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Billet de blog 2 mai 2010

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Faute de soutien administratif, les Haïtiens de France peinent à secourir leurs proches

Près de quatre mois après le séisme de Port au Prince, on voit mal quelles facilités administratives d'urgence sont offertes aux Haïtiens de France pour venir en aide à leurs proches éprouvés par la catastrophe, ou pour rapatrier leurs enfants jetés à la rue par les destructions.

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Près de quatre mois après le séisme de Port au Prince, on voit mal quelles facilités administratives d'urgence sont offertes aux Haïtiens de France pour venir en aide à leurs proches éprouvés par la catastrophe, ou pour rapatrier leurs enfants jetés à la rue par les destructions.

Le séisme du 12 janvier 2010 à Port au Prince et dans sa région, qui a fait plus de 200 000 morts, a aussi détruit la maison de plus d'un million de personnes, qui vivent depuis dans la rue, sous des tentes d'urgence. Parmi eux, de très nombreux enfants dont les parents sont en France, avec ou sans titre de séjour, tentant d'améliorer la vie de tous, ici et là-bas, en attendant de pouvoir les faire venir. Dans le jargon administratif, c'est la procédure très longue du regroupement familial, restreinte à l'époux/épouse et aux enfants mineurs, et qui n'est engagée que sur la preuve d'un minimum de revenus et de surface de logement. Une fois le dossier complété et agréé, il faut encore attendre de nombreux mois le visa libérateur. C'est long dans la vie d'un enfant qui grandit dans l'attente de rejoindre ses parents.

Le 18 janvier, six jours après la catastrophe, le ministère de l'immigration a pris sa mesure des malheurs engendrés et du soulagement que la France pourrait proposer aux dizaines de milliers de familles vivant ici et dont la vie des enfants là-bas a été bouleversée. Il annonce de nouvelles facilitations accordées aux ressortissants haïtiens. "Facilitations", le terme est bien choisi. En effet, il s'agit de mesures minimales, ponctuelles, dont la plus marquante est "l'accélération des procédures de regroupement familial en cours".

Le 28 janvier, ne voyant venir aucune amélioration, des dizaines d'organisations, réseaux, collectifs, partis, syndicats, énumèrent les mesures d'urgence nécessaires dans l'Appel de Cayenne. Il s'agissait d'accorder aux Haïtiens de France (et particulièrement de Guyane) la simplification des démarches de régularisation et d'accueil de leur famille. Avec bien peu d'effet du côté de l'administration.

En effet, le ministère s'en tient à ses annonces, avec un louable souci du détail. Après tout "accélération" ne veut pas dire assouplissement tenant compte de vies bouleversées par la catastrophe. Il n'est donc pas question des nouvelles demandes de regroupement familial qui seraient motivées par la détérioration brutale des conditions de vie des enfants, comme on le verra sur deux exemples emblématiques.

Madame L. est Haïtienne. Vivant en France légalement, elle a entrepris en 2008 de constituer le dossier de regroupement familial pour faire venir ses deux fils, alors âgés de 12 et 17 ans, auprès de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII). Il faut, bien sûr, fournir de nombreuses pièces justificatives concernant les enfants là-bas et les conditions de vie des parents ici (la liste est ici). Les actes administratifs venant d'Haïti sont difficiles à obtenir, leur authenticité est souvent contestée par l'OFII, il faut les redemander... Tout cela prend du temps et de l'argent. Le dossier se traîne. L'aîné devient majeur. Là-dessus, survient le séisme. La tante des garçons est tuée, la grand-mère blessée.

Selon le communiqué du Réseau Education Sans Frontières (RESF) et de la Plateforme d'Associations Franco-Haïtiennes (PAFHA), "Madame L., très inquiète pour ses fils et au courant des engagements d’Eric Besson pour « que soient facilités les rapprochements et le regroupement des familles en France »; se rend à l’OFII où en toute humanité, on accepte de traiter le dossier du plus jeune mais pas celui de Wilky, 18 ans et demi. Nouvelles démarches auprès des Affaires étrangères, nouveaux frais, nouvelle attente pour une mère qui sait à quel point sur place la situation est dramatique et la saison des pluies dévastatrice. Et c’est un refus de Visa en application de l’article L 211-2 du CESEDA [Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et Demandeurs d'Asile] qui lui est signifié : Wilky doit rester en Haïti".

Monsieur P. vit en France légalement, ce qui lui permet de se rendre en visite en Haïti. Il est père d'un enfant qui y est né en septembre 2009, la mère vivant là-bas avec l'enfant. Le 12 janvier 2010, il était auprès d'eux. La mère était partie faire des courses à Léogâne, ville qui a été rasée par le séisme. Elle n'en est jamais revenue, tandis que monsieur P. était lui-même assez gravement blessé. Evacué par l'Ambassade de France sur la Martinique pour y être soigné, on lui a refusé de prendre avec lui son bébé de 4 mois, devenu orphelin de mère. Il a dû le confier en urgence à un proche. Dès son retour en France il a engagé les démarches pour le rapatriement de l'enfant, fournissant tous les documents demandés par l'administration. Trois mois plus tard, monsieur P. est encore convalescent, et l'enfant n'est toujours pas arrivé. La saison des pluies a commencé, et le petit garçon est malade. Encore heureux qu'il puisse échapper aux foudres du CESEDA: il n'est pas près d'être majeur!

Martine et Jean-Claude Vernier

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