Noria d'exilés entre Calais et la France d'un peu partout

Il s'agit de désengorger les jungles et bidonvilles de Calais, vraiment trop visibles depuis l'emballement médiatique récent, Les autorités procèdent donc à un éparpillement par paquets des exilés de Calais, de façon classique en centre de rétention, ou innovante dans des « centres de répit ».

Il s'agit de désengorger les jungles et bidonvilles de Calais, vraiment trop visibles depuis l'emballement médiatique récent, Les autorités procèdent donc à un éparpillement par paquets des exilés de Calais, de façon classique en centre de rétention, ou innovante dans des « centres de répit ».

27 octobre 2015. Les centres de rétention, une observation de La Cimade.

Les exilés syriens pour la majorité (71), mais aussi afghans (54), irakiens (30), iraniens (35), érythréens (26), soudanais, pakistanais, etc, sont interpellés à Calais, dans la gare ou lors de tentative de passage vers l'Angleterre. Ils se voient notifier des OQTF (obligation de quitter le territoire français) de façon expresse et sont ensuite emmenés dans les centres de rétention, de préférence loin de Calais. L'objectif du gouvernement n'est pas d'expulser mais bien d'éloigner de Calais, et ils utilisent l'enfermement administratif à ces fins. Au passage, ils étudient la possibilité de réadmissions vers le pays d'entrée dans l'UE, censé recevoir leur demande d'asile (selon le règlement dit Dublin 3).

Ils ont été, pour les centres de rétention de Nîmes, Toulouse et Marseille, conduits en avion (deux aller retour avec 25 exilés à bord de l'avion à chaque trajet). Pour les autres centres de rétention administrative (CRA) ils ont été conduits en bus (le slogan de l'autocar utilisé est "Au bout de vos rêves").

  • Nîmes : 46 personnes le 21 octobre ; 50  autres personnes attendues aujourd'hui
  • Mesnil : 50 personnes le 22 octobre ; 50  autres personnes attendues mercredi
  • Toulouse : 50 personnes le 23 octobre ; 50  autres personnes attendues vendredi
  • Rouen : 50 personnes le 24 octobre
  • Metz : 47 personnes le 25 octobre
  • Marseille : 40 personnes le 26 octobre
  • Hendaye : des placements en rétention sont attendus (pas de date)

Les collègues en rétention nous ont fait part de situations très problématiques : les personnes qu'ils ont vu arriver sont dans un état de fatigue important, sans effet personnel, ne comprenant pas ce qu'il se passait, etc.

A Toulouse, le comité d'accueil sur le tarmac était composé d'un petit groupe de génération identitaire muni d'une banderole "rentrez chez vous nous n'avons plus de sous".

Aucun ne veut formuler de demande d'asile en France. Quasiment toutes ces personnes sont libérées dans les 5 jours, soit suite à des recours devant les tribunaux soit parce que la préfecture ne demande pas de prolongation de la rétention, ce qui a pour effet automatique une remise en liberté au 5ème jour. Les personnes libérées n'ont qu'une seule chose en tête : repartir à Calais pour tenter la traversée vers l'Angleterre mais aussi retrouver leurs proches, restés à Calais.

A Nîmes, le courageux juge des libertés et de la détention, qui s'était auto saisi, a rendu une décision vendredi (mais annulée hier) qui résume fort bien la situation du détournement de pouvoir, d'utilisation de la rétention à des fins de gestion du domaine public.

Un article est paru aujourd’hui dans LeMonde.fr (éditions abonnés) : Des centaines d'exilés de Calais placés en rétention (par Julia Pascual).

Une mention spéciale pour les équipes de juristes en rétention du Mesnil-Amelot (aéroport Charles De Gaulle) et de Toulouse qui sont en première ligne, et qui ont fait partir 50 recours depuis chaque CRA ! Et se préparent pour 50 autres...

Le communiqué de La Cimade.

30 octobre 2015. Les centres de répit vus par Passeurs d'hospitalités

Si les rafles quotidiennes qui conduisent des charretées d’exilés dans des centres de rétention aux quatre coins de la France restent dans l’ombre (voir ici, ici, ici, ici, ici et ), les autorités communiquent largement sur les « centres de répit » vers lesquels sont emmenés les exilés « volontaires » depuis lundi dernier.

C’est une mesure qui n’était pas prévue dans le plan annoncé par Manuel Valls lors de sa visite du 31 août à Calais. C’est donc une concession du gouvernement face au désastre médiatique (et humanitaire) qu’est le bidonville qu’il a voulu en concentrant les exilés sur un même site, au rapport du Défenseur des Droits, à la remobilisation des associations, à l’appel de 800 personnalités, à l’augmentation du nombre d’exilé-e-s à Calais et aux approches de la frontière.

Les visages d’exilés souriants conduits vers leur « nouvelle maison » donnent à voir le volet « humanité », tandis que les rafles tentent de pousser les exilé-e-s à quitter Calais, à demander l’asile, à disparaître, pour que la baisse de leur nombre puisse être présentée comme le succès des mesures de « fermeté ».

Ces « centres de répit » sont un dispositif exceptionnel, en dehors du droit commun, alors que l’accueil des exilé-e-s est un besoin permanent, qui appelle des solutions durables. Les autorités améliorent le sort des exilé-e-s qui s’éloignent de Calais pour ne pas améliorer la situation à Calais même.

À Istres (Bouches du Rhône), où quarante personnes ont été transférées lundi, (…) le bidonville de Calais avec plusieurs centaines de demandeurs d’asile non-hébergés, (…) à La Guerche-de-Bretagne, une commune rurale d’Ille-et-Vilaine, dans des locaux habituellement réservés aux assignations à résidence, (…) à Arry, commune rurale de Moselle de 500 habitants dont le maire n’a été prévenu que le jour même de l’arrivée de 51 exilés, (…), tous les détails et les références.

Des situations très diverses donc, même si on peut supposer que l’image qu’on en a est liée à un traitement médiatique plus ou moins complaisant.

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