Dans la tête d'une lycéenne révoltée

Elle a seize ans - nous tairons son nom - et elle explique sa vision du mouvement lycéen de protestation contre les expulsions de jeunes étrangers scolarisés en France. Victor Hugo, lui aussi, avait seize ans quand, ayant été témoin du marquage au fer rouge d'une jeune fille coupable de quelque chapardage domestique, il ressortit "déterminé à combattre à jamais les mauvaises actions de la loi".

Elle a seize ans - nous tairons son nom - et elle explique sa vision du mouvement lycéen de protestation contre les expulsions de jeunes étrangers scolarisés en France. Victor Hugo, lui aussi, avait seize ans quand, ayant été témoin du marquage au fer rouge d'une jeune fille coupable de quelque chapardage domestique, il ressortit "déterminé à combattre à jamais les mauvaises actions de la loi".

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Depuis des semaines je participe activement au mouvement lycéen.

Ce mouvement a été baptisé MILI, durant les vacances d'automne: Mouvement Inter Lycées Indépendant.

A l'origine, il s'agit simplement de lycéens qui, révoltés, sont sortis manifester en masse pour dénoncer cette injustice qu'est l'expulsion de deux jeunes gens scolarisés en France, Léonarda et Khatchik.

Le message du MILI est simple : nous lycéens refusons de fermer les yeux plus longtemps sur cette politique d'immigration injuste qui ne correspond pas aux valeurs de la République. Nous demandons la régularisation des personnes sans papiers suivant un cursus scolaire en France, ainsi que celle de leur famille.

Ah! Combien de fois le nom de Léonarda a-t-il été répété dans les médias ces dernières semaines !? Léonarda et Khatchik sont la manifestation d'une politique globale d'expulsions, plutôt que la raison pour laquelle nous manifestons. Leur cas est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

Nous dénonçons les manipulations médiatiques ; les médias se sont jetés sur cette jeune Kosovare, ont fouillé son histoire, son passé cherchant à la discréditer en même temps que le mouvement en sa faveur, évoquant son absentéisme et son père mythomane. Mais combien de personnes scolarisées en France sèchent les cours? Des centaines. Est-ce pour autant que nous devrions les renvoyer dans un pays qu'ils ne connaissent pas et dans lequel aucun espoir d'avenir n'est possible ? D'après nous, non.

Au delà des cas individuels ce sont les principes et les droits des individus qui nous motivent et les questions des comportements des uns et des autres n'ont pas à effacer les droits des personnes.

Nous militons pour tous ces jeunes scolarisés, qui ont eu, et ont l'espoir d'accéder à une vie meilleure, à un travail gratifiant, à un meilleur avenir là où leur pays ne pouvait leur en offrir un. Les renvoyer dans leur pays, c'est briser toute chance de réussite.

Pour certains même, le pays où ils sont renvoyés - leur soit-disant "pays d'origine"- leur est totalement inconnu. Sans parler du fait que ces pays sont pauvres et que leur situation politique est invivable.

Dans la Déclaration Universelle des Droits de l'homme il est écrit :"toute personne a droit à l'éducation (Article 26). Alors peu importe que ces jeunes soient nés en France ou ailleurs. Ils y sont, ils ont le droit comme tout le monde d'accéder à l'enseignement sans la peur d'être expulsés à chaque instant.

La France se doit de les régulariser.

Depuis le début de ce mouvement, les médias se sont fait un plaisir de créer des difficultés à son développement. Nous avons été confrontés à des réactions négatives, à des critiques venant de leur part et de celle de beaucoup de Français, dont des lycéens. D'après certains, nous ne manifestons que dans le but de rater des heures de cours.

Vous vous trompez. Effectivement, durant les vacances, moins de lycéens se sont mobilisés, il n'y a pas eu de grandes manifestations à proprement parler. Mais le noyau de ce mouvement a continué les actions, diffusant des tracts, collant des affiches, organisant des assemblées générales entre représentants des lycées afin de donner forme à ce mouvement naissant, d'éclaircir son but, de définir son message, d'organiser des actions. Nous n'avons pas chômé.

Le but des blocus et des manifestations est de déranger. Déranger le gouvernement, les gens, afin de faire réagir. Nous ne pouvions pas faire blocus pendant les vacances, et trop peu de lycéens étaient disponibles pour organiser des manifestations à répétitions qui auraient de l'impact. Nous avions également besoin de temps pour nous organiser, sans l'aide des partis politiques car nous sommes indépendants et sans affiliation politique.

Ne nous collez pas d'étiquette, nous n'en voulons pas. Quelles que soient nos idées, nous sommes rassemblés pour défendre un idéal, une cause. Nous devrions tous nous sentir concernés par celle-ci : nous sommes tous issus de l'immigration et du métissage. C'est cette mixité-diversité qui rend notre société aussi forte et intéressante. Nous, lycéens, nos sentons d'autant plus concernés qu'il s'agit de jeunes comme nous, étudiant, se formant. Alors, certains s'amusent à dire que la jeunesse ne se mobilise que quand ça l'arrange les cours ? Bien sûr qu'il y a d'autres causes à défendre, tout aussi importantes mais il vaut mieux en défendre une que n'en défendre aucune. Alors nous avons choisi celle-ci, car elle nous concerne de très près, et notre mobilisation est justifiée.

C'est à nous de faire changer cette société et de montrer que la jeunesse ne se laisse pas endormir. Un idéal doit être défendu. N'oublions pas que ce sont des mouvements qui ont constitué l'histoire de notre pays et qui ont formé la société actuelle. Sans eux l'esclavage serait encore d'actualité, et les femmes n'auraient toujours pas droit au vote. Nous demandons aux syndicats, aux étudiants et enseignants, à toutes les personnes partageant nos idées de nous rejoindre. Elargissons le mouvement afin de faire changer les choses.

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