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Billet de blog 7 nov. 2013

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L'éducation, pas l'expulsion !

"Le champ est laissé libre pour les thèses xénophobes, pire même elles sont de plus en plus souvent reprises, confortées, légitimées. Le pire semblerait certain. A moins… qu’une grande vague lycéenne, qu’une jeunesse mobilisée, généreuse, se lève et rejette ces politiques rétrogrades qui compromettent notre avenir commun." Une tribune de Jean-Michel Bavard, du Réseau Education Sans Frontières de l'Oise.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

"Le champ est laissé libre pour les thèses xénophobes, pire même elles sont de plus en plus souvent reprises, confortées, légitimées. Le pire semblerait certain. A moins… qu’une grande vague lycéenne, qu’une jeunesse mobilisée, généreuse, se lève et rejette ces politiques rétrogrades qui compromettent notre avenir commun." Une tribune de Jean-Michel Bavard, du Réseau Education Sans Frontières de l'Oise.

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Alors que l’arrivée au pouvoir du Front national devient une effrayante éventualité de plus en plus plausible, voire prévisible, un formidable espoir s’est levé, le seul ! Le dernier peut être ? Des milliers de lycéens se mobilisent pour exiger le retour d’enfants expulsés du territoire français et l’arrêt des expulsions des jeunes scolarisés, refusant ainsi une xénophobie d’Etat qui ne cesse de s’aggraver.

En refusant de les entendre, en les appelant, par la voix de Vincent Peillon, à rentrer “sagement” dans leur établissement, pire même en leur envoyant la police, le pouvoir socialiste commet l’une de ses fautes les plus graves et prend ainsi une responsabilité historique lourde de conséquences et qu’il ne nous faudra pas oublier. Voir le PS choisir la brutalité de l’UMP et du Front national, plutôt que la fraternité de la jeunesse, est véritablement dramatique et légitime, “décomplexe” diton désormais, les thèses les plus dangereuses.

Leur politique plonge le plus grand nombre dans la précarité, la misère, l’insécurité. Nos gouvernants voudraient en plus nous priver de notre humanité !

Ainsi confrontée à de telles politiques, comment la jeunesse pourra-t-elle encore se reconnaître dans les valeurs de la République ? Une jeunesse qui devait être “la priorité” du quinquennat de François Hollande!

Pour le reste, Léonarda n’est que le visage apparu au grand jour d’une politique d’expulsion et de stigmatisation des étrangers que la gauche au pouvoir n’aura fait qu’aggraver mis à part quelques assouplissements en matière de naturalisation et de possibilité pour transformer des titres étudiant en titres de travail. Ils sont des centaines de Léonarda, déjà expulsés ou en voie de l’être ! Tels Khatchik, un lycéen arménien, ou Nané, une lycéenne amiénoise.

Des centaines de Léonarda !

Tout a été tenté pour justifier cette expulsion mais ces justifications n’ont fait en fait que souligner davantage encore le caractère honteux et inexcusable de cette décision. Citons en vrac : Son père serait peu recommandable quoiqu’il faille être très prudent avec ces moralisateurs toujours partants pour dénoncer ces “salauds de pauvres” mais si compréhensifs avec les profits et les corruptions des puissants. S’indigner du mensonge d’un Sans papiers revient à condamner pour vol un Jean Valjean qui avait faim. Et si son père bat ses enfants, comment a-t-on pu les expulser ? Quand ils avaient tout au contraire un besoin vital de protection, c’est bien pour cela qu’existe l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) ! Et depuis quand considère-t-on les enfants comptables des agissements de leurs parents ?

Il est dit encore que la loi a été strictement respectée mais une loi xénophobe méthodiquement élaborée en toute une décennie par Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur puis président de la République, que la gauche au pouvoir n’a pas eu le courage de remettre en cause, pire l’a même durcie en de nombreux points. Une fois encore, la légalité n’est pas la légitimité dès lors qu’elle bafoue les droits humains et sacrifie la jeunesse ! Ceci dit, cette loi aussi inique fût-elle, permettait tout à fait sa régularisation, les préfets ayant en ce domaine un pouvoir discrétionnaire considérable. D’ailleurs il ne manquait à cette famille que deux mois de présence sur le territoire pour remplir parfaitement les critères définis par la dernière circulaire Valls. Il aurait donc simplement suffit que le préfet ne précipite pas la mesure d’éloignement.

Un préfet, n’appliquant que les consignes gouvernementales, mais au sujet duquel on apprend par ailleurs qu’il fut l’un des hauts fonctionnaires du ministère de l’immigration et de l’identité nationale ! C’est une faute des socialistes, une de plus, d’avoir fait le choix d’exfiltrer et de recycler des personnages au passé si lourd !

Quel discernement ?

Mais une loi, dit-on encore, qu’il aurait fallu manier “avec discernement” ; de qui se moque-t-on ici ? Même si, et évidemment, l’intrusion de la police dans et aux abords des lieux d’éducation, pendant les temps d’étude, de loisir… est insupportable, cette arrestation d’une mineure aurait-elle été plus glorieuse si elle s’était produite à l’heure du laitier ? Aurait-elle été moins traumatisante pour tous les membres de la communauté scolaire, ses camarades, ses enseignants, s’ils avaient découvert un matin que l’une des leurs avait tout simplement disparu ? Le choc aurait peut être été plus grand encore tant cette violence aurait contenu davantage de zones d’ombre plus propices encore à toutes les angoisses.

La proposition faite par François Hollande d’un retour de Léonarda seule est totalement incohérente! La Convention Internationale des Droits de l’Enfant affirme pour tous le droit de vivre en famille et c’est d’ailleurs à ce titre qu’elle a été expulsée, son père l’ayant déjà été, elle devait l’être à son tour. Comprenne qui pourra. Mais elle est aussi odieuse puisque c’est l’obliger à choisir entre sa famille et son avenir, choix particulièrement cruel et insoutenable pour une gosse de son âge.

Et pourquoi elle seule ? Ses frères et soeurs étaient aussi scolarisés et ont tout autant droit à l’éducation ! La communauté Roms s’avère là être particulièrement persécutée : ses membres sont vilipendés car ils utiliseraient leurs enfants pour mendier ou pire voler, mais quand ils les scolarisent, ils risquent tout autant l’expulsion !

Mais là, la cible était idéale, alors qu’une position authentiquement de gauche devrait systématiquement se placer du côté des plus démunis, des plus exploités et évidemment refuser en toute circonstance la désignation de boucs émissaires pour agir sur les causes politiques véritables des contradictions de notre société. Mais il est si facile, si lâche aussi de stigmatiser et de s’attaquer aux plus faibles : des Roms, une quasi sous- humanité aux yeux de certains, que Valls juge incapable dans sa grande majorité de s’intégrer; et un lien avec le Kosovo, pour le père seul, soit un pays sans aucun Etat véritable où l’on peut donc renvoyer qui l’on veut. Et tant pis si les Roms subissent au Kosovo, pays donc totalement inconnu de ces enfants, de profondes discriminations dont la quasi impossibilité d’être scolarisés. 99 % des Roms y sont au chômage, quant à la scolarisation des enfants Roms, elle ne va pas au-delà du primaire. Un enseignement aussi qui ne se fait qu’en serbe ou en albanais, deux langues que Léonarda, ses frères et soeurs ne connaissent aucunement !

Comment aussi des juges administratifs ont-ils pu rejeter les différents recours de cette famille alors qu’ils auraient dû être guidés par “l’intérêt supérieur de l’enfant” ? Bref, tout ceci démontre à l’évidence que ce gouvernement continue de mener, même s’il tente de le nier, une politique du chiffre qui démembre des familles, brise des destins et nie les individus. Comme l’a rappelé Najlae, jeune lycéenne expulsée en 2010, une expulsion "…est un traumatisme" !

Une expulsion : un traumatisme !

Ainsi au quotidien, les Sans papiers à qui l’on refuse toute possibilité de régularisation se multiplient et sont harcelés, traqués et expulsés comme au plus sinistre temps du sarkozisme. Valls a même rappelé dans une récente circulaire qu’il “ … convenait de veiller à l’éloignement des personnes dont la demande d’asile a été définitivement rejetée. ” Puis, lors d’une conférence de presse, le 9 octobre dernier, il a vanté son bilan quant au nombre des “retours contraints”, “… une tendance supérieure à celle constatée entre 2009 et 2011.” Aucune voix ne s’est alors levée dans le camp de la gauche gouvernementale pour dénoncer ce zèle allant au- delà du zarkozisme, ce qui laisse planer un profond doute quant à la sincérité de son émotion née de l'expulsion de Léonarda ! Doute aussi sur l'ensemble des soutiens qu'apportèrent les élus PS au RESF sous le règne de Nicolas Sarkozy.

Faut-il pour autant demander la démission du ministre Valls ? Ce serait trop simple. Le mal est plus profond. Ainsi et pour la première fois, un responsable de gauche, le premier d’entre eux François Hollande, a assimilé dans son discours immigration et sécurité. Alors qu’évidemment, ainsi que l’a souligné l’historien Patrick Weil (Le Monde du 19 octobre) : “ … Aucun impératif de sécurité n’impose d’expulser une élève. ” Tout était déjà joué sans doute dès lors que le dossier de l’immigration a été placé sous la coupe du ministère de l’intérieur, en faisant une question de police. En fait, tous les curseurs de la vie politique française, et au-delà européenne, se déplace peu à peu vers l’extrême droite dont de nombreux thèmes sont repris.

Voici que l’UMP, par la voix de J. F. Copé, annonce une proposition de loi visant à rompre avec le droit du sol, à supprimer l'Aide Médicale d'Etat (AME) adoptant ainsi plusieurs des marqueurs historiques du Front national ; les ultimes barrières séparant encore l’extrême droite de “la droite (dite) républicaine” s'apprêtent ainsi tomber ! Quant au PS, à force de se soumettre au capitalisme, il n’a plus aucune idéologie, à peine quelques valeurs qu’il ne défend plus dans les faits. Perdu, sans plus aucune boussole ni ambition, que des reniements, ses contradictions deviennent inextricables. Voici même qu'il se lance à son tour dans une course à l’échalote avec le F. Haine. Marine Le Pen n’a plus même à parler se contentant d’attendre pour rafler la mise.

La majorité de gauche a oublié que la politique ne se décide pas à la lecture des sondages, ne se résume pas à des stratégies de communication mais se mène par des batailles d'idées, de convictions, un affrontement idéologique. Sinon la peine de mort n’aurait jamais été abolie. Il n’y aurait pas davantage eu de révolution française si elle n’avait été précédée du grand mouvement des Lumières. Elisabeth Badinter confiait au journal Le Monde, il y a quelques jours : “Un des apports des Lumières est d’avoir fait entrer dans l’humanité des catégories de "seconde zone". Voyez Condorcet, il a réintroduit les femmes, les noirs et les juifs dans l’humanité toute entière.

Les Lumières, c’est la révélation que tous les humains sont égaux… ” Et la philosophe Elisabeth Roudinesco d’ajouter “… Etre fidèle à un héritage, c’est d’abord le réaffirmer mais c’est aussi le relancer autrement…” On le voit là, c’est bien avec tout cela qu’a rompu la gauche gouvernementale. Pire même, elle peut en prendre le contre pied. C’est dire la régression intellectuelle et politique de notre société et de la gauche réformiste tout particulièrement. Ainsi quand Valls déclare au sujet des Roms, alors que notre République est censée défendre des valeurs universelles, que seule une minorité d’entre eux veut s’intégrer et ajoute que leurs "modes de vie" sont en "confrontation" avec celui des populations locales, il définit ainsi, de fait, une sorte de sous- humanité. Et non pas suite à des constatations factuelles de comportement, il peut exister malheureusement quelques individus asociaux, mais uniquement en rapport à son origine !

Pourtant des expériences d’intégration, trop rares mais heureuses, existent, dans certaines communes, dans les établissements scolaires… et Léonarda en est d’ailleurs la preuve malgré une histoire et un parcours personnels particulièrement difficiles. Ce sont bien sûr la misère, les discriminations, la relégation, le racisme… qui empêchent l’intégration.

Une régression intellectuelle et politique

Il y a peu, sous Sarkozy, lorsque les combats du RESF étaient bien davantage repris et se diffusaient dans la société, il y eut, le temps d’un sondage, une majorité de français pour la régularisation. Comment s’étonner qu’après tant d’engagements reniés, de renoncements, de trahisons… du pouvoir Hollande, la situation se soit aussi gravement dégradée ? D’un côté, le champ est laissé libre pour les thèses xénophobes, pire même elles sont de plus en plus souvent reprises, confortées, légitimées. De l’autre, les noyés de Lampedusa, les Demandeurs d’asile abandonnés à la rue nous accoutument peu à peu à l’indifférence, nous déshumanisent, “ensauvageant” ainsi la société et préparant le terrain au pire, à la barbarie. Et sont aussi autant de feux verts adressés aux pires racistes qui ainsi n’hésitent plus à se lâcher.

De tels renoncements aux valeurs fondamentales de nos démocraties pour des Demandeurs d’asile qui, faut-il le rappeler, ne représentent en rien une déferlante, 330 000 dossiers déposés en 2012, soit 0, 065 % de la population européenne ! •

“Chacun a sa place là où il le souhaite” (Najlae)

Car, là encore, le renoncement est total. Après quelques larmes de crocodile, le drame de Lampedusa va se poursuivre. Au Conseil Européen, chaque Etat a déclaré sa volonté de rester “maître chez lui” : “ Répartir les réfugiés, ce serait un appel d’air pour les filières d’immigration. Et un appel d’air pour tous les populismes. ” déclarait-on à l’Elysée. La messe est dite.

Désormais, “les réfugiés se noieront aussi dans ces larmes de crocodile !

Le pire semblerait donc certain. A moins… qu’une grande vague lycéenne, qu’une jeunesse mobilisée, généreuse, se lève et rejette ces politiques rétrogrades qui ont fait tant de victimes déjà, engendré tant de drames et compromettent notre avenir commun. Ce n'est évidement pas acquis, les vacances de la Toussaint étant venues au pire moment. Mais cette révolte de la jeunesse, nous la souhaitons! Et si elle survient, Parents, Grands-parents, ne manquons pas de soutenir nos enfants, soyons solidaires, à leur côté ! Ne laissons plus le champ libre à la xénophobie! Ce mouvement doit perdurer, s’étendre, s’amplifier avec des revendications simples mains fortes : la fin de la stigmatisation des Roms, l’arrêt des expulsions, le retour des expulsés, pour une autre politique de l’immigration, contre la forteresse Europe..

L’espoir, l’espoir ! Enfin !

25 octobre 2013

Jean-Michel Bavard, RESF Oise

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