, 1,62 milliards (décision repoussée à juin) pour Bernard Arnault (LVMH)[72]. Sanofi, qui vit de la sécu, versera 3,9 milliards à ses actionnaires. Axa leur a versé 3,46 milliards, Allianz 4,7 milliards, la BNP 3,9, Total 1,8, etc. Au total, 36 milliards d’euros versés aux actionnaires pendant la période de crise[73].

A l’inverse, on en appelle aux dons pour l’hôpital, tout en le privant de sa source de financement, la cotisation sociale (indûment appelée charges, voir 1.7.). Les cagnottes « solidaires » se multiplient pour les soignants, les CHU, l’APHP. On demande donc l’aumône pour nos services publics et pour les fonctionnaires ! L’Etat et la sécu seraient-ils tellement pauvres ? C’est ce qu’on essaie de nous faire croire et c’est une énorme arnaque. Rappelons que la richesse créée par les habitants dans le pays est d’environ 2800 milliards par an. Pour les entreprises, l’Etat a très rapidement débloqué 45 milliards et garanti 300 milliards d’euros de prêts, sans aucun mécanisme contraignant assorti pour les banques. 20 milliards supplémentaires viennent d’être débloqués pour des « entreprises stratégiques » (on a vu ce qu’il en était) qui « ont perdu de la valeur sur les marchés », sans contrôle ni contrepartie. Une partie d’entre elles sont de très grands groupes qui polluent massivement l’environnement.

De surcroît, l’Etat français a décidé de verser 350 millions d’euros pour renflouer FNAC-DARTY, qui comprend des actionnaires comme Daniel Kretinsky (2,5 milliards d’euros de fortune personnelle), les Schmidt-Ruthenbeck (mêmes montants), le groupe Rotschild, et d’autres milliardaires, qui eux ne mettent pas un centime au pot[74]. Le gouvernement donne également  7 milliards à Air France, alors qu’il ne détient que 14,3% des parts, tout comme La Hollande, qui promet 2 à 4 milliards. Or, Delta Airlines (comprenant son actionnaire principal, le milliardaire Warren Buffet) et la Eastern China Airlines détiennent chacune 8,8% des parts, sans payer. Ces sommes considérables sont déboursées par les contribuables à la place et pour ces milliardaires.

Certains grands groupes ainsi subventionnés profitent des dispositifs de chômage partiel remboursés par l’Etat, et d’autres aides, tout en versant des dividendes à leurs actionnaires[75]. Non, vous ne rêvez pas. A l’inverse, les primes de 1000 à 1500 euros pour les fonctionnaires (dont les soignants) vont coûter…1,6 milliards. Les soignants ne se sont pas mobilisés massivement cet hiver pour une prime de 1500 euros, mais bien pour sauver l’hôpital[76] et pour augmenter leurs salaires. Côté sécu, une hausse même minime de cotisation permettrait de le refinancer correctement. Le CICE et autres allègements  de cotisations de 2019 seulement ont privé la sécu de 40 milliards[77]. Ils s’ajoutent aux dizaines de milliards d’allégements annuels de cotisation déjà existants. Côté Etat, la fraude fiscale coûte 80 à 100 milliards par an, sans que Bercy se donne les moyens d’y remédier. Le Crédit impôt recherche, 5,5 milliards par an, soit 2 fois le budget du CNRS; l’impôt sur la fortune quasiment disparu, plus de 4 milliards annuels. Tous ces dispositifs qui transforment l’argent des contribuables en dividendes pour les actionnaires ne sont pas remis en cause.  Les aides publiques aux entreprises privées se montent à 200 milliards par an, hors plan spécial Covid[78]. Pour mémoire, le budget de l’Etat est de moins de 300 milliards et celui de la sécu plus de 800 milliards.

Qu’est-ce que ça veut dire « une garantie de l’Etat des prêts de 300 milliards » ? Eh bien, rien de moins qu’une couverture des risques des banques privées, sans contrepartie. Autrement dit, si une entreprise fait faillite et ne rembourse pas son prêt, ce n’est pas la banque privée qui en fait les frais, c’est l’Etat qui le lui rembourse. Un cadeau aux banques déguisé, donc. Or, les banques prêtent déjà à l’Etat contre intérêts, puisqu’avec les traités européens, celui-ci n’a plus de souveraineté monétaire, remise intégralement aux banques : ce sont elles qui créent ex-nihilo la monnaie par les prêts ; ce sont encore elles qui reçoivent gratuitement chaque mois les milliards créés par la banque centrale européenne (BCE) pour les prêter à l’Etat…moyennant intérêts. C’est donc encore de l’argent public qui est transféré directement à la finance privée. On comprend mieux ce que signifie, en termes de politique de classe, une garantie de 300 milliards : de l’argent en moins pour les salaires et les services publics.

Cette politique de classe qui s’exprime au grand jour aujourd’hui ne s’arrêtera donc pas avec ou après la crise, sauf puissant mouvement populaire. Elle est pour l’instant exacerbée. Les réformes destructions des retraites et de l’assurance chômage sont seulement « suspendues ». Macron fera payer l’endettement de l’Etat pour les entreprises par une politique d’austérité de destruction du bien commun. Le plan pour l’hôpital public préparé par la Caisse des Dépôts à la demande du chef de l’Etat accélère la marchandisation et la privatisation de la santé[79].

Un dernier exemple pour la route : en pleine crise, le directeur de l'Agence Régionale de Santé (ARS) du Grand Est annonce que 598 postes et 194 lits seront supprimés, comme prévu dans les orientations du Copermo, le comité interministériel de performance et de la modernisation de l'offre de soins[80]. Faites attention aux deux mots en italique, pour en savourer la teneur.

1.5.  Surveiller et punir

La gestion de classe passe aussi par la mise en œuvre de dispositifs de surveillance et de répression inédits, approfondissant encore les tendances antérieures. On est en droit de se demander pourquoi fermer les parcs, plages, montagnes et forêts, ce qui augmente mécaniquement la densité de population sur les espaces restants. On peut également se demander pourquoi il n’est pas possible d’aller enterrer ou dire adieu à ses proches, alors qu’on peut aller au supermarché. Pour faire respecter le confinement jusque dans ses modalités les plus absurdes, le gouvernement compte non sur les explications et le civisme des citoyens, mais sur les interdictions, les fermetures d’espaces publics, le contrôle et les amendes.

C’est ainsi qu’on assiste à une véritable punition des classes populaires, qui vivent un confinement extrêmement dur[81] et subissent la violence de la répression : amendes qu’ils ne pourront parfois pas payer, contrôles arbitraires et violences policières[82]. Ce sont pourtant elles qui font tourner le pays (voir 2.4.) et qu’on applaudit quotidiennement à 20 heures pour leur abnégation. Elles qui se sont fait éborgner et gazer quand elles manifestaient il y a quelque mois.

La répression vient d’en haut. En témoigne cet inspecteur du travail, Anthony Smith,  suspendu de ses fonctions et sous le coup d’une sanction disciplinaire pour avoir tenté de faire appliquer la loi, c’est-à-dire de protéger les travailleurs dans une entreprise. Sa hiérarchie a même conseillé à l’entreprise de faire obstacle au contrôle, ne plus répondre aux sollicitations de l’inspecteur et mettre sa correspondance de côté[83]. Cela s’inscrit en droite ligne des orientations de la ministre du travail, Muriel Pénicaud[84], qui n’a eu de cesse d’affaiblir, de désavouer voire de réprimer les services d’inspection du travail qu’elle est censée piloter.

« Grâce » au Covid, on commence à tester de nouvelles technologies de surveillance : drones parlants lançant des ordres audibles à 40 mètres[85], hélicoptères à vision nocturne infrarouge capables de détecter une présence à des centaines de mètres[86], tout ceci faisant partie du « dispositif complet de surveillance et de contrôle de l’espace public dans le cadre des mesures de confinement destinées à protéger la population de la transmission du coronavirus »[87]. Le 12 avril 2020, le Ministère de l’Intérieur a lancé un appel d’offres (AO) de près de 4 millions d’euros pour l’achat de centaines de drones[88]. Il est divisé en 4 lots[89], dont :

  • 565 « micro-drones du quotidien », de moins d’un kg, pouvant voler discrètement 25 minutes à 100 m de haut et filmer en 4K, assortis d’une caméra thermique, et transmettre le tout à 3 km de là ;
  • 66 drones « de capacité nationale », de 8 kg maximum, qui volent discrètement à 120 m de haut pendant 20 mn et transmettre à 5 km des images zoomées 30 fois avec un objectif filmant à 500 m ;
  • 20 « nano-drones spécialisés » de moins de 50 grammes.

Les livres de science-fiction semblent démodés[90]. L’association « La quadrature du net » parle de basculement dans un Etat policier[91], sous le coup de l’état de sidération. Imaginons-nous il y a 3 mois : si on nous avait dit que nous serions tous enfermés, obligés à faire des autorisations dérogatoires de sortie, surveillés par des drones parlants à caméras infrarouges, on n’y aurait sans doute pas cru. Ajoutons la reconnaissance faciale[92], le traçage via les smartphones[93] ou les bracelets électroniques[94]…il ne reste plus que le système de « crédit social » gouvernemental[95] pour nous retrouver en Chine totalitaire. Pour Edward Snowden, ces technologies qui s’imposent si facilement avec le Covid construisent « l’architecture de l’oppression »[96] ou pour Giorgio Agamben, un régime de biosécurité bien décrit[lien]. A quoi ont servi les milliards investis dans ces technologies de surveillance, maintenant que nous manquons d’objets aussi basiques que des gants, des blouses et des masques ?

Mieux encore, alors que les soignants manquent de tout, le gouvernement a publié un appel d’offres de 3,6 millions d’euros le 3 mars, pour une commande de…gaz lacrymogènes. Non, ce n’est pas une blague ! Des « aérosols CS à diffusion dispersive petite capacité (40 à 50 ml) », des « aérosols CS à diffusion dispersive moyenne capacité (300 ml) » et des « aérosols CS à diffusion dispersive grande capacité (500ml) »[97] ont été demandés, alors que ce n’est que le 28 mars qu’il a commandé des tests pour le Covid. Dans le même temps, une aide-soignante a été mise à pied pour avoir osé demander des moyens de protection à la direction de l’hôpital d’Haumont dans le Nord[98]

On le sait, les mesures d’urgence les plus délétères tendent à devenir rapidement la norme. Il est étonnant que cette épidémie cause un tel durcissement de nos sociétés. Il va falloir lutter, s’opposer, car nous savons qu’il y en aura d’autres, et bien plus mortelles.

1.6.  La numérisation accélérée de nos vies

L’un des phénomènes sociaux majeurs de ces dernières années est l’invasion des écrans : 5,6 écrans par foyer en 2018[99] en France, soit plus de 150 millions à l’intérieur de nos habitations, et probablement des millions de plus dans l’espace public (je n’ai pas trouvé le chiffre). De plus en plus interactifs, ils sont désormais en attente d’un contact visuel, tactile ou de commandes clavier pour produire de nouvelles données. A cela il faut ajouter plus d’un million de caméras de surveillance[100]; des millions d’objets connectés à Internet au moyen de puces RFID (150 milliards dans le monde estimés en 2025[101]), permettant le traitement automatisé de vastes quantités d’information ; la transformation de métiers et d’actes du quotidien en production de données informatisées ; l’installation de compteurs d’électricité, gaz et eau « intelligents », et pour couronner le tout, l’irruption de la 5G permettant l’architecture et l’assemblage de ce système d’internet des objets.

Dans ce nouveau monde imposé sans qu’on nous demande notre avis, l’humain devient asservi et inféodé à la machine, obligé de l’utiliser, la regarder, lui fournir des données pour alimenter le système. Il n’est pas exagéré de parler de phénomène progressif d’hybridation entre la machine et l’humain, d’un devenir cyborg. Les interfaces homme-machine (IHM) passent encore pour l’instant par les doigts et les yeux, mais ce n’est qu’une étape, qui déjà interroge : nos smartphones deviennent quasiment des extensions de nous-mêmes, promenées partout et sollicitées des centaines de fois par jour. Mais le mobile reste un instrument exosomatique[102], c’est-à-dire hors du corps, au même titre que la voiture par exemple. La tendance est au rapprochement physique, jusqu’à l’intégration. Déjà, des millions de personnes s’installent volontairement des capteurs sur le corps, tels que les montres connectées qui mesurent des paramètres physiques. On puce les animaux, et certains bipèdes se sont même fait greffer des puces RFID[103] sous la peau[104]. D’autres ont des broches ou des pacemakers dans le corps pour des raisons médicales. Erik Sorto, un paraplégique, a pu contrôler par la pensée un bras robotisé en 2015 grâce à deux puces dans le cerveau[105]. A Grenoble, le laboratoire Clinatec travaille depuis 2006 aux interfaces cerveau-machine miniaturisées[106], autrement dit nous mettre de la nano-électronique dans la tête.

L’utilisation intensive et intrusive des machines s’accentue avec le confinement. Les quelques précautions qu’on prenait encore pour les enfants sur l’utilisation des écrans ont sauté sous l’impulsion – et avec des faux airs de modération – de l’Education Nationale. Pourtant, comme le dit Franck Lepage[107], la « continuité pédagogique » à la maison n’est ni une continuité – c’est une rupture radicale – ni pédagogique, puisqu’il n’y a de pédagogie que directe, en face-à-face. Le reste est de l’étude ou du travail dirigé[108]. Pour ne pas perdre une miette du bourrage de crâne intensif que subissent déjà en temps normal nos chers bambins, on les colle toute la journée devant des espaces numériques de travail (ENT). Pour les plus grands, l’enfermement nous pousse au télétravail (synonyme de travail par écran interposé) ou à la consommation effrénée d’internet.

Enfin, la cerise sur le gâteau des « mesures d’urgence » : le 25 mars, 3 jours après avoir décrété l’état d’urgence sanitaire en France, le gouvernement a promulgué l’ordonnance n° 2020-320 concernant la pose des nouvelles antennes-relais[109] de téléphonie mobile. Elle supprime toute obligation de contrôle par les mairies et l’Agence nationale des fréquences (ANFR, qui doit notamment veiller à la protection des écoles) et permet l’accès sans autorisation préalable aux parties communes des immeubles et aux toits pendant toute la durée de l’état d’urgence sanitaire. Elle permet donc aux opérateurs de déployer la 4G+ et la 5G très rapidement et sans contestation ni information aux citoyens et aux élus, accélérant la numérisation de la vie et de l’humain.

1.7.  La sécu, victime de la propagande mais aussi de notre ignorance

L’état du débat public à propos de l’hôpital est déplorable. Il me dégoûte. Alors que le président découvre les vertus de la santé gratuite, que les hôpitaux et soignants sont glorifiés dans les discours et par les applaudissements quotidiens, ils continuent d’être mis à mal. Rappelons-nous la situation d’avant covid : urgences saturées, qui laissent mourir des patients sur les brancards[110] ; personnels exsangues, en épuisement professionnel ; démission de praticiens de leurs fonctions administratives par milliers ; suppression de 100 000 lits en 20 ans[111], suppressions de postes ; introduction de la tarification à l’activité (T2A[112]) qui remplace une dotation annuelle par un pilotage par les recettes et le cash, sur le modèle des entreprises privées ; salaires et conditions de travail indignes pour les personnels ; sous-équipement chronique ; manifestations des soignants réprimées ; privatisation des fonctions supports et de la gestion des bâtiments ; fermetures de centres de proximité et regroupements en plus grosses entités ; maintien d’un numerus clausus qui crée une pénurie de médecins ; recours aux CDD et à l’intérim ; privatisation de la recherche. Tout est très bien expliqué ici. Cette situation a été créée au cours des 20 dernières années par une série de lois, mais également par des coupes drastiques dans la source de financement de l’hôpital, la cotisation sociale, que l’oligarchie a réussi à faire appeler « charges ». Et voilà ce qui me désole le plus : rares sont les voix discordantes pour la défendre, même à gauche.

Pour la défendre, il faut d’abord la comprendre. La sécurité sociale possède 4 branches : retraites, allocations familiales, chômage et « maladie ». Elles sont alimentées non par l’impôt, mais par les cotisations sociales prélevées directement sur la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand. En réalité, il s’agit d’un moyen de socialiser du salaire, pris sur la valeur créée dans les entreprises, pour le reverser sous forme de prestations chômage, pensions de retraite, allocations familiales, remboursements de soins et salaires des soignants. Oui, la branche maladie ne fait pas ‘que’ rembourser les soins aux malades. Elle finance également directement les frais de fonctionnement des hôpitaux et leur personnel. Cette cotisation a doublé entre la création de la sécu en 1946 et 1979, permettant de mettre en place ce système si performant de sécurité sociale. Elle ne fait appel ni aux prêteurs, ni au crédit, ni à l’épargne : elle est donc non capitaliste. Mieux, en augmentant la part du salaire dans la valeur ajoutée du pays (alias, le PIB) ou d’une entreprise, elle fait diminuer mécaniquement les profits[113]: elle est en réalité anti-capitaliste. Et ce n’est pas tout : elle se distingue de l’Etat. A l’origine et pendant 20 ans, elle était même gérée uniquement par les bénéficiaires (à travers les syndicats). C’est ainsi que l’argent de la sécu va à la sécu et nulle part ailleurs, contrairement à l’argent de l’impôt qui dépend du bon vouloir du gouvernement.

Or, la cotisation a cessé d’augmenter en 1979, pour commencer à baisser sous le coup des exemptions successives (appelées « allègement » par l’oligarchie, puis par tout-un-chacun, comme si c’était un poids qui plombait et lestait les entreprises). C’est ce qui explique la dégradation de ses finances et le soi-disant trou, créé artificiellement de cette manière. D’autre part, depuis quelques années l’Etat essaie de remettre la main sur la gestion et de remplacer la cotisation par l’impôt, pour mieux la subvertir. La sécu collecte plus de 800 milliards par an alors que le budget de l’Etat est d’un peu plus de 300 milliards. On comprend l’enjeu.

Une fois tout ceci posé, on peut se demander si E. Macron, qui glorifie désormais les soignants et l’hôpital, est revenu sur une seule des réformes destructions de la sécu? La réponse est non bien sûr. Aucune hausse de salaires, augmentation de lits, recrutement de personnel, pas d’abandon de la T2A et de toutes les logiques managériales et financières qui l’accompagnent. Pire, il aggrave la situation des hôpitaux en coupant leur financement à la source. Le « report » des cotisations d’avril se monte à 33 milliards d’euros. Comment financer l’hôpital avec autant de milliards en moins ? Dans ce contexte, les appels officiels[114] aux dons privés[115], assortis de remerciements symboliques pour les soignants, font état d’un cynisme inouï.

Pourquoi ai-je dit que j’étais atterré ? Pas seulement par ce que fait le Prez[116], qui était prévisible et ne me surprend pas. Plutôt par les demandes populaires de baisse ou d’exonération de cotisations, et la confusion entre la sécu/cotisation et l’Etat/impôt. Même des pétitions pour obtenir de l’argent pour les soignants et l’hôpital ne demandent pas une hausse des cotisations, ou n’en parlent pas, ou évoquent l’impôt. La lutte contre la fraude fiscale et la taxation des hauts revenus est certes souhaitable, elle n’a rien à voir avec le financement de l’hôpital.

Conclusion : si nous voulons sauver l’hôpital public, il faut exiger une hausse des cotisations (en échange du non-remboursement des crédits et du non-versement de dividendes). 

1.8.  Agonie sans fin de l’Union Européenne

Depuis plusieurs décennies, les politiques imposées par l’Union Européenne (UE) aux Etats – avec leur consentement ou par la force comme en Grèce – ont conduit à la destruction des services publics que l’on connaît. C’est ainsi qu’entre 2011 et 2018, la Commission Européenne a demandé 63 fois de réduire les dépenses de santé ou de privatiser en partie le secteur[117]. D’autre part, les traités et règles de fonctionnement européens contraignent les dépenses publiques, privent les Etats de la souveraineté sur la création monétaire,  déversent des sommes astronomiques aux banques privées vie la BCE, imposent des règles de concurrence « libre et non faussée » à tous les niveaux et empêchent la protection des industries nationales, rendant impossible la relocalisation de l’économie et le maintien de normes sociales élevées. Les Etats européens, en concurrence entre eux et avec la terre entière, ne pouvant plus dévaluer leur monnaie, sont poussés au dumping social pour pouvoir encore exporter quelque chose : baisse des salaires, des cotisations sociales, coupe dans les dépenses.

Cette UE est donc largement décrédibilisée aux yeux des peuples. Dès qu’on leur demande leur avis (référendums de 2005 sur le traité constitutionnel de Lisbonne ; Brexit), les peuples de plusieurs pays expriment désormais leur souhait d’en sortir. L’imposition du traité de Lisbonne malgré le « non » au référendum, ainsi que l’imposition de mémorandums d’une violence inouïe à une Grèce en piteux état, ont dévoilé aux yeux de tous le caractère autoritaire de cette UE.

Toutefois, on aurait pu croire que l’UE, dont le nom suggère l’idée de coopération renforcée, aurait au moins pu créer les conditions pour que les Etats et leurs peuples collaborent face à la crise du Covid. C’est l’inverse qui s’est produit. Concernant les masques par exemple, aucune solidarité, ni européenne ni mondiale, ne s’est développée. C’est ainsi que le 5 mars, le gouvernement a réquisitionné 4 millions de masques suédois à Lyon[118], importés de Chine, qui devaient être redirigés vers l’Espagne et l’Italie, alors durement touchés ; la police Tchèque a récupéré une cargaison de centaines de milliers de masques et d’appareils respiratoires destinés à l’Italie[119]. La lutte se fait jusqu’au tarmac des aéroports chinois : sur le tarmac de celui de Shanghai, des acheteurs Etats-Uniens ont racheté en liquide, en payant 3 fois le prix initial, une cargaison de masques commandée par la France[120]. On observera la dépendance totale à la Chine pour un objet pourtant rudimentaire.

Il en était de même lors des pics d’arrivées de migrants par bateau ou par voie terrestre: pas un Etat pour rattraper l’indignité de l’autre ; aucune solidarité entre Etats, l’Italie et la Grèce étant priées de se débrouiller toutes seules, pour le compte des autres pays.

Concernant l’orthodoxie budgétaire, si les Etats de l’UE et la Commission ont finalement renoncé à la règle absurde des 3% de déficit, les 540 milliards débloqués pour « aider » les pays sont en réalité des prêts, et non des dons, alors que la BCE crée l’argent ex-nihilo. Aucune renégociation ou abandon de dettes européennes n’est à l’ordre du jour.

Face à un tel discrédit et à l’échec des coopérations au sein de l’UE, le refus de se remettre en question lui sera fatal. Or l’UE, de par les rapports de force internes, les règles et institutions dont elle s’est dotée, est intrinsèquement incapable d’abandonner l’oppression « austéritaire » et autoritaire des peuples européens sous couvert d’économie. Quand acterons-nous cet état de fait ?

2.   Quelques enseignements

2.1.  Le lien entre écologie et société démontré

Il est  communément admis que le Covid, comme de nombreux autres virus d’origine animale, provient d’un déséquilibre dans les écosystèmes induit par l’Homme[121]. La colonisation humaine de l’ensemble des espaces, la destruction ou perturbation des habitats naturels permettent des contacts entre espèces autrefois très limités. Ces destructions s’accélèrent tellement ces dernières années, bien souvent par l’effet de capitaux cherchant à exploiter au maximum les ressources naturelles[122], qu’elles sont à l’origine de la 6ème extinction en masse d’espèces vivantes[123]  depuis que la vie est apparue sur Terre. A cela s’ajoutent des facteurs d’exposition qui ont permis une propagation mondiale très rapide du virus: la densité de population sur la planète (avec des concentrations urbaines elles aussi souvent induites par des processus économiques) et la mondialisation insoutenable des échanges. En effet, la propagation du virus a d’abord suivi les routes de trafic aérien : après Wuhan, hub aéroportuaire majeur en Chine, Guangdong et Pékin, la Thaïlande, le Japon, la Corée du Sud, les Etats-Unis, Taïwan, d’autres villes de Chine, Hong Kong, Macao, Singapour, le Viet-Nam[124], puis le reste du monde[125]. Rien de moins que les voies de mondialisation des échanges en Asie, puis leurs connexions intercontinentales.

Les mêmes mécanismes sont à l’origine de la multiplication récente des maladies infectieuses. C’est pourquoi, certains appellent le covid une pandémie capitaliste[126].

Tous les observateurs, même les plus réfractaires, font désormais le lien entre écologie et société, dans ses interactions réciproques : l’impact sur l’homme de la destruction des écosystèmes ; l’impact sur les écosystèmes des activités humaines. Lorsque l’activité s’arrête ou diminue drastiquement, la nature reprend ses droits, ce qu’avait déjà montré Tchernobyl[127].

L’effondrement économique global que nous vivons s’apparente à une expérience de décroissance subie, très délétère pour l’économie capitaliste mais bonne pour la qualité de l’air (y compris les gaz à effet de serre) et les écosystèmes. En d’autres termes : la croissance tue la planète, donc nous détruit nous-mêmes.

Maintenant que la nécessité de protéger les écosystèmes est si frontalement démontrée, peut-être sera-t-il possible d’aller vers une décroissance choisie, qui, elle, est porteuse de liens et de bonheur supplémentaire ? Rendez-vous au chapitre 3. En tout cas, nous ne pourrons pas compter sur le gouvernement, qui attaque déjà la législation environnementale[128].

2.2.  Importance de la souveraineté et de l’autosuffisance

Les crises sont des moments intéressants, parce qu’elles révèlent ce qui était auparavant caché. L’impossibilité de satisfaire les besoins essentiels est manifeste pour un gouvernement qui ne dispose pas de la souveraineté monétaire, d’une industrie locale (qu’il a contribué à achever) et qui ne compte que sur le marché mondial. Le Covid nous révèle par exemple :

  • l’étendue de la perte de notre industrie (voir 1.2.)
  • que les délocalisations ne sont pas seulement un problème de chômage, mais également de capacité productive, donc d’autosuffisance ;
  • que le marché, même mondial, est incapable de répondre à la demande en cas de crise. On l’a vu sur tous les produits de prévention : ruptures de stock, pénuries, prix qui augmentent, intermédiaires véreux, dépendance à la Chine et à l’Inde, commandes qui n’arrivent pas…

D’autre part, les pays qui ont planifié les réponses à la crise (production de tests, de masques, etc.) ont obtenu de meilleurs résultats et à moindre frais que ceux qui ont compté sur le marché et le seul confinement.

Autre enseignement important : les communes ont été plutôt performantes face aux carences du pouvoir central. L’échelon local a renforcé sa légitimité et montré ses capacités.  

Il serait temps de changer radicalement d’idéologie et de politique: ne pas se reposer sur le marché, recréer et relocaliser une industrie sur le territoire, la protéger de la concurrence avec la terre entière par des visas environnementaux et sociaux aux frontières, décider collectivement ce qu’on produit et comment on le produit, donner du pouvoir et des moyens aux acteurs de terrain : communes, travailleurs, collectifs. Dans l’immédiat on pourrait réquisitionner certaines entreprises essentielles, nationaliser Luxfer, Famar, l’usine de Plaintel et Peters Surgical pour produire les masques, tests et médicaments dont notre pays a besoin. Dans un 2ème temps…attendez de lire la 3ème partie, vous y êtes presque !

2.3.  La redécouverte de la souveraineté des Etats

Au niveau mondial, à chaque crise les Etats sont poussés par les attentes de leurs populations et tentent de reprendre la main sur le marché et les institutions supra-nationales. On redécouvre que les frontières, la souveraineté sur la circulation des marchandises et des hommes ne sont pas que d’affreuses antiennes de l’extrême-droite.

Dans le cas de la France, l’incurie, l’impéritie et le cynisme du gouvernement central ont atteint des niveaux qu’on ne pouvait pas imaginer. D’une certaine manière, on peut le remercier car il a montré à chacun la nécessité d’agir sans lui, voire contre lui.

2.4.  Les classes populaires font tourner le pays mais sont les moins payées

L’économie de crise nous montre de manière frappante que les productions essentielles sont assurées par les classes populaires : ouvriers, employés et petits indépendants. C’est ainsi que sont applaudis à 20h non seulement les soignants mais également les chauffeurs et conducteurs, postiers, paysans, manutentionnaires, caissiers, agents d’entretiens, etc. Tiens tiens…si leur rôle est si essentiel, si ce sont finalement eux et elles qui font réellement fonctionner le pays, pourquoi sont-ils les plus mal payés ? Après la crise, nous pourrions avoir un début d’inversion du rapport de force, suite à cette prise de conscience collective.

Les observateurs attentifs ont pu également se rendre compte du rôle essentiel des plus marginalisés et méprisés d’entre nous : les étrangers saisonniers qui travaillent dans l’agriculture. Etant donné qu’on ne pouvait plus les mobiliser, il a fallu d’urgence faire un appel massif à de la main d’œuvre de remplacement[129] (on parle de 200 000 personnes), sous peine de se voir privés d’aliments. Cet afflux de travailleurs non spécialisés dans l’agriculture a pu  ainsi réaliser l’ampleur de la précarisation et des mauvaises conditions de travail des saisonniers étrangers habituels, ainsi que les compétences fortes exigées pour ce travail[130]. Malgré tout, certains agriculteurs laissent pourrir les récoltes. A noter également la différence entre l’agriculture conventionnelle et le maraîchage bio, qui, faisant peu appel aux saisonniers, a eu moins de difficultés.

2.5.  Seul le travail crée la richesse

L’arrêt du travail de la majorité des habitants a provoqué l’effondrement de l’économie. Voilà qui est simple ! Malgré l’injection de centaines de milliards d’euros, l’économie est en train de se contracter. Ce constat nous rappelle la vérité de base de Marx : seul le travail humain crée la richesse. Donc pas le capital ni le crédit. Résumons donc les deux derniers enseignements : le travail humain, particulièrement celui des petites gens, est la base de l’économie et de la richesse. Or, les ‘petits’ ne gardent qu’une petite partie de la richesse qu’ils ont créée. Il y a donc accaparement par les plus forts de la richesse créée par les plus faibles.

2.6.  Supériorité du salariat

Les employés, qui sont payés en fonction des caractéristiques de leurs postes, sont bien mieux lotis que les indépendants : ils peuvent conserver leur salaire ou bénéficier de dispositifs de chômage partiel. Les indépendants, qui eux sont payés à la tâche, sont au pain sec : pas de ventes, pas d’argent. On voit bien toute la différence en termes de vulnérabilité et protection. Mais les salariés employés peuvent être licenciés. Si leur poste s’arrête, leur salaire également, sauf dispositif exceptionnel de chômage partiel. Ils sont bien plus mal lotis que les fonctionnaires et salariés à statut (Edf, RATP, SNCF) qui, eux, sont payés en fonction de leur personne : leur position sur la grille salariale de l’entreprise, en fonction de caractéristiques qui leur sont propres : ancienneté, collège d’appartenance (cadre, maîtrise, exécution), etc. On appelle cela la qualification personnelle. Leur salaire est garanti indépendamment de leur activité dans l’entreprise. Même s’ils s’arrêtent de produire, ils continuent à le percevoir.

Le salariat a historiquement permis de passer du travail à la tâche à la qualification du poste puis à la qualification de la personne[131] avec le statut des fonctionnaires et de certaines branches comme EDF, SNCF ou la RATP. Le salariat permet de sortir les travailleurs de la précarité, ce que ne permet pas le marché du travail ou la généralisation du travail indépendant (Uber, Deliveroo, consultants…). Il a démontré sa supériorité en temps de crise[132], d’où la nécessité de le généraliser (voir 3ème partie).

3.   Quelques pistes intéressantes

De nombreuses idées et initiatives des confinés émergent pour tenter de reprendre le contrôle de nos vies. Que peut-on faire ?

3.1.  Au niveau national

Il est clair pour un nombre croissant de personnes que si nous voulons éviter la barbarie et l’effondrement, une refondation écologique et sociale de nos sociétés est indispensable. Face à la gravité et à l’urgence de la situation écologique et sociale, la raison nous pousse à proposer des solutions radicales. Maintenir le système actuel, ne pas le transformer radicalement, est une utopie criminelle.

Nous ne pouvons donc plus nous contenter de réformer le système. Puisqu’il faut commencer quelque part, commençons déjà dans notre pays, autour de cette conscience. Le foisonnement actuel de propositions est passionnant ; celles de Dominique Bourg, très concrètes et ambitieuses à la fois, semblent particulièrement intéressantes pour refonder la société à partir d’une vision écologique[133]. Toutefois, je ne présente ici très brièvement que celles que je maîtrise et que je défends le plus activement[134].

  • Les propositions de Bernard Friot et du réseau salariat[135]

Il s’agit pour moi des propositions les plus intéressantes pour aller rapidement vers un monde meilleur et viable. Elles permettent une sortie rapide du capitalisme, la démocratie réelle, l’écologie et la justice sociale et nous libérant de la tyrannie de la course au profit. Elles sont concrètes car elles demandent ‘seulement’ d’étendre des institutions qui existent déjà en France (la sécu, la cotisation, l’autogestion des entreprises par les travailleurs).

Il s’agit de conquérir la souveraineté sur notre travail en reconnaissant que chaque personne produit des richesses, que ce soit dans ou hors de l’emploi ou du secteur marchand. Conséquemment, chacun a droit à un salaire garanti de 18 ans jusqu’à la mort, avec une réelle progression de carrière pour tous, de 1700 minimum à environ 5000 euros maximum. On rend également la propriété d’usage des entreprises aux salariés, qui seront libres de travailler comme ils l’entendent, en s’organisant eux-mêmes (modèle des Scop). Ce qu’on produit et comment sera décidé démocratiquement et collectivement. Alors seulement pourra-t-on faire de l’écologie une réalité, ce qui reste un vœu pieux tant que les entreprises resteront contrôlées par les détenteurs de capitaux et les prêteurs. Le système existant de sécurité sociale sera repris des mains des gestionnaires et étendu à d’autres domaines : sécurité sociale de l’alimentation[136] permettant la transition vers l’agriculture écologique et la souveraineté alimentaire ; sécurité sociale du logement, des transports, de l’eau, etc., étendant ainsi la sphère de la gratuité[137]. Pour cela, les cotisations seront augmentées peu à peu et les dettes et dividendes diminués d’autant, de manière à socialiser la richesse produite et la répartir équitablement sous forme de salaires et services publics[138]. Dans un autre texte, je propose un micro-récit d’anticipation pour illustrer cette vision, ainsi que des mesures à court et moyen terme pour la transition[139].

  • Etablir une première démocratie en France[140]

En France, la démocratie n’a jamais été expérimentée. Le gouvernement du peuple implique la prééminence d’assemblées ouvertes de citoyens qui délibèrent ; l’utilisation du tirage au sort pour constituer des assemblées ou des groupes décisionnels ; le mandat impératif, mission confiée aux mandataires par la base, avec reddition de compte, contrôle permanent et responsabilité en cas de faute ; la rotation rapide des charges, l’absence de cumul de mandats, la révocabilité permanente ; la préparation politique des citoyens dès l’école, la possibilité pour chacun de prendre part aux décisions ; le référendum d’initiative citoyenne en toutes matières.

Pour cela, il faudra bien sûr changer de constitution, en convoquant une assemblée constituante tirée au sort, qui s’appuiera sur les contributions des citoyens pour rédiger une nouvelle loi fondamentale.

  • Règle verte et planification écologique

Ces outils sont proposés par la France Insoumise[141] depuis de nombreuses années. Il s’agit d’inscrire dans la constitution la règle verte : « l’obligation, à l’échelle de la France, de ne pas prélever sur la nature plus de ressources renouvelables que ce qu’elle peut reconstituer, ni de produire plus que ce qu’elle peut supporter ». Cela subordonnera l’ensemble de la vie économique, politique et sociale à cet impératif, ainsi que l’ensemble des échelons de pouvoirs. Pour réaliser cela, une planification écologique de l’économie est proposée, associant les citoyens dans un vaste effort national. La mobilisation de tous sera nécessaire pour la décroissance des biens et pollutions et la croissance des liens et de la coopération[142].

La diminution des dépenses d’énergie-matière, la reconquête de l’autonomie nationale et locale et la relocalisation impliquent de sortir de l’Union européenne[143], développer un protectionnisme solidaire avec des visas sociaux et environnementaux pour les marchandises étrangères, reprendre le contrôle de notre monnaie et créer l’argent nécessaire sans endettement pour satisfaire nos besoins actuels[144].

3.2.  Au niveau local

  • Reprendre le contrôle de la production, choisir ce qu’on produit et comment

C’est ce que font déjà de nombreux collectifs, comme les Fralib à Gemenos qui après 1336 jours de grève ont pu récupérer leur usine (ex Éléphant) et en faire une société coopérative (Scop) autogérée, de surcroît produisant plus vertueusement. Ils viennent de réorienter leur production vers la fabrication de masques et blouses, comme de nombreuses autres entreprises. A Marseille, pendant le confinement, les salariés d’un Mc Donald’s ont transformé le fast food en lieu de solidarité avec les plus démunis. A Notre-Dame-des-Landes, les zadistes ont inventé une autre manière de produire et de coopérer.

Dans toutes les entreprises, il serait possible pour les travailleurs de réfléchir collectivement et concrètement à la manière dont on pourrait produire plus vertueusement, et s’organiser pour établir un rapport de force en faveur de ces propositions. Ce sont les travailleurs qui connaissent le mieux leur entreprise, les produits et procédés de fabrication. Ils sont donc mieux à même de diriger l’entreprise que les financiers et managers, comme le montrent de nombreuses expériences.

  • Reprendre les communes

Les mouvements citoyens se multiplient un peu partout en France. Les citoyens tentent de s’investir dans l’échelon communal pour reprendre le contrôle de leur ville ou village. Etablir de réelles démocraties locales permettrait de gagner du terrain en attendant des changements à plus grande échelle. Chacun peut agir en rejoignant un collectif existant ou en en créant un nouveau, en défendant farouchement les exigences de démocratie réelle.  

3.3.  Et individuellement ?

Le discours dominant cherche à accréditer l’idée que les solutions viendront d’abord et avant tout des individus. Par la multiplication de changements individuels, on atteindrait un effet de masse. C’est ainsi que des quantités d’énergie individuelle sont investies dans les gestes écoresponsables (trier ses déchets, réduire ses déplacements et ses consommations, privilégier le local) ou dans le développement personnel. Tout ceci est très bien ; toutefois, cela n’a aucun effet systémique sur la société. Il s’agit bien d’un problème de production.

Cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire au niveau individuel. Quelques recommandations pour le court terme :

  • Chercher à comprendre et à se décoloniser l’imaginaire[145]: quelques liens en note de bas de page[146] ;
  • Ne pas se fier aux médias dominants pour se faire une opinion[147];
  • Politiser ses fenêtres[148];
  • Rejoindre des collectifs[149], créer du lien et du collectif autour de soi ;
  • Arrêter de voter contre ses intérêts aux élections;
  • Sortir du pessimisme mortifère et agir pour changer le monde, ou soutenir ceux qui se battent pour un monde meilleur.

 

[1] https://www.luxediteur.com/catalogue/petit-cours-dautodefense-intellectuelle/

[2] http://www.francesoir.fr/lifestyle-vie-quotidienne/grippe-combien-de-mort-en-france-en-2019

[3] https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/grippe/documents/article/surveillance-de-la-grippe-en-france-saison-2018-2019

[4] https://www.futura-sciences.com/sante/dossiers/medecine-tout-savoir-grippe-312/page/2/

[5] https://www.insee.fr/fr/information/4470857#tableau-figure_evol

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Mortalit%C3%A9_en_France

[7] https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2019/incidence-et-mortalite-des-cancers-quelles-evolutions-depuis-1990

[8] https://www.insee.fr/fr/statistiques/3303476?sommaire=3353488

[9] https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/03/12/la-pollution-de-l-air-tue-deux-fois-plus-que-prevu_5435029_3244.html

[10] https://www.eficiens.com/coronavirus-statistiques/#evolution-contamination-france

[11] https://dashboard.covid19.data.gouv.fr/

[12] 0 décès en Guyane et à la Réunion,42 en Corse, 181 à 644  dans 8 régions, contre 4664 en Île-de-France et 2422 dans le Grand Est (chiffres au 18 avril https://www.eficiens.com/coronavirus-statistiques/#evolution-contamination-france)

[13] https://www.worldometers.info/

[14] https://www.retronews.fr/sante/interview/2020/04/17/epidemie-covid-19-olivier-faure

[15] A ne pas confondre avec le taux de mortalité, nombre de décès rapporté à la population totale, qui lui est de l’ordre de 0,002 pour mille du Covid-19 au niveau mondial.

[16] https://www.worldometers.info/coronavirus/coronavirus-death-rate/

[17] Une enquête dans un village en Allemagne, foyer de l'épidémie, l’estime à 0,37%. https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/10/coronavirus-une-etude-allemande-revoit-a-la-baisse-le-taux-de-mortalite_6036206_3244.html A Genève, il est estimé à 0,75%. https://www.ledauphine.com/sante/2020/04/22/suissze-geneve-covid-19-taux-de-letalite-plus-faible-que-craint-27-000-genevois-infectes-par-le-virus

[18] https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/infographies-moins-letal-que-le-sras-plus-contagieux-que-le-h1n1-trois-indicateurs-pour-comprendre-le-coronavirus-2019-ncov_3813291.html

[19] https://fr.wikipedia.org/wiki/Peste_noire

[20] https://www.worldometers.info/coronavirus/coronavirus-symptoms/

[21] https://www.worldometers.info/coronavirus/

[22] https://www.epicentro.iss.it/coronavirus/bollettino/Report-COVID-2019_17_marzo-v2.pdf voir tabella 1. Voir aussi https://www.worldometers.info/coronavirus/coronavirus-age-sex-demographics/#pre-existing-conditions

[23] https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/temoignage-coronavirus-je-suis-marquee-vie-raconte-lea-infirmiere-ehpad-1815822.html

[24] Il faut tout de même rester vigilants par rapport aux mesures de contrôle de la population et de délation appliqués dans certains pays asiatiques, et qui sont largement acceptés par la population. On n’a pas besoin de surveiller et réprimer ainsi pour appliquer des mesures d’hygiène.

[25] https://francais.rt.com/international/73106-suede-adopte-strategie-souple-contre-covid-19-appelle-la-responsabilite-de-chacun

[26] https://francais.rt.com/france/73184-500-000-tests-par-semaine-moins-de-deces-la-strategie-allemande-face-au-covid-19

[27] https://www.letemps.ch/societe/andre-comtesponville-laisseznous-mourir-voulons

[28] https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Strat%C3%A9gie_du_choc

[29] Par exemple pour la France : https://www.valeursactuelles.com/societe/coronavirus-300-500-000-morts-en-france-dans-le-pire-des-cas-117075 ou https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/15/coronavirus-les-simulations-alarmantes-des-epidemiologistes-pour-la-france_6033149_3244.html et pour le Royaume-Uni: https://www.bfmtv.com/international/coronavirus-en-angleterre-les-projections-effrayantes-du-nombre-de-morts-en-cas-de-laisser-faire-1877451.html

[30] Il y a toujours des exceptions nombreuses, et chaque cas est tragique, mais mon propos est ici statistique, au niveau des grands nombres. Je ne nie évidemment pas qu’il s’agisse d’une maladie atroce pour ceux qui en développent des formes sévères.

[31] https://fr.wikipedia.org/wiki/Test_diagnostique_du_SARS-CoV-2

[32] https://fr.euronews.com/2020/03/22/coronavirus-la-france-realise-t-elle-moins-de-tests-que-ses-voisins-europeens

[33] https://www.lepoint.fr/sante/exclusif-comment-la-france-se-prive-de-150-000-a-300-000-tests-par-semaine-03-04-2020-2369955_40.php

[34] https://blogs.mediapart.fr/gmachline/blog/150420/pourquoi-manquons-nous-de-tests?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66&fbclid=IwAR3K5XV1oeAZ18Hyp9ueWqPr3mJM9D1BUQlovFVjJa9-bJLfA0Bta-B4zO8

[35] https://www.20minutes.fr/nice/2747839-20200325-coronavirus-grasse-parfumeur-remplira-desormais-flacons-gel-hydroalcoolique

[36] https://www.publicsenat.fr/article/politique/penurie-de-masques-une-responsabilite-partagee-par-les-gouvernements-successifs 

[37]https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/hfds/Documents/doctrine_de_protection_des_travailleurs_face_aux_maladies_hautement_pathogenes_a_transmission_respiratoire.pdf

[38] https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/advice-for-public/when-and-how-to-use-masks

[39] https://www.20minutes.fr/nice/2747839-20200325-coronavirus-grasse-parfumeur-remplira-desormais-flacons-gel-hydroalcoolique

[40] https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sante/Coronavirus-faire-courses-masque-sert-rien-2020-03-18-1201084802 

[41] https://www.franceculture.fr/economie/lusine-bretonne-qui-alimentait-la-france-en-masques-histoire-secrete-dun-saccage-industriel

[42] http://www.leparisien.fr/faits-divers/un-chef-d-entreprise-breton-fournit-des-masques-la-gendarmerie-les-saisit-03-04-2020-8293662.php

[43] https://blogs.mediapart.fr/laurent-mucchielli/blog/290320/derriere-la-polemique-raoult-mediocrite-mediatique-et-interets-pharmaceutiques

[44] Au 19 avril, 2939 patients traités à l’IHU de Marseille avec l’association hydroxychloroquine – azithromicyne : 12 morts. https://www.mediterranee-infection.com/covid-19/

[45] https://www.bastamag.net/Covid-19-penurie-medicaments-Conseil-Etat-requistions

[46] www.dailymotion.com/video/x7t00cr

[47] https://www.lyon-entreprises.com/actualites/breve/chloroquine-famar-lyon-peut-produire-immediatement-en-cas-de-demande

[48] https://www.msn.com/fr-fr/news/france/coronavirus-en-seine-saint-denis-des-parlementaires-veulent-stopper-le-plan-social-de-p-c3-a9ters-surgical/ar-BB12zmEd

[49] https://www.lci.fr/sante/epidemie-de-covid-19-les-recherches-sur-les-coronavirus-avaient-elles-ete-abandonnees-en-france-2147649.html

[50] https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/covid-19-la-lettre-des-anciens-salaries-de-luxfer-a-emmanuel-macron-1586507311

[51] https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/coronavirus-luxfer-ne-figure-pas-sur-la-liste-des-entreprises-a-nationaliser-1587202057

[52] https://melenchon.fr/2020/04/09/rdls110-coronavirus-usa-masques-tests-confinement-tracking-ecologie-plusjamaisca/

[53] https://www.mariemoniquerobin.com/notrepoisonsynopsis.html

[54] http://www.libreactu.fr/agnes-buzyn-a-ete-remuneree-par-les-labos-pendant-au-moins-14-ans/

[55] En voici un : https://www.atlantico.fr/decryptage/3588409/yazdan-yazdapanah-qui-coordonne-les-essais-contre-le-coronavirus-est-il-l-homme-des-laboratoires-americains-eric-verhaeghe?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR1D_Nz2z7vBOAQbpL16PyHO5PYziM66QtNInrWp5ZBRr6wq9GBpvmIgBIM#Echobox=1585562909

[56] https://www.lemonde.fr/sante/article/2017/01/10/prevention-des-conflits-d-interets-les-facs-de-medecine-epinglees_5060033_1651302.html

[57] http://www.leparisien.fr/archives/les-multiples-casquettes-du-professeur-lina-29-10-2009-691695.php . Voir aussi https://www.liberation.fr/france/2014/02/03/indirectement-ce-sont-les-labos-qui-font-et-defont-nos-carrieres_977635

[58] https://www.sciencesetavenir.fr/sante/conflits-d-interets-en-sante-une-transparence-bien-trouble_30141

[59] https://www.monde-diplomatique.fr/2020/04/RAVELLI/61624

[60] Les affaires du médiator, de la dépakine, du levothyrox et du tamiflu sont bien le produit d’un système gangréné par les conflits d’intérêt et les lobbys pharmaceutiques.

[61] http://www.senat.fr/rap/r14-610-1/r14-610-11.pdf

[62]https://books.google.co.uk/books/about/Les_sciences_de_l_impr%C3%A9cis.html?id=u9cyAAAAIAAJ&redir_esc=y

[63] https://www.youtube.com/watch?v=4x92M4eQW0w&t=15s

[64] https://www.youtube.com/watch?v=Dqzt6yAmdDE voir la fin de l’interview

[65] https://www.arte.tv/fr/videos/061650-000-A/l-oms-dans-les-griffes-des-lobbyistes/

[66] https://www.europe1.fr/sante/coronavirus-la-chloroquine-est-inefficace-selon-martin-hirsch-directeur-de-lap-hp-3952590. Voir aussi https://blogs.mediapart.fr/laurent-mucchielli/blog/290320/derriere-la-polemique-raoult-mediocrite-mediatique-et-interets-pharmaceutiques où tout est dit.

[67] https://blogs.mediapart.fr/laurent-mucchielli/blog/290320/derriere-la-polemique-raoult-mediocrite-mediatique-et-interets-pharmaceutiques

[68] https://www.lci.fr/emploi/60-heures-par-semaine-conges-repos-compensateur-le-code-du-travail-flexibilise-face-au-coronavirus-covid-19-2149307.html

[69] https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/france-la-question-des-conges-payes-et-du-temps-de-travail-se-posera-dit-le-medef-cb16dc74ca2249c601833f8692c93efb

[70] D’après http://ud38.reference-syndicale.fr/files/2020/03/Communiqu%C3%A9-commun-Gauche-v4.pdf

[71] https://www.lequotidiendumedecin.fr/actus-medicales/sante-publique/covid-19-la-carte-de-france-des-medecins-contamines

[72]https://www.facebook.com/story.php?story_fbid=10216941075585816&id=1433656940&scmts=scwspsdd&extid=oY7fXICMSJLCpudv

[73] https://www.facebook.com/360795670176/videos/938043583300543/

[74] https://sauvons-la-fnac-pas-ses-milliardaires.fr/

[75] https://www.frustrationmagazine.fr/20-milliards-deuros-aux-grandes-entreprises-privees-argent-magique-pour-dividendes-merveilleux/

[76] https://francoisruffin.fr/prime-soignants/

[77] https://www.lesechos.fr/economie-france/social/2019-lannee-ou-les-charges-baissent-deux-fois-pour-les-entreprises-137423

[78] https://www.humanite.fr/les-aides-publiques-aux-entreprises-privees-cest-200-milliards-deuros-649704

[79] https://www.mediapart.fr/journal/france/010420/hopital-public-la-note-explosive-de-la-caisse-des-depots

[80] https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-a-nancy-l-ars-compte-toujours-supprimer-pres-de-600-postes-apres-la-crise-les-elus-et-l-hopital-interpellent-le-gouvernement_3900947.html

[81] https://blogs.mediapart.fr/marche-des-solidarites/blog/260420/contre-la-bombe-sanitaire-un-appel-des-sans-papiers

[82] https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid

[83] https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/160420/penicaud-met-pied-un-inspecteur-du-travail-qui-tente-de-faire-appliquer-le-droit

[84] https://www.bfmtv.com/economie/cette-lettre-de-penicaud-a-un-chef-3-etoiles-accuse-de-fraude-sociale-ulcere-les-syndicats-1807945.html

[85] https://www.20minutes.fr/paris/2747063-20200324-coronavirus-paris-police-utilise-drones-inciter-habitants-rester-confines

[86] https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-un-helicoptere-de-nuit-pour-faire-respecter-le-confinement-en-loire-atlantique-6794720

[87] https://www.20minutes.fr/paris/2747063-20200324-coronavirus-paris-police-utilise-drones-inciter-habitants-rester-confines

[88] https://www.liberation.fr/checknews/2020/04/15/pourquoi-le-ministere-de-l-interieur-vient-il-de-commander-des-drones_1785166

[89] https://www.marches-publics.gouv.fr/app.php/consultation/562523?orgAcronyme=g6l

[90] Mais pas les analyses d’auteurs de SF comme Alain Damasio : https://blogs.mediapart.fr/alain-damasio/blog/270420/coronavigation-en-air-trouble-13 et https://reporterre.net/Alain-Damasio-Pour-le-deconfinement-je-reve-d-un-carnaval-des-fous-qui-renverse-nos-rois-de-pacotille

[91] https://www.laquadrature.net/2020/04/01/covid-19-lattaque-des-drones/

[92] https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/08/28/reconnaissance-faciale-la-cnil-tique-sur-le-bilan-de-l-experience-nicoise_5503769_4408996.html

[93] https://www.publicsenat.fr/article/parlementaire/tracking-la-cnil-pointe-les-nombreuses-limites-de-l-application-stop-covid

[94] https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-un-bracelet-connecte-pour-respecter-les-bonnes-distances_3932983.html

[95] https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2017/12/27/32001-20171227ARTFIG00197-la-chine-met-en-place-un-systeme-de-notation-de-ses-citoyens-pour-2020.php Notez qu’il existe déjà du crédit social en France : les notations réciproques sur Blablacar, Uber, Ebay et d’autres applications.

[96] https://www.vice.com/fr/article/bvge5q/le-coronavirus-sert-a-construire-une-architecture-de-loppression

[97] https://reporterre.net/En-mars-le-gouvernement-a-lance-l-achat-de-gaz-lacrymogenes-plutot-que-des-tests-du

[98] https://www.capital.fr/economie-politique/une-aide-soignante-deleguee-syndicale-mise-a-pied-pour-avoir-critique-sa-direction-1366992

[99] http://newsroom-publicismedia.fr/56-ecrans-par-foyer-en-france-selon-le-csa/

[100] https://www.lesechos.fr/2012/06/plus-de-1-million-de-cameras-de-surveillance-sur-le-territoire-358998

[101] https://fr.wikipedia.org/wiki/Internet_des_objets

[102] https://fr.wiktionary.org/wiki/exosomatique

[103] https://fr.wikipedia.org/wiki/Puce_sous-cutan%C3%A9e

[104] https://www.lepoint.fr/high-tech-internet/une-semaine-avec-une-puce-sous-la-peau-27-06-2015-1940461_47.php

[105] https://www.francetvinfo.fr/monde/ameriques/etats-unis-un-homme-parvient-a-se-servir-d-un-bras-artificiel-par-la-pensee_916837.html

[106] http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=329 et http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/Clinatec.pdf

[107] https://www.youtube.com/watch?v=p6d82YwSFII

[108] https://sniadecki.wordpress.com/2020/04/11/num-confinement/

[109] https://www.robindestoits.org/Coronavirus-telephonie-mobile-et-ordonnances-communique-de-presse-Alerte-Phone-Gate-CRIIREM-Robin-des-Toits_a2888.html

[110] https://www.francetvinfo.fr/sante/hopital/lits-supprimes-soignants-debordes-on-vous-explique-pourquoi-les-services-d-urgence-sont-satures_2665716.html

[111]https://donnees.banquemondiale.org/indicator/SH.MED.BEDS.ZS?end=2013&locations=FR&start=1974&view=chart

[112] https://www.hopital.fr/Nos-Missions/Le-fonctionnement-de-l-hopital/Le-financement-de-l-hopital

[113] Raisons pour lesquelles les cotisations sont si férocement combattues par le patronat, et ce dès 1946. Comprendre la cotisation et par là, comment se répartit la valeur ajoutée dans le pays, est fondamental. N’hésitez pas à me contacter, je vous ferai un plaisir de partager mes découvertes (merci à l’économiste Bernard Friot pour m’avoir ouvert les yeux). 

[114] https://www.hopital.fr/

[115] https://don.fondationhopitaux.fr/

[116] Surnom en hommage à la BD de Jodorowsky et Janjetov John Difool avant l’incal https://fr.wikipedia.org/wiki/Avant_l%27Incal

[117] https://www.humanite.fr/la-commission-europeenne-demande-63-fois-aux-etats-de-reduire-les-depenses-de-sante-denonce-687250

[118] https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-la-saisie-de-4-millions-de-masques-lyon-par-la-france-enerve-la-suede-6797642

[119] idem

[120] https://www.challenges.fr/monde/etats-unis/coronavirus-des-masques-commandes-par-la-france-rachetes-sur-le-tarmac-par-les-americains_704727

[121] L’hypothèse d’un accident de laboratoire a été évoquée. En France, on y répond seulement par des accusations de complotisme. Or, il existe bien plusieurs laboratoires de recherche en biologie virale, manipulant des chauves-souris et des singes, dans la ville de Wuhan : un laboratoire P2 etle fameux laboratoire (https://en.wikipedia.org/wiki/Wuhan_Institute_of_Virology) 'P4' https://fr.wikipedia.org/wiki/Laboratoire_P4) , fruit d'une collaboration franco-chinoise. Des fuites de virus manipulés en laboratoire se sont déjà produites à de nombreuses reprises dans le monde. L’hypothèse ne peut donc pas être seulement écartée d’un revers de la main, elle doit être confirmée ou infirmée par des recherches sérieuses. Dans tous les cas, vu la nature du risque potentiel pour l’humanité entière, ces laboratoires doivent être plus strictement encadrés, et dans certains cas démantelés. Voir http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/le_virus_a_venir.pdf

[122] https://www.springer.com/gp/book/9783319409399

[123] https://ipbes.net/news/Media-Release-Global-Assessment-Fr

[124] https://systems.jhu.edu/research/public-health/ncov/

[125] https://fr.wikipedia.org/wiki/Pand%C3%A9mie_de_Covid-19_par_pays#Chronologie

[126] https://www.contretemps.eu/lecture-anticapitaliste-pandemie-covid19/ Article très intéressant !

[127] https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/biodiversite/la-faune-sauvage-plus-florissante-que-jamais-a-tchernobyl_30271

[128] https://reporterre.net/Le-gouvernement-permet-aux-prefets-de-deroger-a-des-normes-environnementales

[129] https://presselib.com/agriculture/

[130] https://www.bastamag.net/contrat-saisonnier-agricole-condition-de-travail-SMIC-pesticides-TMS-covid19-coronavirus

[131] https://journals.openedition.org/lectures/20667

[132] https://www.youtube.com/watch?v=SxQdQdSpkIY

[133] https://lapenseeecologique.com/propositions-pour-un-retour-sur-terre/

[134] Il y a quelques années, j’ai mis mes propositions sous forme de mind map : https://framindmap.org/c/maps/213992/public

[135] Pour découvrir rapidement de quoi il s’agit, suivre les liens sur http://emanciper.org/idees-et-proposition-de-bernard-friot-reseau-salariat/.

[136] https://www.reseau-salariat.info/articles/pour-une-s%C3%A9curit%C3%A9-sociale-au-xxi%C3%A8me-si%C3%A8cle-un-projet-de-s%C3%A9curit%C3%A9-sociale-de-lalimentation

[137] http://www.reprendrelasecu.fr/

[138] En aucun cas il ne s’agit d’un système à la soviétique : pas de nationalisation des entreprises, pas de dictature du prolétariat ou d’imposition des décisions par une minorité ou une bureaucratie hors sol. Les travailleurs seront libres et pourront exprimer leur créativité pour le bien commun. Chacun aura largement de quoi subvenir à ses besoins et aura la possibilité de co-décider dans l’entreprise et en matière politique. Les indépendants, eux aussi, auront un salaire garanti. Il sera encore possible de créer une entreprise, mais sans propriété lucrative. Les managers seront au service du collectif et de la production de valeur ajoutée, libérés de l’asservissement aux taux de rentabilité.

[139] Version de travail pour commentaires à venir sur ce blog.

[140] Pour plus de détails, voir http://emanciper.org/manifeste/

[141] https://avenirencommun.fr/livrets-thematiques/livret-planification-ecologique-regle-verte/

[142] https://www.monde-diplomatique.fr/2003/11/LATOUCHE/10651

[143] http://citoyens-souverains.fr/

[144] https://qg.media/2020/04/06/face-a-la-crise-sanitaire-actons-la-mort-de-cette-europe-et-brisons-le-tabou-monetaire-par-ramzi-kebaili/

[145] http://1libertaire.free.fr/SLatouche21.html

[146] Sur la désintoxication de la langue de bois : http://emanciper.org/desintoxication-de-la-langue-de-bois/; sur les idées de Bernard Friot : Entretien de Bernard Friot au Media https://www.lemediatv.fr/emissions/les-entretiens/crise-financiere-laisser-crever-les-banques-bernard-friot-ZTC0DbBvRW2TrdSn6xml1A ; sur les retraites et bien au-delà

https://www.youtube.com/watch?v=OylhpErCUj8 ; Steph le Stéphanois : Salaire à vie – démocratie et liberté dans son travail https://youtu.be/m6M6rHw_6zU ; Usul 2000, « Mes chers contemporains : Bernard Friot » https://youtu.be/uhg0SUYOXjw ; Manifeste de Réseau Salariat: pour un statut politique du producteur https://youtu.be/lRHO5GfKgFY ;  Steph le Stéphanois: retraites, saignante ou à points https://www.youtube.com/watch?v=5UMFZu-RAVs ; Conférence gesticulée de Bernard Friot sur les retraites: https://youtu.be/nqsaGymmzHg ; Article de Bastamag: Bernard Friot : un droit au salaire à vie pour « libérer le travail de la folle logique capitaliste », 9 jan 2020 https://www.bastamag.net/reforme-retraite-systeme-a-point-salaire-a-vie-cheminot-SNCF-EDF-haine-de-classe ; sur l’extension de la sécu : http://www.reprendrelasecu.fr/ et https://www.reseau-salariat.info/articles/contre-le-covid-19-la-s%C3%A9curit%C3%A9-sociale-est-notre-meilleure-arme/

[147] http://emanciper.org/desintoxication-de-la-langue-de-bois

[148] https://emmaclit.com/2020/04/13/la-facture/

[149] Comme Emanciper, association pour la démocratie réelle, pour se désintoxiquer de la langue de bois et pour le salaire à vie garanti : www.emanciper.org ou le Réseau salariat qui défend les idées de Bernard Friot : www.reseau-salariat.info 

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