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Billet de blog 6 nov. 2009

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Travail au noir, grève sous omerta, un destin pour les salariés sans papiers

C’est quand même incroyable: 5000 travailleurs de 34 départements dans une grève qui dure depuis 26 jours, 1250 entreprises touchées, et à peu près rien dans la presse! Nous proposons une session de rattrapage sur le déroulement de l’Acte II du mouvement des travailleurs sans papiers, avant que le ministre de l’immigration ne se vante d’avoir été à l’initiative de la prochaine circulaire de régularisation par le travail.

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C’est quand même incroyable: 5000 travailleurs de 34 départements dans une grève qui dure depuis 26 jours, 1250 entreprises touchées, et à peu près rien dans la presse! Nous proposons une session de rattrapage sur le déroulement de l’Acte II du mouvement des travailleurs sans papiers, avant que le ministre de l’immigration ne se vante d’avoir été à l’initiative de la prochaine circulaire de régularisation par le travail.

Les lecteurs de Mediapart ont été informés du déclenchement de ce mouvement par l’un de nos billets et un article de Carine Fouteau. Nous avons poursuivi la chronique de cette grève du silence dans les commentaires du billet cité. Nous reprenons cette méthode de mise à jour dans le présent billet.

Dès le 22 octobre, sous la pression des patrons, impatients de voir les choses rentrer dans l’ordre, la CGT était reçue au ministère de l'immigration. Il s’en est suivi une série de réunions au ministère, ouvertes aux seuls syndicats (CGT, CFDT, Solidaires, FSU, UNSA). Ces derniers gardent un contact étroit avec les six associations co-instigatrices (LDH, Cimade, RESF, Femmes Egalité, Autremonde, Droits Devant!!), chacun apportant ses compétences au projet commun.

Le mouvement de grève atteignait au soir du 4 novembre 4896 grévistes de 34 départements, les provinciaux rejoignant des piquets de grève d’une branche francilienne de leur entreprise, en vertu de l’adage "Si la grève ne vient pas au travailleur, c’est le travailleur qui ira a elle". 1250 entreprises sont touchées - d’où l’impatience du patronat, qui ne cesse de presser le gouvernement d’avancer rapidement dans les discussions.

A Paris et Ile de France, on compte 18 piquets de grève regroupant les grévistes individuels par profession et 37 piquets d’entreprise, comprenant 13 sites évacués, généralement sur décision de justice. Quand un site est évacué, les grévistes migrent vers un autre. Aucune violence, comme le suggère cette photo – pas intéressant pour les médias ? La liste des sites au 4 novembre 2009 est ici.

Un piquet de grève a été évacué par les forces de l’ordre en dehors de toute légalité, comme le relate le collectif des Onze dans un communiqué du 4 novembre 2009 : "Lundi 2 novembre, dans le quartier d’affaires de La Défense, c'est sans aucune décision judiciaire, ni référé ni même ordonnance sur requête, mais sur un simple coup de téléphone patronal à la préfecture de police de Paris (!) que les travailleurs sans papiers qui occupaient depuis le matin le chantier de la Tour Axa ont été évacués, ceci alors que nombre d’entre eux travaillent précisément sur ce chantier depuis de nombreux mois".

En parallèle, suite à une action du GISTI, le Conseil d’Etat a annulé partiellement la circulaire du 7 janvier 2008 qui régissait la régularisation des travailleurs sans papiers, avec d’ailleurs des différences notables d’interprétation selon les préfectures. Le GISTI avait saisi le Conseil d’État "au motif notamment du caractère discriminatoire d’un texte qui définissait une liste très restrictive de 35 métiers pouvant ouvrir des possibilités de régularisation aux ressortissants non-communautaires (à l’exclusion des Algériens et des Tunisiens !) alors que les membres de l’Union européenne provisoirement soumis à une autorisation de travail (Roumains et Bulgares) bénéficiaient d’une liste beaucoup plus large de 150 métiers".

Le ministère doit donc préparer une nouvelle circulaire. Noter que le déclenchement de la grève coordonnée a précédé de 11 jours la décision du Conseil d’Etat. Le ministre tente de reprendre la main en mélangeant les deux séries d’évènements. Dans les discussions en cours, si les syndicats s’efforcent de faire découvrir au ministère de l’immigration les réalités du monde du travail, ils ont bien conscience qu’in fine, ce dernier ne sera tenu en rien par la teneur de ces discussions.

L’absence de médiatisation du mouvement est patente, malgré les efforts des organisateurs du mouvement en direction de la presse. Les consignes de comportement non violent, par exemple en cas d’évacuation, ne sont évidemment pas porteuses de dramatisation. A moins que le pli n’ait été trop bien pris par certains de ne s’intéresser qu’aux sujets qui leur sont servis par le pouvoir ?

De nombreux comités de soutien se sont formés autour des grévistes, mais les visites sont toujours appréciées. La parution d’un journal de grève est annoncée (voir commentaire n°6).

Reprenons l’exorde du communiqué des Onze organisations : "Les salariés des petites entreprises de la sous-traitance, les nombreux intérimaires qui travaillent pour les grands donneurs d’ordres du Bâtiment et des Travaux Publics n’auraient-ils pas le droit d’exercer leur droit de grève là où ils travaillent? Certains employeurs auraient-ils tellement peur de cette lutte qu'ils préfèrent s'abstenir même d’une procédure judiciaire ? Certains seraient-ils tellement « aux ordres » qu’ils obéissent sans sourciller à tous les désirs de grands donneurs d’ordres ?

Les cinq organisations syndicales et les six associations parties prenantes du mouvement des travailleurs-euses « sans papiers » protestent contre le recours à ces méthodes extra judiciaires et appellent toutes celles et tous ceux qui sont attachés à la justice et aux droits à tout faire pour que ces salarié(e)s gagnent une circulaire de régularisation avec des critères simplifiés, améliorés, harmonisés, garantissant l’égalité de traitement et une procédure de régularisation sécurisée.

Les discussions sont en cours avec le Ministère de l’Immigration depuis le 22 octobre. Elles doivent être menées jusqu’au bout, y compris sur les sujets impliquant le Ministère du Travail et le Ministère de l’Intérieur. Il ne sert donc à rien, ni de tenter d’intimider, ni de jouer la précipitation."

Martine et Jean-Claude Vernier

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