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Billet de blog 8 août 2012

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Quel équilibre pour les Roms? (2)

Le ministre en charge de l'immigration (sic) l'a annoncé, et il le fait exécuter: 300 personnes ont été expulsées en deux jours, à Vaulx en Velin et à Villeurbanne. Des enfants, des bébés, des personnes âgées qui ont faim, qui ont soif, et qui vont dormir dans la rue. Nous relayons le récit d'une membre du collectif Roms de Lyon. En attendant Saint Priest, et où encore?

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Le ministre en charge de l'immigration (sic) l'a annoncé, et il le fait exécuter: 300 personnes ont été expulsées en deux jours, à Vaulx en Velin et à Villeurbanne. Des enfants, des bébés, des personnes âgées qui ont faim, qui ont soif, et qui vont dormir dans la rue. Nous relayons le récit d'une membre du collectif Roms de Lyon. En attendant Saint Priest, et où encore?

Lundi 6 août 2012

Le terrain de la Rize à Vaulx en Velin (propriétaire Grand Lyon Habitat) était vide lorsque la police est venue : 130 personnes (86 adultes, 43 enfants), familles connues pour certaines depuis plusieurs années qui avaient été expulsées de plusieurs squats ou terrains. Elles étaient arrivées en février 2012 dans ce terrain après le feu du squat Catupolan et la mise à l'abri du gymnase Ambroise Croizat à Vaulx en Velin.

En effet, les familles et toutes les personnes de ce terrain ont préféré partir la veille, le dimanche 5 août,  plutôt que de vivre une expulsion et la faire vivre à leurs enfants.

Elles ont erré dans les rues de Villeurbanne proche de leur terrain dans l'espoir de trouver un lieu pour se poser. Chose faite dans un bâtiment abandonné dans une impasse derrière une école. Le lundi matin, la police nationale était là pour les déloger. Elles se sont repliées alors dans un petit terrain attenant - lui aussi abandonné - appartenant  une personne privée.

Très vite, les personnes commençaient à nettoyer le terrain, les policiers présents étaient étonnés, ne comprenant pas pourquoi elles se donnaient cette "peine" : elles étaient tout simplement en train de s'installer...

Malheureusement, là aussi la police les a fait partir, elle venait d'appeler du renfort. Aussi c'est avec un très gros effort qu'elles ont repris leurs baluchons, leurs petits bouts de choux éberlués traînant à côté des poussettes surchargées de la richesse de leurs parents.

Plusieurs médias étaient présents : FR2, FR3, Europe 1... d'autres peut être... et il fallait entendre ce que les femmes ont témoigné de leur vie, de ces instants alors que la police les chassait, car elles se sont exprimées  avec une telle douleur, avec une telle force, mais en même temps une telle dignité qui ne pouvait que nous atteindre tous et nous bouleverser.

Mais le plus dur restait à venir:  trouver un lieu, un abri pour se protéger avec les enfants... le groupe s'est séparé, chacun allant en petit groupe dans une direction qui voulait être un espoir hypothétique!!! Mais qu'allaient-ils trouver? Portes et fenêtres murées?  La police toujours prévoyante?... Hier soir ce sont les jardins ou places publiques qui ont dû les "accueillir" pour une courte nuit pleine d'angoisse du lendemain ...

Mardi 7 août 2012

Garages abandonnés rue Léon Blum à Villeurbanne, près métro Bonnevay (propriétaire privé) : 40/50 personnes avec moitié d'enfants, familles connues depuis longtemps qui avaient été expulsées de plusieurs terrains ou squats:  Surville,  route de Vienne, St Fons... elles étaient là depuis l'automne 2011.

A 6 heures du matin lorsque les personnes de Médecins du Monde sont arrivées, il ne restait plus qu'une famille, les autres familles étaient parties, la police étant venue leur dire qu'elles allaient être expulsées ce mardi.

Rue Roger Salengro à Villeurbanne près du pont de Croix Luizet : 87 personnes (source: police)  50 enfants au moins dont des touts petits.

Ce terrain qui était propriété des soeurs (qui ont gardé la maison de retraite) a été racheté par le Grand Lyon ou la Ville de Lyon. C'était un très grand terrain avec une partie ombragée mais très boueux.

Les familles étaient sur ce terrain en août/septembre 2011 pour les premières arrivées, elles avaient construit des cabanes. D'autres familles se sont rajoutées depuis au fil des expulsions, de la fin du plan froid. La police était passée vendredi ou samedi leur dire que mardi elle viendrait et que tout serait cassé.

Hier lundi l'OFII (Office Français de l'Immigration et de l'Intrégration) est passée et plusieurs personnes ont signé le document acceptant un retour en Roumanie.

Un car partira ce jeudi 9 août à 7 heures de Perrache pour les emmener à l'aéroport St Exupéry pour un départ en Roumanie.

Arrivée à 6 heures, un feu faisait chauffer le café. Les familles étaient très inquiètes, demandaient si la police allait venir, et où iraient-elles... des hommes faisaient la navette jusqu'à la rue... avec une info comme quoi des barrières étaient contre un arbre, mises le matin ou du moins récemment. Des femmes préparaient des grands sacs ou des baluchons faits de grands tissus où elles tassaient des vêtements, des couvertures. Les poussettes se chargeaient dangereusement!

A 7h15 la police est arrivée, une dizaine de camionnettes, peut être une cinquantaine de policiers de la police nationale. Il y eu comme un moment d'incrédulité, de fatalisme en même temps, comme s' ils étaient dans une attente qu'il savaient inexorable, qui les rendaient vidés de tout espoir. Les policiers les ont fait se regrouper sur le milieu du terrain et ils ont commencé les contrôles d'identité parents et enfants, la famille étant au complet, des policiers les accompagnaient jusqu'à la rue où ils les laissaient... !

Des enfants avaient des problèmes de santé, une petite fille née prématurée... un petit garçon qui avait une vilaine plaie au pied... Médecins du Monde est allé chercher ce qui leur était nécessaire et est revenu faire les soins et apporter les médicaments indispensables à d'autres familles.

Pendant ce temps chaque famille attendait patiemment son tour pour être contrôlée, les policiers étaient corrects, ont pris le temps pour effectuer ces contrôles, mais c'était long pour les familles. 

A 9h30  tout le monde avait été contrôlé et... était dans la rue.

Toutes les familles étaient assises sur les trottoirs avec leurs baluchons, leurs poussettes surchargées dont certaines n'ont pas survêcu au poids imposé et resteront sur le trottoir.

Repartant à 9h30, j'avais un appel pour me dire que la police venait d'arriver rue Léon Blum (garages) et qu'ils allaient expulser les personnes... Je ne comprenais pas et me rendis immédiatement sur le lieu. En effet, des policiers étaient devant un portail donnant sur l'avenue et des personnes rroms étaient sur le trottoir avec leurs gros sacs... J'allai les voir, je ne les connaissais pas, ils étaient 20, 8 adultes dont une jeune femme enceinte, 12 enfants dont 1 nourrisson. Une jeune femme avait de l'asthme et n'avait plus de médicament pour la calmer. Ils ne savaient pas où aller. Ils étaient très énervés car en plus il faisait très chaud. Puis j'ai fait le tour pour aller à l'entrée côté métro,  il y avait 5/6 cars de police le long du trottoir. Un policier m'a dit qu'il y avait une trentaine de personnes à leur arrivée et qu'ils leur avaient dit de partir...

En repartant j'ai vu les personnes rroms partir sur le trottoir. En face une voiture de police stationnait comme si elle allait les suivre.  Nous avons déjà vu cela... en septembre 2011 !

Où sont toutes les personnes? Pas de pistes... Il y a de moins en moins de ces terrains vagues qui leur permettaient de s'installer et de construire des cabanes, de moins en moins de maisons ou d'usines abandonnées comme elles en trouvaient il y seulement 3/4 ans.

300 personnes expulsées en 2 jours.  300 personnes: des enfants, des bébés, des personnes âgées qui ont faim, qui ont soif, qui vont dormir dans la rue. C'est une honte pour ce pays, pour cette ville.

NOUS ne voulons pas être ces citoyens qui cautionnent ces actes indignes qui n'honorent pas ceux qui les décident et qui les exécutent.

NOUS continuerons à lutter pour un Toit pour Tous, pour une vie digne pour Tous.

Consciemment les autorités publiques acceptent de mettre en danger la vie de toute une population... alors qu'elles ont autorité sur tous et doivent les protéger tous.

Donc elles sont condamnables... mais comment condamner des autorités qui se donnent tous les droits ?

C'est tout de même un délit grave: une mise en danger de vie préméditée.

Gilberte Renard

Martine et Jean-Claude Vernier

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