Du Kärcher symbolique au lance-flamme bien réel, la grande peur du personnel de gouvernement

Tandis que le trouillomètre des occupants des lieux de pouvoir vire au cramoisi, au ras du peuple, trop bas pour les radars de la presse et des sondages, s'exerce le simple pouvoir de la fraternité avec migrants et réfugiés.

 

« La police là, ils ne vous parlent pas, ils vous frappent ». En plus de la destruction, du froid, des errances et des attaques contre la dignité des migrants, l'horreur et la brutalité sans nom deviennent la norme à Calais, comme le martèlent ces témoignages et ces photos.

Sur cette plateforme même, on le constate, Les migrants n'intéressent personne. Le billet Le gouvernement enterre la possibilité d’une politique migratoire d’ouverture, dénonçant un tour de vis supplémentaire dans la persécution ordinaire de la loi envers les étrangers, pourtant mis à la Une par la rédaction de Mediapart, n'a recueilli que trois recommandations et... zéro commentaire.

Et pourtant, à quelques kilomètres de Calais, le maire de Grande Synthe, accompagné par MSF, s'est battu pour finalement obtenir le permis de construire lui permettant de créer un camp humanitaire pour les réfugiés qui arrivent en masse.

Et pourtant, les histoires suivantes, recueillies en une seule semaine, racontent une autre relation entre la France et les étrangers.

Cet appel, relayé par le Réseau Education Sans Frontières : « Bonjour, on nous annonce l'arrivée imminente sur Belfort à la mi-mars de quatre familles de réfugiés pour un total de 19 personnes. Notre stock de meubles, vaisselle, électroménager de la rue des carrières ne nous permettra pas d'équiper ces quatre nouveaux appartements. C'est pourquoi nous faisons appel de manière urgente à vous pour nous aider à accueillir décemment ces nouvelles familles. Après un rapide inventaire du local d'entrepôt, voici ce qui va nous manquer : chaises, petits meubles de cuisine et de salon, lits deux places, lits une place, literie, petit électroménager, cuisinière électrique, plaque de cuisson et four, dons en argent pour acheter des équipements manquants.Rappel : à ce jour nous avons meublé grâce à tous vos dons 9 appartements accueillant 26 réfugiés sur Belfort. Nous recherchons aussi rapidement des personnes pouvant accompagner humainement ces réfugiés qui vont arriver dans leurs démarches et la découverte de la ville et des associations caritatives. Merci pour votre implication dans l'accueil des réfugiés. Pour l'antenne diocésaine : ... »

Ou bien, en Loire Atlantique, ce message adressé à des associations nantaises d'accompagnement juridique des étrangers : « Bonjour. Sur le secteur ... et autre scommunes du canton, nous venons de créer un Collectif pour accueillir des migrants.Nous vous contactons pour avoir une rencontre avec vous, pour savoir comment s'organiser au niveau de l'accueil, les démarches à faire dans tous les domaines, etc. Pouvez-vous nous accorder un rendez-vous pour nous aider à concrétiser notre projet. Nous avons une réunion pour mettre en commun nos informations le 31 mars , aussi , nous souhaiterions cette rencontre vers la 2ème ou la 3ème de mars, sauf le jeudi ».

Ou encore en Lorraine : « Face à l'augmentation croissante des jeunes migrants, le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle a lancé un appel aux familles volontaires pour les accueillir au sein de leur foyer. Quatre jeunes bénéficient actuellement de ce nouveau dispositif qui doit favoriser leur intégrétion dans la société française. Ils sont actuellement 104 alors qu'ils n'étaient qu'une vingtaine avant la circulaire Taubira du 31 mai 2013, leur nombre a même dépassé la barre des 150 fin 2015 : les mineurs isolés étrangers (MIE) augmentent de manière significative en Meurthe-et-Moselle comme dans bon nombre de départements. Mais ce territoire lorrain a choisi d'y répondre en mettant en place un dispositif inédit : le réseau JAM pour « Jeunes à la maison » s'appuie sur des familles bénévoles et volontaires pour accueillir chez elles un jeune migrant ». Lire la suite...

Selon Wikipedia, René Girard, dans Les choses cachées depuis la fondation du monde (1978), se référant au potlatch, échange de don et contre-don des civilisations amérindiennes, « identifie cette pratique rituelle à un phénomène plus large, un sacrifice permettant de désamorcer une violence collective et mimétique pouvant être déclenchée autour d'un objet de désir non partageable. Comme développement ou "aggravation" du mimétisme, il cite la situation de deux tribus rivales qui gaspillent volontairement et rituellement des quantités de richesse ». À Calais, l'État français détruit de façon spectaculaire des abris et autres équipements fournis par sa propre société. La question est : où est la tribu rivale ?

Martine et Jean-Claude Vernier

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