Fini de rire
Abonné·e de Mediapart

460 Billets

1 Éditions

Billet de blog 10 déc. 2010

Fini de rire
Abonné·e de Mediapart

Ces violences sur un étranger, ca va arriver même aux purs français

Aux manoeuvres étrangers qui travaillent ici pendant des années pour nourrir leur famille là-bas, paient leurs impôts et nos retraites, et ne peuvent même pas voir leurs enfants apprendre un métier en France pour préparer un avenir meilleur.

Fini de rire
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Aux manoeuvres étrangers qui travaillent ici pendant des années pour nourrir leur famille là-bas, paient leurs impôts et nos retraites, et ne peuvent même pas voir leurs enfants apprendre un métier en France pour préparer un avenir meilleur.

Un récit à deux voix, celle d'Oussama (18 ans) et celles de citoyens qui ont tout tenté pour empêcher son expulsion. Le récit d'Oussama recoupe les entretiens avec des membres de la Police de l'Air et des Frontières publiés par Mediapart.

29 novembre 2010. Un lycéen tunisien de 18 ans, Oussama, arrété le 21 novembre, au CRA [Centre de Rétention Administrative, antichambre de l'expulsion] depuis le 22/11.

Il réside à Meaux et est scolarisé au lycée technique de Thorigny. Son pére est titulaire d'un titre de séjour depuis six ans.

Il est déja passé devant le JLD [Juge des Libertés et de la Détention] sans résultat.

Oussama, le 7 décembre, envoie un message de Tunisie.

(Oussama: je vais vous raconter tous les détails de la période de mon arrestation le 22/11/2010 à 19 heures à la gare de Meaux, là où je suis en train d’attendre le bus pour retourner chez moi. Cinq agents de police CRS sont venus vers moi, ils ont demandé la pièce d’identité, je leur fais voir ma carte navigo, et le certificat de présence scolaire. Ils m’ont demandé de monter avec eux, j’ai répondu que j’avais des cours demain, alors ils m’ont emmené en garde à vue, à Meaux. Le lendemain, vers 16h30, ils m’ont pris vers le centre de rétention du Mesnil- Amelot, jusqu’au 24/11/2010, j'ai été au tribunal.

J’ai vu l'avocat d'office, il m'a annoncé que puisque je n’ai pas mon passeport, je dois rester au centre 15 jours. Après, je lui dis que je suis élève au lycée, et je veux continuer mes études, à côté de mon père. Il ma demandé des justifications, j’ai répondu qu’ils sont avec ma tante, il l’a appelé et ma tante lui a donné tout ce qu'il faut. Après, la juge a vu le dossier, elle m’a annoncé 15 jours d'arrêt au centre, pour attendre la réponse du consulat tunisien et que je peux faire appel, et après elle a donné la parole à l’avocat d'office, et j’ai rien compris de ce qu’il a dit, il parle vite (…). Après elle ma donné la parole, puisque c’est ma première fois au tribunal, alors je n’ai pas pu parler.)

2 décembre. Pour la troisième fois en six semaines un lycéen se retrouve est en rétention. Oussama, lycéen tunisien de 18 ans, élève du LP Auguste Perdonnet à Thorigny (77) est au CRA du Mesnil-Amelot depuis le 21 novembre. Son expulsion est prévue pour le vendredi 3 décembre à 12h30.

Son père, qui travaille en France depuis plusieurs années, n’a pas réussi à obtenir le regroupement familial. Il a finalement fait venir son fils, pour lui permettre de poursuivre ses études. Mais, à sa majorité Oussama n’a pas pu obtenir ses papiers. Contrôlé, il a été arrêté placé au CRA et menacé d’expulsion.

(Oussama: après ils ont affiché la date de mon vol, qui sera le 3/12, ils m’ont pris vers 7h du matin pour le vol à 12h35 , j’ai été là-bas en garde à vue, un agent policier civil est venu vers moi, c’est un tunisien d origine, il m’a menacé: si je refuse ou quoi que ce soit, il va me faire du mal, et toutes ces associations qui me soutiennent, c’est que des conneries. Vers 10h30 ils m’ont ramené menotté vers l'avion.

A mon arrivée, le pilote n’a rien dit. Alors j’ai commencé à crier que je veux rester en France, alors l’agent que je vous ai parlé, il ma pris par mes vêtements, et il m’a tapé contre le côté de l'avion avec ma tête (ma tante a la photo du coup de ma tête). Je me suis mis debout, le même agent m’a pris et m’a balancé sur le siège de l’avion, et sur ma tête de nouveau, en m’insultant avec des mots honteux. J’ai perdu la conscience, quand je me suis réveillé, un de ces agents m’a serré le cou, je ne me rappelle plus si c’est une corde ou une ceinture pendant quelques minutes, où j’ai mal respiré, et je croyais que j’allais mourir. Ils ont attaché mes pieds avec du scotch, quand le pilote a vu tout ca, il a refusé de me laisser dans l’avion, l’agent que je vous ai parlé a voulu pousser le pilote à me laisser dans l’avion dans l’état où j’étais, le pilote a refusé de nouveau, alors cet agent a dit à ses collègues, qu'il va faire son rapport et il va dire que le pilote est avec les associations.

Je suis retourné de nouveau au centre, j’ai pas trouvé ma place où j'avais été, alors c’est moi qui ai cherché tout seul un lit pour dormir, puisque mon retour n’était pas organisé.)

4 décembre. Oussama est de retour au CRA. Ils ont essayé de le faire partir, l'ont forcé, un peu tapé pour qu'il parte, l'ont bloqué par terre mais il a résisté et il est là. Il est bien stressé suite aux violences. Ils l'ont monté dans l'avion puis le commandant de bord, en voyant qu'il faisait du bruit, a dit aux policiers qu'il fallait le descendre. Le prochain vol nous sera caché, à nous et à lui, les policiers ne vont pas l'afficher.

(Oussama: les policiers m’ont ramené et à mon arrivée au centre, j’ai senti des douleurs à mon estomac. J’ai prévenu l’infirmière du centre que je suis vraiment malade, mais ils m’ont rien donné comme médicaments ou calmants, le soir du 26/11/2010, j’ai vraiment eu mal et l’un des mes collègues m’a trouvé sur le sol aux toilettes. Vers 21h, mon collègue du centre m’a ramené vers mon lit, après il est parti pour prévenir les agents, ils sont venus après 1 demi heure, ils m ont demandé au début où j’ai mal et ils m’ont dit qu’ ils vont appeler l’ambulance. Vers 23h30, ils m'ont emmené aux urgences, j’ai fait une radio, le médecin m’a donné deux bouteilles de médicaments pour m’aider à aller aux toilettes et il a demandé aux agents si j’ai le droit de prendre ces médicaments là-bas au centre, ils ont répondu par oui. (...)

Le 28/11 vers 22h, j’ai eu des douleurs vraiment horribles, à cause de ne pas avoir terminé le traitement, puisqu’ils ont refusé de me donner le reste du médicament. Comme d’habitude un de mes collègues les a appelés, pour leur dire que Oussama est dans un état grave et vous savez, Monsieur ou Madame, ça a été quoi la réponse? On va pas te ramener tous les soirs, on a pas que toi à s’occuper. Après 20 mn, j’ai vomi du sang et pour la deuxième fois, mon collègue les a appelés. Quand ils ont vu mon état, ils m’ont ramené avec leur voiture du travail vers l'hôpital, j’avais mal c’est vrai, mais vous savez que le conducteur n’a pas son permis de conduire, c’est son collègue qui l’a annoncé. A l’hôpital, le médecin d’urgence m’a dit que j’avais toujours la même maladie, il ma donné le même médicament, deux bouteilles, je lui ai annoncé que les agents ont refusé de me les donner, le chef m’a agressé, comme quoi j’ai gâché leur temps et il m’a insulté.

J’ai dormi sur le sol, je n’ai pas trouvé mon matelas et ma couverture. )

4 décembre. L’avion est bien parti…malheureusement avec Oussama. Non seulement il y a eu acharnement, violences inadmissibles mais encore verrouillage : la préfecture, contre toute légalité, refusait à 20h de donner la moindre information. La consigne avait été donnée, dixit la standardiste.

(Oussama: le lendemain vers 3 heures du matin, ils sont venus pour me prendre à l'aéroport pour la deuxième fois, vers 7 heures ils m’ont annoncé qu’il n’y a pas de vol, ils m'ont ramené au centre de nouveau. Le chef du centre a refusé de m’accueillir, ils ont appelé l’officier de la préfecture, il a répondu qu’il va chercher un vol tout de suite (avec tout ça j’ai rien mangé). Vers midi, ils m’ont annoncé qu’ils m’ont trouvé un vol à 16h10, et qu’ils vont me ramener en garde à vue à l’aéroport pour attendre le vol et là-bas, un agent de police en civil est venu vers moi pour me dire et me conseiller de rentrer chez moi dans mon pays, que c’est mieux pour moi.

Vers 14h ils m’ont mis les menottes très serrées, lorsqu’on est arrivés, ils m’ont dit que l’avion va faire un retard, j’étais toujours menotté depuis 14h.

Vers 18h ils m’ont embarqué dans l’avion où il n'y a aucun passager, j’ai parlé au pilote que je suis malade, et mon souhait c’est de continuer mes études, il m’a répondu qu’il ne peut rien faire. Quand j’ai été debout, les agents ont commencé à me taper avec les mains et les pieds, je commence à crier, à leur dire que je suis malade, et que j’ai envie de rester en France avec mon père et continuer mes études. L’un de ces agents m’a demandé t’as mal où? Je lui dis au ventre, il m’a donné un coup avec son genou qui m’a fait trop mal, je suis tombé et j’arrivais pas à respirer, alors ils m’ont attaché partout, avec les menottes très serrées, ils ont attaché mes pieds aussi, ils ont mis du scotch sur ma bouche, mais le plus grave est que le pilote de l’avion était présent, alors avec toute cette violence, j’ai rien pu faire, même pas crier ou bouger.

Quand j’ai repris conscience, l’avion était déjà parti au ciel, alors c’était fini pour moi. Après ils ont enlevé les menottes, ça sert à rien après. Dès mon arrivée mon père m’a emmené aux urgences quand il a vu ma situation.)

6 décembre. Malgré de nombreuses interventions de militants d'associations, des élus de la Région Île–de- France et du département, auprès du Ministère de l'Intérieur et de l'Immigration et du Préfet de Seine-et-Marne, ce dernier a maintenu sa décision : Dehors Oussama !

Cela s’est traduit d’abord par un acharnement à l’expulsion : Cette décision a été appliquée avec zèle par la Police de l’Air et des Frontières (PAF). Ce garçon de 18 ans a été monté de force dans un avion trois fois en 36 heures mais par deux fois il a refusé d’être expulsé, aidé au moins une fois par le commandant de bord de l’avion. Il voulait rester en France, vivre avec son père, continuer ses études. Il a été frappé violemment (il en porte les marques), insulté et terrorisé. A son arrivée à Tunis, samedi, il a été conduit aux urgences de l’hôpital.

7 décembre. Témoignage de M. Ben Brahim, père d’Oussama:

« Je vous informe que mon fils Oussama a été arrête le 22/11/ à la gare de Meaux, après un contrôle de papiers. Bien qu’il ait fait voir ses papiers de scolarité, ils l’ont arrêté, mis en garde a vue. Après ils ont décidé de l’expulser vers son pays d’origine, le vendredi 3/12. Il a refusé. Le 4/12 il l’ont pris par force à partir de 4 h du matin, pour qu’il prenne le vol à 17 h sans manger, sans rien, attaché, ils ont même refusé pour qu’il fasse ses besoins naturels. Ce qui s’est passé est horrible, il était attaché par ses quatre membres, même ils lui ont mis du scotch sur sa bouche pour qu’il ne puisse pas parler ou crier. Ils l’ont même tapé, un des agents l’a frappé avec un coup de genou sur le ventre quand il a dit qu’il a mal. Ce qui s’est passé c’est horrible. Si ça passait dans le tiers-monde, peut-être. Mais en France ça m’a étonné, vraiment. Juste pour vous dire que ces trucs de violence, si c’est parti même sur un étranger, ca va arriver même aux purs français. (...) [Mon fils] n’a rien voulu d’autre que d'être scolarisé et de vivre quelques années avec son père qui lui manque, puisque il est en France, et il n a pas pu faire venir sa famille à cause de son salaire bas; merci de votre attention, de votre soutien. »

(Oussama: cela est mon histoire, Monsieur, Madame, Mademoiselle, excusez-moi si j’ai mal écrit, il y a des trucs passés que je me rappelle pas pour le moment. Mon souhait c’est de rejoindre mes collègues, mes amis, mes copains, à côté de mon père.

Je vous remercie du fond de mon cœur, là je vous écris et les larmes coulent de mes yeux, ce qui m’est arrivé est horrible, je n’ai fait de mal à personne, au contraire j'ai aimé tout le monde, pourquoi ça m’arrive à moi? Je n’ai pas le droit d'avoir une vie normale comme tout le monde?

Au moins d’être bien traité comme être humain, même si je pars vivre dans un autre pays. De nouveau je m'excuse pour la façon que j'écris, j'espère que j’arriverai à réaliser mon rêve, mais avec vos soutiens. Merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii)

Les intellectuels tordus stigmatisés par le précédent ministre de l'immigration n'ont pas réussi à empêcher cet "éloignement", mais ils sont déjà repartis en campagne pour faire revenir Oussama. Comme ils ont fait revenir Najlae à Clermont-Ferrand Taoufik à Malakoff, Samira à Marseille et quelques autres jeunes étrangers expulsés.

Martine et Jean-Claude Vernier

--

Deux clics: pour les billets récents de Fini de rire et le sommaire complet du blog.

Et un troisième pour être informé par courriel de la mise en ligne des nouveaux billets.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

À la Une de Mediapart

Journal — International
Opération « Sauver Sarko » : un diplomate libyen rattrapé par la justice
Un diplomate libyen en lien avec les services secrets français a été mis en examen pour « corruption de personnels judiciaires étrangers ». Il a reconnu avoir servi d’intermédiaire pour essayer d’obtenir la libération d’un des fils de l’ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi dans le but de servir les intérêts de Nicolas Sarkozy.
par Fabrice Arfi, Karl Laske et Antton Rouget
Journal
Immigration : le discours de Borne entre « fermeté » et « humanité » ne trompe personne
Les députés ont débattu mardi soir des orientations du futur projet de loi. Pas convaincues, les oppositions se sont montrées très divisées.
par Nejma Brahim
Journal
Un projet de loi immigration « aux propositions racistes »
Le projet de loi immigration, porté par Gérald Darmanin, est discuté mardi 6 décembre à l’Assemblée nationale. L’occasion notamment de revenir sur les chiffres de « la délinquance des étrangers » avancés par le chef de l’État et le ministre de l’intérieur. 
par À l’air libre
Journal
Grève à la SNCF : la mobilisation de la base des contrôleurs bouscule les syndicats
Après un premier week-end de grève remarqué, les contrôleurs SNCF menacent de remettre le couvert pour les fêtes de fin d’année si la direction n’accède pas à leurs demandes. Parti d’un collectif « apolitique », ce mouvement déborde les organisations syndicales.
par Khedidja Zerouali

La sélection du Club

Billet de blog
Rap et théorie postcoloniale : sur « Identité remarquable » de Younès Boucif
« Un Arabe qui fait du rap y’a pas grand-chose d’original », rappait Younès dans « J’me rappelle ». Mais quid d’un Arabe qui rappe, joue (au cinéma, au théâtre), écrit des romans, manage et se fait parfois, à ses heures perdues, documentariste ? À l'occasion de la sortie de son album, retour sur la trajectoire d'un artiste aux talents multiples.
par Matti Leprêtre
Billet de blog
Playlist - Post-punk et variants
Blue Monday infini et températures froides bien en dessous de celles d'Ibiza en hiver. C'est le moment idéal pour glorifier le dieu post-punk et ses progénitures art rock ou dark wave, fournisseurs d'acouphènes depuis 1979. Avec Suicide, Bauhaus, Protomartyr, Bantam lyons, This heat, Devo, Sonic Youth...
par Le potar
Billet de blog
L'amour trouvera un chemin
Dans la sainte trinité du jazz, et sa confrérie du souffle, on comptait le Père (John Coltrane), le Fils (Pharoah Sanders) et le Saint-Esprit (Albert Ayler). Il est peu dire que le décès de Pharoah Sanders, le 24 septembre dernier, est une grande perte. L'impact de son jeu, du son qu'il a développé, de ses compositions et de sa quête vers la vérité, est immense.
par Arnaud Simetiere
Billet de blog
Anne Sylvestre : manège ré-enchanté
Tournicoti-tournicota ! On savait l'artiste Anne Sylvestre facétieuse, y compris à l'égard de ses jeunes auditeurs, fabulettement grandis au rythme de ses chansons, alors qu'elle ne cessa pas de s'adresser aussi aux adultes irrésolus que nous demeurons. Presque au point de la croire ressuscitée, grâce à l'initiative de la publication d'un ultime mini album.
par Denys Laboutière