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Billet de blog 14 juil. 2010

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Rroms: voies ouvertes

Un Rrom, c'est un homme (ou une femme, bien sûr). Mais des familles installées sur la même commune depuis dix ans, cela fait tache. Alors, le préfet ordonne leur reconduite à la frontière, puis la destruction de leurs maisons. C'était le camp du Hanul, en Seine Saint Denis.

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Un Rrom, c'est un homme (ou une femme, bien sûr). Mais des familles installées sur la même commune depuis dix ans, cela fait tache. Alors, le préfet ordonne leur reconduite à la frontière, puis la destruction de leurs maisons. C'était le camp du Hanul, en Seine Saint Denis.

Après un sursis de deux mois raconté ICI, la destruction annoncée du camp est accomplie.

"Dans la nuit de mardi à mercredi [6/7 juillet 2010], une voiture banalisée a traversé le camp, et un camion remorquant une pelleteuse s’est garé devant le terrain. « Alors les habitants ont barricadé les deux entrées avec des chariots, des frigos, des caravanes retournées, tout ce qu’ils trouvaient. Juste pour marquer le coup, car ils savaient qu’ils ne résisteraient pas ». Les Roms se sont installés au milieu du camp. Vers 6 heures, des policiers en grand nombre sont intervenus. Tous les Rroms ont été virés, et dans la foulée les pelleteuses ont fait le reste. A 9 heures, toutes les maisons avaient été rasées, et les machines remplissaient les bennes. Dix ans de 150 vies humaines broyées transformées en remblais. Hommes, femmes, vieillards, enfants. Et déjà les pelleteuses creusaient des tranchées pour que le terrain devienne inaccessible (source)."

Le 8 juillet, les expulsés installent des tentes sur le parvis de la basilique. Les soutiens s'organisent autour d'eux. Vers 21h30, les CRS arrivent. Les tentes sont démontées et les Rroms s'éclipsent. Restent quelques dizaines de citoyens qui protestent contre la destruction du camp.

Une video permet de suivre l'action. On voit arriver le car destiné à embarquer les protestataires, puis la nasse épaisse de plusieurs rangs de CRS se refermer sur eux pour les enfourner dans le car.

"En visionnant la vidéo, on pourrait penser que l’arrestation s’est faite sans violences mais lorsqu’on est pris en sandwich par deux groupes de CRS, asthmatique, les suppliant d’arrêter car plus possible de respirer et que pour réponse on vous balance « elle n’est pas plus malade que moi » alors pas de doute c’est de la violence et de la non-assistance à personne en danger. Un gars a été blessé à la main, un autre parce qu’il a voulu prendre des photos du car où se trouvaient les dangereux délinquants que nous sommes, a été violemment monté et jeté à terre dans le car à coups de pieds ce qui a causé une perte de connaissance pour laquelle il a été conduit à l’hôpital."

Arrivés au commissariat de Bobigny, les copains appellent sans désemparer. Finalement on leur répond que les protestataires vont être relâchés. "J'avais demandé aux flics: "En pleine nuit?" - "On n'est pas des bêtes, on va les réacheminer sur leurs piquets".- "Mais y vivent pas sur des piquets! c'est des gensses!" - "Ben en tout cas, on va pas les laisser seuls la nuit dans le 93, et on pourra pas les laisser dormir ici. On les raccompagne". Pas besoin, les voitures des copains commencent à affluer. Ils rentreront par eux mêmes".

Dorénavant,

LES INTERPELLÉS INTERPELLENT

L'ÉTAT, LA MAIRIE et TOUS LES HABITANT(E)S DE SAINT-DENIS

Jeudi 8 juillet, un certain nombre d'habitants, et de militants d'associations, d'organisations politiques et syndicales (RESF, Réseau Solidarité Logement, MRAP, SUD, PCF, NPA, Alternative Libertaire…) animés par des convictions humaines et solidaires sont venus soutenir le camp de réfugiés Rroms dressé en face de la Basilique, les familles étant sans solution de relogement depuis leur expulsion et la destruction du quartier du Hanul où ils vivaient pour certains depuis près de 10 ans.

Aux environs de 21h30, 13 cars de CRS et 10 voitures de police stationnaient sur la place du marché. Nous avons immédiatement interpellé la mairie afin qu'elle demande à la préfecture de renoncer à l'expulsion. Nous lui avons rappelé que les habitants du Hanul, et plus particulièrement les enfants, avaient déjà subi des violences lors de l'expulsion et la destruction du quartier du Hanul le mardi 6 au matin. Nous ne souhaitions pas revivre de telles violences. Plusieurs élus de la majorité, présents sur place ou contactés par téléphone, ne sont pas intervenus.

Aux alentours de 22h, l'opération policière a commencé.

Les familles Rroms ont tout juste eu le temps de fuir, avant que plusieurs dizaines de CRS n'encerclent un petit groupe de 23 soutiens.

Les CRS ont violemment poussé les 23 personnes dans le car, plusieurs personnes ayant pris des coups au passage. Le car a démarré. Arrivé sur la place du marché, le bus a stoppé, et les CRS se sont rués sur un jeune homme parce qu'il prenait des photos. Ils l’ont frappé et jeté dans le car, inerte. Nous avons aussitôt réclamé les pompiers, qui sont finalement venus le chercher au commissariat pour l'emmener à l'hôpital. Ce jeune homme a ensuite été placé en garde-à-vue, puis poursuivi en justice pour entrave au bon déroulement d'une opération policière.

Au commissariat, les 23 autres ont eu droit à une vérification d’identité. La police nous a expliqué que notre interpellation était liée à une manifestation non déclarée. Nous avons ensuite été enfermés dans une cage de garde-à-vue, avant d’être relâchés vers 2h30 du matin.

Le lendemain, nous avons reçu le coup de massue final, en apprenant par la presse que c'était la mairie qui avait demandé l'évacuation, d’après la préfecture.

À ce jour, les familles Rroms sont pourchassées et traquées par la police. Elles ne peuvent se poser à aucun endroit plus de six heures. Parmi elles, une femme vient de subir une opération, plusieurs sont gravement malades et deux enfants sont atteints d'un cancer.

L’Etat met en place une politique systématique de destruction violente des camps des Rroms, d’expulsion du territoire pour certains, et de harcèlement policier pour tous ! Mais les habitants ne disparaissent pas en même temps que leur bidonville ! Ils se retrouvent à la rue, dans une précarité encore plus grande et à la merci du harcèlement policier. La démonstration de force par l’envoi massif et disproportionné de CRS vise à décourager les soutiens et à affirmer une politique systématique de répression.

Les interpellés et tous les soutiens sont en colère. Nous tenons à dire haut et fort : l’intimidation ne marche pas. La mairie ne peut pas continuer à faire la sourde oreille et à mettre en danger les familles et leurs soutiens, se rendant ainsi complice de la politique grotesquement sécuritaire du gouvernement. Elle ne peut pas admettre que des militants soient embarqués pour avoir exprimé leur solidarité, et que le centre ville de Saint-Denis soit transformé en caserne de CRS.

Au contraire, nous lui demandons de prendre position clairement, de soutenir les familles du Hanul et de leur procurer un hébergement d’urgence dans un lieu sécurisé. Un hébergement temporaire et un soutien clair de la mairie sont indispensables pour protéger les familles de la police, leur assurer le minimum vital (un toit, de l’eau). C’est également la condition indispensable pour que tous ensemble, familles, soutiens et municipalité, nous puissions créer un rapport de force avec la préfecture et l’Etat.

Nous souhaitons que Saint-Denis reste une ville où les valeurs de résistance, de lutte contre les discriminations et de solidarité ne soient pas que des paroles en l’air.

Les soutiens interpellés : Loïc Baron NPA, Dominique Begusseau NPA, Clément Bonnin NPA, Marie Annick Butez MRAP, Ludovic Carle citoyen solidaire, Jérôme Castell NPA, Malika Chemmah RESF, Laurent Cima citoyen solidaire, Agnès Cluzel, MRAP, Jean-Claude Cluzel militant communiste, Aurore Laborie Chapiteau Raj'Ganawak, Laure Labrosse NPA, Bastien Lambert Chapiteau Raj'Ganawak, Nils Lefevre NPA, Nouria Ouedda Réseau Solidarité Logement, Goulven Schaal NPA, Lucie T. Réseau Solidarité Logement, Stéphane, SUD , Pierre, Christopher, Agathe, Marie-Prune et Yasmina, citoyens solidaires

Martine et Jean-Claude Vernier

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