Tours: migrants dans la tourmente

Fin d'année terrible pour les travailleurs étrangers et les demandeurs d'asile de la bonne ville de Tours. Titres de séjour non renouvelés après des années d'installation, demandeurs d'asile à la rue pistés par la maréchaussée, tentatives d'expulsion à répétition se succèdent.
Fin d'année terrible pour les travailleurs étrangers et les demandeurs d'asile de la bonne ville de Tours. Titres de séjour non renouvelés après des années d'installation, demandeurs d'asile à la rue pistés par la maréchaussée, tentatives d'expulsion à répétition se succèdent.

 

Depuis plusieurs semaines, les alertes et les arrestations d'étrangers se multiplient à Tours.

Le 2 novembre 2011, un couple kosovar et leur petit garçon âgé de 4 ans et demi sont interpellés à la porte de leur lieu d'hébergement. Cette famille, arrivée en France au printemps dernier, avait une procédure de demande d'asile en cours. Transportée vers le Centre de Rétention Administrative (CRA) de Rennes en vue de son expulsion, elle sera libérée le 5 novembre par le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) qui a retenu les trois moyens d'irrégularité soulevés par l'avocat: pas d'interprète lors de l'arrestation, alors que cette interpellation n'avait rien d'improvisé, pas de notification des droits à leur arrivée au CRA en langue albanaise, traitement dégradant pour l'enfant, en précisant que "la place d'un enfant de 4,5 ans était à l'école et non dans un CRA, où les conditions de vie particulières ne sont pas adaptées" notamment en raison de la promiscuité avec les autres retenus. Et, pourtant, le CRA de Rennes est équipé pour recevoir des familles!

Comme eux, monsieur B. arrêté le 25 octobre et monsieur Tumasian, arrêté le 5 novembre, ont été conduits au CRA de Rennes, puis libérés par le juge.

 

Le 10 novembre vers 15 heures, J., un demandeur d'asile était tranquillement installé dans la voiture d’un ami français en compagnie de celui-ci, sur le parking d’une grande surface de Tours-Nord. Ils ont alors vu arriver quatre policiers qui leur ont demandé leurs papiers d’identité. Cette « demande », parfaitement incongrue dans cette circonstance, laisse fortement penser que la police « pistait » J., et connaissait sa situation de « sans papiers » avant même de l’inviter à les suivre au commissariat de Tours, où il est resté, les deux premières heures, sans être ni en garde-à-vue ni placé en rétention… jusqu’à ce qu’à 17 h 15 un arrêté préfectoral le déclare officiellement en rétention administrative.

[Depuis un arrêt de la Cour de Justice de l'UE du 28 avril 2011, le séjour irrégulier ne peut plus, en principe, donner lieu à une garde à vue. La police a quatre heures pour vérifier l'identité de la personne. Il lui arrive d'utiliser ce temps pour obtenir l'arrêté préfectoral qui permettra l'envoi en CRA.]

J. est venu du Congo (RDC) en France en 2003, avec sa mère, fuyant les tortures. A peine arrivés, sa mère meurt sous ses yeux. Il est confié à un foyer de l’ASE (Aide Sociale à l'Enfance). Le suivi de sa demande d’asile est fort déficient, il est une première fois débouté. Malade des suites des tortures subies, il bénéficie du droit au séjour pour soins médicaux... jusqu’au début de cette année, où il est victime, comme tant d’autres, de la nouvelle “politique” de l’Agence régionale de santé, plus préoccupée de s’aligner sur la politique du chiffre que de remplir son devoir déontologique.

Il est membre du Collectif des Travailleurs sans papiers d’Indre-et-Loire (TSP 37). Le 15 novembre, après les tentatives d'expulsion de trois des leurs, un suicide, le non renouvellement de titres de séjour, le TSP37 crie son indignation et sa résolution dans un manifeste que nous avons relayé: C'EST PAS UNE VIE.

"Nous rendre la vie intenable ici, n'est-ce pas la meilleure arme de la machine à expulser ? Car ce que vous appelez « l'aide au retour » (on nous promet jusqu'à 2000 euros), nous n'en voulons pas ! Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi un tel pactole ne nous intéresse pas ? Pourquoi les demandeurs d'asile déboutés ne retournent-ils pas « chez eux » alors qu'on leur promet des poches pleines ? La réponse est très simple : nous ne voulons pas rentrer « chez nous », car nous ne voulons pas y revivre ce que nous avons subi. « Chez nous », maintenant, c'est ici ! "

Un comité de soutien s'est formé autour du collectif TSP37. Dans un communiqué du même jour, il interpelle à son tour le Préfet car, disent-ils, "il importe que les faits décrivant la situation exacte des membres du Collectif ne soient pas constamment travestis à travers la communication officielle de la Préfecture d’Indre-et-Loire."

 

Depuis le 22 novembre, officiellement pour cause de réactivation du Plan Vigipirate, les portes de l'hôpital Bretonneau sont fermées à partir de 18h00. Dans un communiqué, des syndicats du CHU soutiennent qu’il s’agit en réalité d’éviter d'avoir à héberger de ces familles de demandeurs d'asile à la rue cherchant un abri pour la nuit.

 

Le 1er décembre, monsieur N., serbe albanophone, père de trois enfants vivant à Tours, sans toit bien que demandeur d'asile (cf notre billet sur ce sujet), est arrêté alors qu'il allait chercher ses enfants à l'école. Il est en ce moment même en rétention au CRA de Palaiseau (91), menacé d'expulsion.

Le 6 décembre, le Réseau Education Sans Frontières (RESF37 et RESF-Joué) s'insurge: "Depuis plus d’une semaine, des familles avec des enfants scolarisés sont contrôlées, harcelées, menacées – et parfois certains membres sont arrêtés – au seul motif qu’ils résident dans des foyers ou des Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA), que le Préfet a décidé de nettoyer des indésirables étrangers. Les familles osent à peine sortir de leurs appartements, terrorisées par le déploiement des forces de l’ordre aux abords des foyers. On cherche à intimider les visiteurs et les travailleurs sociaux, par des contrôles d’identité injustifiés. Les pères et les mères de famille sont pris en filature sur le chemin de l’école de leurs enfants."

Le 8 décembre en début de matinée, le jeune H. membre d'une famille arménienne migrante, est arrêté par des policiers qui l’attendaient sur son trajet du lycée. Il ne se laisse pas faire, et des coups sont échangés. Ceinturé, le jeune homme ne peut résister à la torsion de ses membres supérieurs et inférieurs, et c’est menotté qu’il est placé en garde à vue au commissariat de Tours. Il est rapidement transféré au CRA du Mesnil-Amelot, où il se trouve actuellement.

Le 9 décembre 2011, dans un dans un communiqué, le SGEN-CFDT Orléans-Tours en vient à appeler "à la désobéissance civique et à la résistance citoyenne" et "à refuser de collaborer avec l’Etat sur des valeurs qui ne sont pas les nôtres".

 

La Touraine, réputée pour sa douceur, n'est décidément pas tranquille. C'est là aussi que l'on trouve les "4 de Tours", poursuivis par un ministre de l'Immigration pour avoir comparé la politique à l'égard des sans papiers aux méthodes administratives de la France de Vichy. Les décisions en première instance étant contestées par la défense comme par le parquet, le procès en appel aura lieu le 16 janvier à 14h. Plus de détails ici.

 

Martine et Jean-Claude Vernier

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