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Billet de blog 9 févr. 2012

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Sachez que rien n'est figé

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Les étrangers en séjour irrégulier, présents en France depuis plus de trois mois, dont les ressources sont inférieures à 648 euros par mois pur une personne, peuvent bénéficier de l'Aide Médicale d'Etat (AME). Depuis quelque temps, ils doivent acquitter pour cela un droit annuel de 30 euros. Ces 30 euros sont évidemment un barrage: encore plus nombreux seront ceux qui ne pourront plus se faire soigner, tout en privant les autorités d'un moyen commode de compter et localiser ces personnes dites "sans-papiers".

Du côté de leur localisation, la Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM) de Paris modernise ses procédures: deux de ses centres sont maintenant réservés aux demandeurs d'AME et interdits au reste de la population! L'ODSE, Observatoire du droit à la santé des étrangers, dénonce: Sous couvert de la crise, la CPAM de Paris sacrifie les Sans-papiers: ”la CPAM fait le choix brutal de la stigmatisation et de l’exclusion des soins au détriment de la santé de tous et des finances publiques.” Tout est à lire dans le décompte implacable de l'ODSE: les files d'attente dès le milieu de la nuit, le pré-contrôle des dossier par les vigiles, la pression sur les agents de la caisse, qui ne peuvent plus remplir normalement leurs fonctions, les délais de traitement excessifs, les pertes de dossiers. Et, par dessus tout, les conséquences pour la santé: ”de plus en plus de personnes en rupture de soins viendront, en dernier recours, rejoindre les salles d’attente des urgences hospitalières déjà saturées. Elles se présenteront dans un état de santé dégradé qui coûtera plus cher à la collectivité.”

A Paris, les demandes d'asile doivent être déposées dans un centre de réception ad hoc de la préfecture de police, boulevard Ney dans le 18ème arronsidssement. Témoignage.

”Mon expérience, c'est l'horreur; prévoir équipement grand froid polaire, des heures d'attente dehors sous l'auvent avant de pénétrer dans l'enceinte du centre.  Une fois à l'intérieur, nouvelle queue pour accéder au guichet de pré-accueil.  Une fois obtenu un ticket de guichet, nouvelle attente interminable en salle.  Pas assez de sièges pour toutes les personnes présentes. 

Attention, le centre asile fonctionne selon les normes de haute sécurité, omniprésence policière alors qu'on a affaire à des demandeurs d'asile... : à l'intérieur l'usage du téléphone portable est interdit. Cigarettes, briquet, etc sont interdits et confisqués. 

Prévoir une journée entière pour une première demande, donc prévoir nourriture et boissons, car une fois à l'intérieur, impossible de ressortir. Prévoir un accompagnant de préférence non fumeur, car sinon pour lui ou elle ce sera la crise de manque.

Le personnel est compétent mais sur les nerfs ...  L'ambiance est carcérale. 

Une remarque: les noms des personnes sont appelés  à haute voix,  ce qui est en contravention totale avec l'exigence de confidentialité et de protection dues à des demandeurs d'asile - exemple aucune façon par exemple de prévenir le fait qu'un demandeur d'asile serbe du Kosovo ne soit identifié par un demandeur d'asile albanophone dans la même salle, avec tous les risques de sécurité que cela peut entrainer pour l'un ou l'autre...

M. est né au Gabon. Il a rejoint en 2006 ses quatre frères et sœurs, qui sont installés en France, en situation régulière, où ils travaillent ou étudient. Avec son titre de séjour « étudiant-élève », il prépare un Diplôme Universitaire de Technologie en chimie. Mais, malgré ses efforts, il n'obtient pas le diplôme dans les délais. Pire, il trouve sa voie dans des études d'hotellerie. Il démarre à la rentrée de 2011 la préparation d'un BTS dans un lycée et tout se passe bien. Mais, en langage administratif, ce parcours se dit « absence de réalité et de sérieux des études poursuivies » et « changement radical d’orientation ». deux choses qui permettent au préfet de refuser de renouveler son titre de séjour, direction: la frontière!

Mais le RESF s'en mêle, les enseignants, les élus se mobilisent; une pétition sur internet rencontre 725 signataires. Le 20 janvier 2012, il apprend que le préfet, après avoir reconsidéré sa situation, a finalement décidé de renouveler son titre de séjour étudiant.

M. remercie longuement les amis connus et inconnus qui l'ont soutenu.

"Je ne saurais rester insensible aux marques de soutien et d'amitié que vous m'avez apportées depuis le début de cette affaire.

A toutes les personnes qui ont pris la peine de signer ma pétition, les mots ne seront jamais suffisants pour exprimer toute ma gratitude.

A Réseau Education Sans Frontière sachez que je serai le digne ambassadeur de votre action auprès de toutes les personnes qui rencontrent les difficultés que j'ai pu rencontrer.

A la ville de ..., en particulier à son maire … et à tout le personnel du lycée, sans qui les barrières administratives ne se seraient pas ouvertes, j'aimerais les féliciter de leur action et les encourager à toujours réagir avec autant d'humanisme face aux problèmes de leurs concitoyens.

Au comité de soutien à qui je dédie cette victoire, grâce aux conseils qu'ils m'ont apportés et au professionnalisme dont ils ont fait preuve, un simple merci ne suffira pas; je tiens à rendre hommage tout particulièrement à Madame ..., mon professeur de gestion, pour sa détermination et son attention.

Une note d'espoir pour toutes les personnes qui rencontrent les mêmes problèmes que moi, sachez que rien n'est figé et que les choses peuvent bouger aussi pour vous."

Martine et Jean-Claude Vernier

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