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Billet de blog 9 janv. 2012

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Pas d'atteinte disproportionnée aux droits de l'intéressé à une vie familiale?

Ce jeune chinois vivait en France depuis dix ans. Il avait fini de rembourser le passeur qui l'avait amené ici à 18 ans. Il avait fondé une famille, deux enfants sont nés. Avec leurs deux machines à coudre dans leur logement de 25 m2, le couple commençait à entrevoir la régularisation, une vie normale de dur travail et un avenir pour leurs enfants. Il vient d'être renvoyé en Chine, 13 heures avant la fin légale de sa rétention de 45 jours.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce jeune chinois vivait en France depuis dix ans. Il avait fini de rembourser le passeur qui l'avait amené ici à 18 ans. Il avait fondé une famille, deux enfants sont nés. Avec leurs deux machines à coudre dans leur logement de 25 m2, le couple commençait à entrevoir la régularisation, une vie normale de dur travail et un avenir pour leurs enfants. Il vient d'être renvoyé en Chine, 13 heures avant la fin légale de sa rétention de 45 jours.

La mobilisation avait été intense autour de cette famille, les adresses au préfet de police de Paris innombrables, par téléphone, par fax, et jusqu'à l'aéroport pour tenter d'obtenir l'aide de passagers du même vol. Le pouvoir n'a que faire de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ou de la Convention internationale des droits de l'enfant, que la France a pourtant signées.

Les autorités ont-elles décidé de ''faire un exemple'' pour impressionner les français solidaires? A en juger par le texte suivant, qui a commencé à circuler quelques heures après le décollage, c'est raté.

Expulsion de Monsieur Mo, laissant sa femme et ses deux enfants en bas âge en France

Rentré vers 23 heures, lessivé mentalement et physiquement, je me suis couché peu après, à une heure bizarrement tôt par habitude de la semaine passée. Quelques consignes données à Madame Mo, et de sa part à la grande mobilisation, un remerciement court et sincère, que j'ai manqué de transmettre aussitôt.

Pourtant, nous avons été accueillis par un joli ciel de l’aéroport, des nuages bien rangé ornés du crépuscule orangé, remarque d'Anne-Marie, donnent le profondeur de vue. Cette image du ciel va bientôt emporter notre dernier espoir vers un profond inconnu.

La défaite est cuisante.

Des centaines ? des milliers ? je ne sais pas précisément, en tout cas, un grand nombre de citoyens surgis devant le préfet de Paris pour appuyer sur la touche d'arrêt de la machine en train de briser une petite famille criant au secours : perdu. Dans cette bataille rangée à confrontation frontale, la supériorité absolue et écrasante en nombre est tombée tristement devant la légèreté de face d'une personne. La défaite est lourde et certainement remarquable, mais qui ne mérite pas encore entrer dans l'histoire, car les historiens n'ont pas encore fini de noter les batailles où des millions de gens n'avaient pas réussi à faire changer d'avis un dictateur souvent seul et isolé.

La défaite est conséquente.

Madame Mo doit s'occuper dorénavant seule de ses deux enfants en bas age, emmener Félix à l'école, et travailler tout en gardant un œil sur Soufia, pas encore 2 ans, un travail sans doute encore plus difficile à trouver, donc probablement encore moins bien payé. Comment va-t-elle s'en sortir ? Mon intelligence mathématique, lauréat de quelques concours, dresse son drapeau blanc devant cette équation. En la déposant devant sa porte à Aubervilliers, à ma question cruelle : peut-être partir en Chine avec les enfants ? "Non, non, répond Madame Mo, je trouverai du travail." Les conditions de vie de cette famille risquent de sombrer dans la précarité de jour en jour, impensable que cette conséquence misérable ne soit pas comptabilisée parmi les trophées de cette bataille, en dépit de la flèche lancée : "il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à sa vie familiale."

Le ciel de Roissy qui a avalé l'avion d'Air China n'avait pas laissé briller les étoiles. Un sentiment de mea culpa éclate dans mes pensés, ma part de responsabilité de l'échec de l'action aéroport est évidente, immense gâchis pour tous ceux qui se sont précipités à l’aéroport, laissant derrière eux la vie privée et le travail, pour accomplir un travail d'excellence auprès des passagers. Monsieur Mo n'a probablement pas résisté, les passagers prêts à l'aider n'ont vraisemblablement pas trouvé d'occasion.

Déjà, à l'écoute de ses demandes d'aide la veille des vols programmés, je m'étais douté que Monsieur Mo aurait préféré se suicider plutôt que de résister. Son acte de désespoir du 5 janvier 2012 malgré mes multiples conseils n'a fait que prouver cette doute. Le 7 janvier tôt dans la matinée, j'ai tenté de savoir ce qu'il avait décidé de faire à l'embarquement, sans [marquer] aucune préférence ni incitation. Lui et sa femme ont répondu à plusieurs reprises "résister !" Sans être entièrement convaincu, j'ai voulu croire à sa résistance et apporter une aide à cette résistance éventuelle. Ma décision d'action aéroport a été ainsi prise de façon plutôt volontariste. La probabilité importante de risque d'échec était prévisible pour moi seul. Je m'en excuse.

Se suicider plutôt que résister, est-ce un honneur ou une faiblesse d'un être humain apparemment vulnérable ? J'en suis perplexe. Perplexe encore à l'idée que certains puissent aussi bien l'exploiter. Seulement deux policiers en civil en escorte ont réussi à faire parler Monsieur Mo par un coup de téléphone d'un numéro bizarre à sa femme, sans nouvelles depuis plus de 5 heures interminables, pour dire qu'il est seul dans l'avion et il ne peut pas résister, aussitôt après coupée cette liaison presque vitale. Un exploit du travail de cerveau a été réalisé à haute performance. Cet exploit, malgré sa performance, est-ce une faiblesse ou un honneur de l'être humain, je laisse à chacun d'apprécier.

Très tôt ce matin, je n'avais plus de sommeil, au moment où je finis ce récit, le ciel au dessus de mon jardin est maussade. Mes pensés partent vers la Chine où Monsieur Mo doit être déjà arrivé, avec une dizaine de coutures sur son bras, une poignée de pièces de monnaie peut-être encore dans son estomac. Le rendez-vous à l'hôpital de Dieu à Paris a été manqué comme un petit déjeuner, une autre conséquence de cette bataille rangée. Si les médecins de l’Hôtel-Dieu sont inquiets pour sa vie en le convoquant en 48 heures, c'est qu'il n'est pas encore sorti de la période de surveillance médicale. J'espère qu'il sera guéri en Chine.

A suivre ...

Jian Hua

La mobilisation pour le retour de monsieur Mo se met déjà en place.

Martine et Jean-Claude Vernier

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