Après la mauvaise nouvelle de l'été - l'attaque contre les Rroms, qui d'ailleurs ne faiblit pas, la mauvaise nouvelle de la rentrée: les jeunes étrangers mineurs, ou jeunes majeurs, qui se trouvent seuls en France peuvent de moins en moins compter sur une aide pour trouver protection et hébergement, un minimum pour démarrer une nouvelle vie.

 

Les Rroms, citoyens européens mais sans titre de séjour, et donc sans autorisation de travail, sont 15000 parmi nous. On nous dit que 7000 auront valsé d'ici fin septembre mais, si on se fie aux réalités passées, ils seront bientôt de nouveau 15000.

Les MIE (mineurs isolés étrangers), eux, ne sont que quelques centaines à apparaître chaque année. Ils n'ont pas, ou plus, de famille pour les prendre en charge. Parmi eux des Afghans, des Pakistanais, des Congolais, arrivés à 16 ou 17 ans, parfois plus jeunes encore, ayant fui un danger pressant, ou à la recherche d'un horizon pour leur vie. Qui va leur donner un toit, en dehors de compatriotes compatissants (mais cela n'a qu'un temps, pauvreté faisant loi)? L'Aide Sociale à l'Enfance (ASE), qui relève des Conseils Généraux doit les recueillir et les guider vers une formation, comme elle le fait pour les mineurs isolés français. L'ASE peut poursuivre son soutien jusqu'aux 20 ans du jeune s'il poursuit des études; Ces "contrats jeune majeur" se font de plus en plus rares.

Ce système de protection des jeunes étrangers est dorénavant fortement grippé. Le Conseil Général de Seine Saint Denis a été précurseur dès la rentrée 2011 en se déclarant trop pauvre pour assumer cette protection. Mais depuis plusieurs années on assiste à un rétrécissement général du soutien de l'ASE, trop pauvre elle aussi. Une façon de diminuer la demande est de procéder à des tests d'âge - osseux ou sexuel. Tests dont personne ne défendra la fiabilité, mais qui ont le mérite de permettre de déclarer la personne "âgée de 18 ans ou plus", donc ne relevant pas de la protection des mineurs. Et si l'on vient contester le résultat à l'aide d'un extrait d'acte de naissance, la validité de ce dernier sera alors mise en doute.

Un collectif rennais dénonce l'abandon dans lequel se trouvent une trentaine de mineurs isolés étrangers en Ile et Vilaine:

"Les mineur-e-s isolé-e-s étranger-e-s (MIE) subissent des discriminations racistes et xénophobes.

Sous prétexte de vérification de leur âge, une trentaine de MIE sont laissé-e-s seul-e-s dans des hôtels rennais au lieu d’être placé-e-s dans des structures adaptées.

Dans ces hôtels, les MIE ne sont traité-e-s ni comme des mineur-e-s isolé-e-s ni comme des client-e-s. On les « invite » à se cacher dès qu’un-e client-e blanc-he se présente à l’hôtel. Chaque soir, elles et ils doivent se faire la cuisine et la nourriture fournie n’est pas toujours adaptée à leurs besoins. (...)

On leur promet l’accès à l’école ou à une formation mais rien ne se passe. On ne leur propose rien. (...) On ne les informe même pas de leurs droits en tant que MIE.

Le collectif tient un tableau précis de ce qui est fait ou pas pour 19 d'entre eux qu'ils ont trouvés dans des hôtels, 12 garçons et 7 filles, en possession d'un extrait d'acte de naissance attestant des âges de 15 à 17 ans. Douze ont déjà subi un test physique de minorité: radiographie, pour les garçons, déshabillage imposé et palpation des parties génitales, comptage des dents pour tous. Des pratiques de maquignon. Sans information sur leurs droits de mineurs isolés étrangers, sans accès à l'école, à une formation ou à des activités autres (sport), bloqués dans leurs hôtels sans argent ni titre de transport, ils ont tous un sentiment d'abandon et de peur.

 

Des Services intégrés de l'accueil et de l'orientation (SIAO) ont été mis en place en 2010 pour "mieux répondre aux besoins des personnes en difficulté, mieux réguler les places sur un territoire donné et en améliorer le diagnostic". Il s'agit de structures qui réunissent et chapeautent les associations qui s’occupent du logement.

J. est arrivé en France mineur, il a été pris en charge par l’ASE pour six mois et logé dans un hôtel à Paris. A sa majorité, au mois d’août 2012, il n’a pu avoir un contrat jeune majeur. Fin du soutien de l’ASE, J. se retrouve à la rue. Il est ensuite hébergé quatre semaines dans la péniche de l’Ordre de Malte, quai de Javel. Retour à la rue. On fait appel au SIAO. Mode d'emploi.

"Il faut commencer par ouvrir un dossier pour le jeune, en passant pas l'une des associations participantes. L'ouverture du dossier (nom et date de naissance) peut déjà prendre plusieurs jours pendu au téléphone. Cette ouverture est indispensable pour demander à être logé, mais pas suffisante.

Ensuite, il faut qu'il y ait une place disponible, il peut y avoir plusieurs jours de carence, ce peut ensuite être une seule nuit isolée, sur une ppéniche ou un foyer pour SDF, c'est bruyant et agité, puis dehors à nouveau. Dehors la journée, même si on a deux nuits de suite.

Ce ne sont pas des conditions pour un jeune, encore moins pour un jeune scolarisé. Mais ils perdent, ou on leur fait perdre, de plus en plus leur scolarisation ..."

Nous verrons dans le billet suivant ce qu'il en est de la scolarisation de ces jeunes.

 

Martine et Jean-Claude Vernier

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