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Billet de blog 3 févr. 2014

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Être étranger en terre d'accueil

Nous annonçons la publication aux éditions L'Harmattan d'un ouvrage collectif, Être étranger en terre d'accueil - Les mauvaises actions de la loi. Le lecteur soucieux des enjeux humains, sociaux ou historiques de l'immigration est invité à s'intéresser aux multiples imbrications de ces questions.

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Nous annonçons la publication aux éditions L'Harmattan d'un ouvrage collectif, Être étranger en terre d'accueil - Les mauvaises actions de la loi. Le lecteur soucieux des enjeux humains, sociaux ou historiques de l'immigration est invité à s'intéresser aux multiples imbrications de ces questions.

Lors des guerres mondiales du vingtième siècle, la France a massivement recruté des soldats dans ses colonies d'Afrique, des Amériques et d'Asie. Fantassins chair à canon antillais, africains, maghrébins envoyés en première ligne par les pseudo stratèges de la Grande Guerre; engagés "volontaires" recrutés un peu partout, goumiers marocains, spahis algériens, tirailleurs sénégalais libérateurs de la Provence en août 1944; soldats de l'Armée d'Afrique qui constituèrent au départ le plus gros de la 2ème division blindée de Leclerc, ce fleuron de la "victoire" militaire française à la Libération. Dans la logique de la puissance s'appuyant sur la colonisation, tout cela était normal... mais on a évité de le mentionner dans les manuels d'histoire. La paix revenue, on a massivement importé des ouvriers étrangers pour reconstruire le pays et son industrie. Et puis, depuis 40 ans on tente désespérément de revenir en arrière. D'où la multiplication de lois, de circulaires et d'instructions réduisant comme peau de chagrin la possibilité d'une existence normale pour les étrangers qui vivent ici.

Le monde a changé. La colonisation toute crue a été remplacée par le cruel libéralisme de la Françafrique et du FMI. L'immémorial mouvement des migrations s'appuie aujourd'hui sur l'information globale sur "l'ailleurs" dont les gens disposent et la relative facilité des déplacements à l'échelle de la planète. Les étrangers qui sont venus ici pour vivre comme tout le monde, en travaillant pour faire vivre leur famille, ici ou au pays, en respectant les lois et en payant impôts et cotisations sociales, viennent de partout (voir la carte interactive des mouvements entre pays) et ils assument individuellement leur destin. Le monde des migrations a changé mais la loi qui règit les droits des étrangers, elle, continue sur la lancée séculaire d'une étroite vue de l'intérêt national. L'application forcenée d'une loi sclérosée, inadaptée à la réalité, ne peut que provoquer le sentiment d'être débordé par une "invasion". Il devient alors facile de détourner l'inquiétude de la population devant les transformations du monde vers des campagnes d'opinion hostiles aux immigrés.

Même si certains d'entre eux ont nourri leur ambition personnelle à cette source empoisonnée, les ministres chargés de l'immigration qui se succèdent depuis plusieurs législatures sont eux-mêmes des pantins suscités par l'incapacité collective à reconnaître la nouvelle réalité des migrations. L'addition de cette incapacité se paie cash, personnellement par les migrants et collectivement par la population tout entière.

Les étrangers en tant que personnes, ou même considérés comme groupe indistinct, intéressent peu ceux qui n'ont pas dans leur entourage quelqu'un venu d'ailleurs. Leur vie - comme celle de tout un chacun - est faite de mille choses imbriquées : des projets, des amours, des amis, une famille, un travail, des lieux de vie, des rêves aussi. Pourtant elle est sans cesse soumise à une menace latente, à des difficultés et à des dangers qu'on a peine à imaginer.

Être étranger en terre d'accueil - Les mauvaises actions de la loi éclaire dans une série d'articles les nombreuses facettes des réalités de l'immigration, dont cet extrait du sommaire donne un avant-goût.

  • Évolution de la loi sur les étrangers depuis 1945
  • Vigilance de la mémoire : les historioles dans l'Histoire
  • L'étranger est-il gibier de police ou sujet de droit ?
  • Le "problème de l'immigration", une fable ?
  • Retournements politiques dans la continuité
  • La politique de l'immigration, une affaire de maintien de l'ordre
  • Une Europe en guerre contre un ennemi qu’elle s’invente
  • L'expulsion du territoire, une mécanique bien huilée
  • Notes d'audience: le juge des libertés et de la détention
  • Des années à travers l'Afrique pour atteindre la France
  • Venir apprendre un métier pour nourrir ses frères et sœurs au pays
  • Un pays qui nous a accueilli, mais qui nous fait aussi subir des choses inhumaines
  • Sortir de l'emprise culturelle familiale
  • Avant de tomber amoureuse d'un étranger, vérifiez ses papiers
  • A 18 ans, on passe le bac. Étranger, à 18 ans, on devient expulsable
  • Malgré tout, la France peut être un lieu de libération
  • La loi ne respecte pas la vie des étrangers
  • Après des années de séjour régulier, être déclaré indésirable par le non renouvellement de son titre de séjour
  • La Guyane, Mayotte, bancs d'essai du recul des droits
  • L'abandon des mineurs isolés étrangers
  • Demandeurs d'asile à la rue
  • Taxer, et lourdement, le droit au séjour
  • Le personnel au guichet des préfectures n'est pas non plus à la fête
  • Le Code du travail discrimine les travailleurs étrangers
  • Une circulaire de régularisation qui ignore les travailleurs au noir
  • Peut-on faire un calcul coûts/bénéfices des migrations ?
  • Étrangers malmenés, vous n'êtes pas seuls
  • Tout ce qui est vie sur terre migre

Martine et Jean-Claude Vernier, Élisabeth Zucker-Rouvillois

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