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Billet de blog 10 avr. 2010

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A Bobigny, le changement de préfet va-t-il changer la vie des étrangers?

Un nouveau préfet "à poigne" est annoncé en Seine-Saint-Denis, un département stigmatisé comme peu sûr. Ce département est aussi l'un des plus riches en étrangers en quête de régularisation. Et leur accueil à la préfecture de Bobigny l'un des plus calamiteux.

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Un nouveau préfet "à poigne" est annoncé en Seine-Saint-Denis, un département stigmatisé comme peu sûr. Ce département est aussi l'un des plus riches en étrangers en quête de régularisation. Et leur accueil à la préfecture de Bobigny l'un des plus calamiteux.

Selon Le Monde, le nouveau préfet du 93 est un "flic pur jus qui, du grade de gardien de la paix à celui de commissaire de police - avant de devenir préfet en 2004 -, a effectué toute sa carrière dans la police", au passage patron du RAID, puis des CRS. Il " devra faire face, en Seine-Saint-Denis, à une situation où l'insécurité reste l'un des principaux problèmes."

Nous avons déjà évoqué les conditions d'accueil des étrangers à la préfecture de Bobigny, à l'occasion de la tentative de régularisation de monsieur K., qui vit et travaille en France depuis 10 ans. Voici quelques témoignages complémentaires, tentant de "décrire l’inhumanité de l’attente aux portes de la préfecture et le traitement que l’on fait subir, dans la presque plus parfaite indifférence, à ces personnes".

Une travailleuse sociale "y accompagne une à deux fois par semaine certaines des personnes qu’elle suit. Elle plonge ainsi depuis très longtemps dans le quotidien de cette file d’attente et des horreurs tracassières commises au guichet, quand les gens y accèdent enfin.

Dernière anecdote en date, hier : demandant quel serait le coût de je ne sais plus quel titre de séjour, elle s’entend répondre « 300 euros ». Etonnée par le montant de la taxe, elle proteste un peu. Réponse de la guichetière : « Mais, Madame, tout a un prix » …

Les gens qui s’installent à partir de 22h30 la veille au soir, ceux qui arrivent à 4h du matin… Ceux qui payent 30 à 50 euros à quelqu’un qui fera la queue dans le froid pour eux, les couvertures en location, le café vendu dans la file, les femmes enceintes qui, jusqu’à un passé très récent, devaient patienter debout dans le froid (ou sous le cagnard en été) sans qu’elles puissent bénéficier d’une priorité de passage, le distributeur d’eau inaccessible de ce côté de la file, où les gens n’osent pas s’approvisionner de peur de perdre leur place chèrement obtenue, les mères de famille accompagnées d’enfants le plus souvent tout petits ou de bébés, transis de froid ou se déshydratant sous le soleil … des strates de misère, d’humiliation, de traitement indigne ajoutées à l’angoisse et à la peur."

"Etant amené à faire ces jours-ci des accompagnements dans les différentes préfectures pour les demandes de 'régularisation exceptionnelles par le travail', je constate un refus quasi systématique de prise des dossiers de régularisation.

A Bobigny, méme en arrivant à 21h30 le soir, les étrangers se voient refuser les fameux tickets leur permettant déposer leur dossier. On leur répond sans ménagement 'plus de ticket aujourd'hui' ou 'il n'y a eu que dix tickets pour la régularisation par le travail' etc. Bien sûr cela engendre violences, ressentiments d'injustice etc... et la police (jamais très loin) est appelée en renfort.

J'accompagne un travailleur sans papiers, cela fait trois fois qu'il vient (après son travail dans un restaurant), passer la nuit à Bobigny pour rien. J'ai pu parler avec d'autres accompagnants (avocats, syndicalistes et bénévoles), tous font ce constat: il faut revenir quatre ou cinq fois et passer la nuit sans espoir d'obtenir le précieux ticket !!!!! Que faire ? Ceux qui ne parlent pas suffisamment le français font l'objet d'un refus systématique. L'attitude est plus qu'hostile, elle est agressive."

A 9 ou 10 heures du matin, il n'y a plus de tickets, et la file dense s'allonge encore sur une centaine de mètres. Des centaines de personnes qui sont venues pour rien. Elles finissent par repartir, lentement. Vers 13 heures, il n'y a plus personne,... jusqu'au soir.

L'amélioration des ces conditions d'accueil est-elle au nombre des objectifs de la lettre de mission du nouveau préfet?

Martine et Jean-Claude Vernier

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