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Billet de blog 11 juin 2010

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Une mémoire qui ne passe pas

Six français devant le tribunal de Pau pour avoir fait savoir au préfet des Pyrénées Atlantiques que certains traitements infligés aux étrangers sans titre de séjour faisaient remonter des souvenirs franco-français vieux de 70 ans. Une opinion interdite d'expression?

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Six français devant le tribunal de Pau pour avoir fait savoir au préfet des Pyrénées Atlantiques que certains traitements infligés aux étrangers sans titre de séjour faisaient remonter des souvenirs franco-français vieux de 70 ans. Une opinion interdite d'expression?

En juin 2008, la capacité d'hébergement du Centre de Rétention Administrative (CRA) de Hendaye, dans les Pyrénées Atlantiques a été doublée, passant de 15 à 30 places destinées à accueillir les étrangers en voie d'expulsion. Il faut nourrir la bête, et pour cela trouver le plus possible d'étrangers à expulser. C'est ainsi que parfois, comme nous le mentionnions dans un précédent billet, on fait flèche de tout bois. Selon la Cimade, "Plus de la moitié des personnes interpellées sont des pèlerins se rendant à Lourdes ". [On trouve en rétention] des personnes en transit, certaines munies d'un billet de ferry ou d'avion pour rentrer dans leur pays d'origine. (...) En général, ces gens ne comprennent pas pourquoi on les retient en France pour ensuite les reconduire à la frontière alors que leur intention était de partir et qu'ils avaient payé pour cela... ".

A vrai dire, pour le préfet du département, tout le monde n'est pas le bienvenu au CRA. C'est ainsi qu'en décembre 2009 le président de la Cimade, l'association chargée du soutien juridique des personnes retenues en vue de leur expulsion, s'en est vu interdire l'accès.

Ainsi que le raconte la Ligue des Droits de l'Homme de Toulon, "en juillet 2008 la famille Kuka, les parents de nationalité albanaise et leurs deux enfants de cinq et sept ans, qui vivait à Pau depuis deux ans, était mise en rétention à Hendaye - Arselio et Anisa ont été les premiers enfants à occuper les locaux de ce CRA. Ils devaient bénéficier d’une libération au bout de quelques jours après une forte mobilisation citoyenne. A la suite de cet épisode, le préfet des Pyrénées Atlantiques a porté plainte contre cinq des citoyens qui lui avaient adressé des courriels en faveur de cette famille". Cette famille, qui était alors demandeuse d'asile, a depuis obtenu le droit de vivre en France.

En fait, ils sont six. Six citoyens et citoyennes de 45 à 68 ans d'un peu partout en France, qui ont tenu à dire leur désapprobation de cet enfermement d'enfants, en des termes jugés insultants par le préfet. Ils parlaient de rafles, de souvenir d'enfants embarqués dans des trains, de méthodes de la Gestapo, d'une obéissance aveugle de sinistre mémoire,...

Comme le souligne Miguel Benasayag, "dans l’histoire, comme aussi dans la vie, comparaison n’est pas raison. (...)

Les six inculpés d’aujourd’hui ont évoqués une corrélation historique et ont comparé certains faits, cela dans le but de déclencher une alarme. (...)

Je tiens à souligner que dans le livre sur RESF écrit avec Angélique Del Rey «La chasse aux enfants» nous exprimions clairement notre désaccord avec la comparaison qui est aujourd’hui en question. Mais personne ne peut en France prétendre que l’on devrait condamner quelqu’un parce que des événements graves d’aujourd’hui lui évoquent les catastrophes du passé".

A l'approche de l'audience, fixée au 10 juin 2010, les soutiens se sont organisés autour des "six de Pau", dans le Val d'Oise, à la FSU (Fédération Syndicale Unitaire), à la FCPE (fédération de parents d'élèves), au RESF, au PS, au PG, ...

A l'audience du 10 juin, le procureur a requis une amende de 1000 euros avec sursis pour chacun. Le jugement sera connu le 12 août.

Martine et Jean-Claude Vernier

P.S. Mercredi 9 juin en soirée, le ministre de l'immigration voulait assister à la représentation de La Walkyrie, de Wagner, ... à l'Opéra Bastille, dont le parvis est occupé par les travailleurs étrangers qui persistent à demander des règles claires donnant droit au séjour. Pour échapper à la confrontation, selon les Inrockuptibles, le ministre est entré dans la salle par une entrée dérobée.

Les plaisanteries plus ou moins amères vont bon train: on rappelle le goût des nazis pour les mythes wagnériens, ou bien on souligne que ce n'est pas l'Opéra de quat'sous de Berthold Brecht et Kurt Weil que l'on donnait ce soir-là .

Pour notre part, nous osons un détournement des Plaideurs de Racine: "Wal-qui-rit mercredi dimanche pleurera", début d'un monologue qui se conclut par "Pour dormir dans la rue on n'offense personne".

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