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Billet de blog 2 déc. 2015

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Opérations de déstockage d'exilés bien encombrants

État d'urgence ou pas, la persécution d'État des migrants continue. Avec des méthodes de contrainte de plus en plus industrielles.

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Voici quelques extraits du toujours bien informé blog Passeurs d'hospitalités, qui chronique au quotidien les tribulations des migrants de passage piégés autour de Calais par la fermeture d'une frontière surveillée conjointement par les polices britannique et française.

« Beaucoup de questions se posaient concernant les centres de répit apparus suite à la visite du ministre de l’intérieur à Calais le 21 octobre dernier, et vers lesquels des exilé-e-s partent en bus de Calais. Quinze jours après leur création (ce qui témoigne de l’absence d’anticipation et du caractère improvisé du dispositif) parait une circulaire des ministères de l’intérieur et du logement adressée aux préfets, et qui en donne le mode d’emploi.

Cette circulaire commence par un mensonge, au chapitre « Finalité des centres de mise à l’abri » du vademecum qui l’accompagne : « chaque migrant présent à Calais doit pouvoir, s’il en manifeste le souhait et s’il renonce à rejoindre illégalement le Royaume-Uni, se voir proposer une mise à l’abri ailleurs que dans le Pas-de-Calais, sans que cette offre soit nécessairement conditionnée par le dépôt préalable d’une demande d’asile. »

Dans le faits, les « clients » de cette proposition d’hébergement sont d’abord les centaines de demandeurs d’asile et personnes ayant déjà obtenu le statut de réfugié qui habitaient le bidonville faute de proposition d’hébergement. Le bidonville de Calais était un lieu où étaient stockés des demandeurs d’asile et des réfugiés que l’État n’hébergeait pas, contrairement à ses obligations. Cette opération a été d’abord une opération de déstockage, l’État satisfaisant enfin à ses obligations légales tout en essayant de masquer qu’il ne les respectait pas.

Pire, six demandeurs d’asile sont partis hier dans un bus de cinquante places vers le VVF (Village Vacances Familles) de Sainte Suzanne (dans la Mayenne ?), en attendant d’être envoyés dans des CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile), pas nécessairement dans la même région. En fait, les derniers bus ont surtout été remplis par des demandeurs d’asile en attente de CADA. Certains n’ont d’ailleurs pas très bien compris pourquoi on les changeait de destination.

(…)

Sachant que les personnes sont envoyées dans des lieux souvent isolés, ou elles auront difficilement accès à des sources d’information et à des conseils juridiques indépendants. Il est également demandé aux préfectures de veiller à leur désinformation, par exemple « vous veillerez également à ce que les migrants soient dissuadés de se rendre à nouveau à Calais, en soulignant que les passages depuis ce site vers le Royaume-Uni sont actuellement impossibles. » Mensonge encore, ça passe mal difficilement, mais tous les jours nous avons des échos de personnes qui sont passées.

En clair, les centres de répit servent à déstocker les demandeurs d’asile et réfugiés laissés dans le bidonville alors qu’ils auraient dû être hébergés, à expulser les demandeurs d’asile en procédure Dublin (ndlr. Entrés dans l'UE par un autre pays, vers lequel ils peuvent être expulsés pour y demander l'asile), et à isoler des exilé-e-s pour leur faire prendre des décisions parfois contraires à leur volonté et parfois contraires à leur intérêt (demander l’asile en France ou retourner au pays).

Tout cela, après avoir parcouru des milliers de kilomètres et risqué sa vie, pour dormir un mois dans un lit. Alors certes, dans le lot, certains trouveront dans les centres de répit une ouverture pour construire leur avenir, mais pour combien pour qui ils signifieront expulsion ou choix contraint. »

Plus de détails ici.

Vu d'Indre et Loire, cela donne ce qui suit, selon un article de Vanina Le Gall dans La Nouvelle République

« Fondettes. Depuis vendredi dernier, vingt et un migrants de la “ jungle ” de Calais sont hébergés provisoirement au centre de vacances de Taillé.

Propriété de la Ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), ce château, situé entre Fondettes et La Membrolle, sert habituellement à accueillir des colonies de vacances. Des migrants – vingt et un jeunes hommes arrivés le 20 novembre – sont accueillis à titre provisoire et devraient rester jusqu'en février. L'opposition municipale a abordé le sujet lors du dernier conseil municipal, mercredi soir, au moment des questions diverses.

Ces personnes arrivent de la « jungle » de Calais (*) et sont prises en charge par une association reconnue d'utilité publique.

Le maire, Cédric de Oliveira, nous expliquait hier n'avoir pas été informé de ces arrivées, qui, rappelle-t-il, ont eu lieu « dans une propriété privée ». Il aurait apprécié être alerté « un peu plus en amont », pour évoquer, notamment, le sujet en conseil municipal. « Mais c'est une opération dirigée par la préfecture en lien direct avec le ministère de l'Intérieur. »

A la préfecture, justement, on se refuse à toute communication sur le sujet, « compte tenu du contexte ». La direction du centre n'a pas non plus souhaité s'exprimer. A Saint-Denis, le service communication indique que, dès septembre, la ville avait « fait une offre de service au ministère de l'Intérieur » pour l'accueil des migrants, dans le cadre d'une réflexion autour des populations en errance. Quelques jours auparavant, la découverte du corps d'Aylan, ce petit garçon syrien sur une plage turque, avait bouleversé la planète.

Disposant d'un parc immobilier d'une dizaine de lieux, la ville de Saint-Denis avait mis à disposition, en cas de besoin, une ancienne gendarmerie au cœur de la ville et le château du Pratz, en Dordogne. Les semaines et les mois sont passés. « Récemment », la mairie de région parisienne a été contactée. Et c'est finalement le centre de vacances de Taillé qui a été retenu. »

Fondettes est une ville de 10000 habitants, située à une dizaine de kilomètres de Tours, où se trouve la préfecture d'Indre et Loire. On peut se demander comment, durant leur petit mois de mise à l'abri, ils pourront entamer quelque démarche administrative que ce soit.

Martine et Jean-Claude Vernier

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