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Billet de blog 8 août 2015

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Plus de développement entraîne plus de migration

Une doxa en vogue, qui voudrait qu'en aidant mieux les pays pauvres à améliorer les conditions de vie de leurs habitants, les pays riches se prémuniraient contre l'immigration, est battue en brèche par un rapport remis à l'ONU.

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Une doxa en vogue, qui voudrait qu'en aidant mieux les pays pauvres à améliorer les conditions de vie de leurs habitants, les pays riches se prémuniraient contre l'immigration, est battue en brèche par un rapport remis à l'ONU.

Un entretien avec François Crépeau, rapporteur spécial sur les droits des migrants aux Nations unies, par Georgi Gotev, traduit par Marion Candau.

Ce Canadien, professeur à l'université McGill de Montréal, a rencontré les autorités de Bruxelles et la presse pour parler de son rapport annuel du Conseil des droits de l'Homme sur la gestion des frontières extérieures de l’Union européenne et son impact sur les droits des migrants.

Plus de développement, plus de migrations

« C'est faux ! Toutes les études que j'ai consultées montrent l'inverse : plus de développement entraîne plus de migration. Car toutes les personnes qui voulaient partir depuis longtemps, mais n'en avaient pas les moyens, ont tout à coup les moyens de partir, donc elles quittent leur pays », a déclaré le rapporteur.

À titre d'exemple, il a parlé de la migration italienne vers l'Amérique du Nord, qui n'a cessé de croître de 1945 jusqu'à la crise pétrolière des années 1970, quand elle a atteint son plus haut niveau, pour finalement ralentir dans les années 1980.

« Pendant 30 ans, et alors que l'économie italienne était en plein essor, l'immigration a perduré. Donc, sur une génération, plus de développement est souvent accompagné par plus de migration. Si l'on pense qu'on doit se concentrer sur le développement pour réduire la migration, on se met le doigt dans l'œil », a insisté François Crépeau.

Cela ne veut pas dire que les pays développés ne doivent pas aider les autres pays à se développer, a-t-il ajouté, mais si les politiques pensent qu'en versant 500 milliards d'euros à l'Afrique ils vont juguler l'immigration dans les cinq prochaines années, ils se trompent.

Pour François Crépeau, les responsables politiques occidentaux sont guidés par leurs obligations électorales et n'ont pas le courage d'admettre que l'immigration n'est pas une menace, mais une chance pour leur pays. Il a salué le programme européen pour la migration, récemment avancé par la Commission européenne, qui reconnaît que sauver des vies est plus important que protéger ses frontières.

>> Lire : Juncker s’oppose à sa famille politique sur l’immigration

Le rapporteur a ajouté qu'il se rendait bien compte de la difficulté de mettre en place ce programme et de rallier le soutien des États membres. En effet, le mardi 16 juin 2015, les ministres européens ont rejeté les principaux éléments de la proposition.

>> Lire : Les États membres rejettent les quotas de migrants

Zeid Ra'ad Al Hussein, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, a récemment déclaré que l'UE pourrait facilement accueillir un million de réfugiés.

Pour François Crépeau, les pays du Nord pourraient accueillir un, voire deux millions de Syriens dans les cinq prochaines années sans difficulté.

EurActiv lui a demandé comment il pouvait parler de millions alors que les pays européens ne parvenaient même pas à s'accorder sur la répartition de 40 000 migrants actuellement en Italie et en Grèce.

Discours nationalistes et populistes

Le rapporteur de l'ONU a répondu que les chiffres étaient faussés, car les discours nationalistes et populistes dominaient le débat.

« Ils font comme si 20 000 était un chiffre énorme. Or 20 000 personnes, cela représente 0,00004 % de la population de l'UE. Ce n'est rien. Ce chiffre est minime. N'importe quel pays de l'UE peut se le permettre », a-t-il affirmé, tout en rappelant que, lors des guerres yougoslaves, l'Allemagne avait accueilli 400 000 Bosniaques sur plusieurs années.

« Si nous prenons la question dans les termes des nationalistes et des populistes, alors oui c'est un énorme problème. Si nous la tournons différemment, alors ce n'est pas vraiment un problème. Je vous assure que le million de personnes dont je parle, sur cinq ans, ne serait pas problématique. Nous l'avons fait pour les Bosniaques il y a 20 ans. C’est quelque chose que nous pouvons tout à fait gérer si nous saisissons bien les enjeux.

Interrogé sur la volonté des autorités hongroises de construire une clôture le long de sa frontière avec la Serbie, François Crépeau a répondu : « c'est une réaction populiste et nationaliste ». Selon lui, ériger une barrière ne fera que renforcer la position des trafiquants.

Contexte

Lors d'une réunion à Luxembourg le 16 juin 2015, les ministres de l'Intérieur de l'UE ont rejeté le projet de la Commission de répartir 40 000 immigrants arrivés en Grèce et en Italie dans les autres pays membres selon un système de quota.

Le 27 mai, la Commission a proposé la relocalisation de 40 000 réfugiés actuellement en Italie ou en Grèce vers d'autres pays de l'UE, ainsi que la réinstallation de 20 000 migrants supplémentaires actuellement hors-UE. Cette proposition doit à présent être adoptée par le Conseil, lors d'un vote à la majorité qualifiée.

Il était évident dès le début que la proposition serait rejetée par la plupart des États membres, étant donné les réactions des dirigeants européens lors du sommet extraordinaire sur l'immigration du 23 avril 2015 (voir « Contexte » ci-dessous).

>> Lire : La Commission force les États membres à agir face à la crise de l'immigration

Depuis il est cependant apparu que nombre d'États, comme la France ou l'Allemagne, ne sont pas opposés à l'idée du partage du fardeau de l'immigration, mais estiment que les quotas proposés doivent être réévalués.

>> Lire : La France soutient la politique des quotas de réfugiés en UE

Un entretien à retrouver ici.

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