Fini de rire
Abonné·e de Mediapart

460 Billets

1 Éditions

Billet de blog 16 mai 2012

Fini de rire
Abonné·e de Mediapart

Les réfugiés oubliés en Tunisie

L'attaque de la Libye en mars 2011 a provoqué la fuite de centaines milliers de personnes de toutes nationalités dans toutes les directions. 3000 personnes qui avaient fui leur pays, puis la Libye en guerre, sont contraintes de vivre depuis un an au milieu du désert, sans perspective claire de réinstallation.

Fini de rire
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L'attaque de la Libye en mars 2011 a provoqué la fuite de centaines milliers de personnes de toutes nationalités dans toutes les directions. 3000 personnes qui avaient fui leur pays, puis la Libye en guerre, sont contraintes de vivre depuis un an au milieu du désert, sans perspective claire de réinstallation.

Nous reproduisons un communiqué de Boats4people, une coordination internationale d'organisations méditerranéennes, européennes et africaines qui s'est constituée pour mettre fin aux morts aux frontières maritimes de l'Union européenne et pour défendre les droits des migrant-e-s en mer.

Martine et Jean-Claude Vernier

Quelles solutions pour les réfugiés oubliés du camp de Choucha (Tunisie) ?

Loin des regards, 3000 réfugiés survivent dans l’attente depuis plus d’un an au camp de Choucha. Ils lancent un appel pour trouver une issue à leur situation.

Déboutés de leur demande d’asile par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ou réfugiés reconnus mais dont la réinstallation dans un autre pays est refusée, ils invoquent un retour au pays impossible. Rester en Tunisie en situation irrégulière ou retourner en Libye, voilà les seules options auxquelles ils sont contraints à court terme.

En 2011, la Tunisie a accueilli des centaines de milliers de personnes en partie via le camp de Choucha. Depuis les arrivées ont cessé et les réfugiés sont oubliés. 2747 personnes sont reconnues réfugiées, 273 ont été déboutées, 156 attendent leur enregistrement et autant ont une demande en cours. Des chiffres dérisoires face aux personnes accueillies en 2011 par la Tunisie et par rapport aux capacités d’accueil d’autres Etats.

Les personnes déboutées de leur demande d’asile

Entre autres Tchadiens, Soudanais, Nigérians, Ivoiriens ou Ethiopiens, ils sont 273. Ils dénoncent ce rejet, invoquant des erreurs de procédure, l’impossibilité de retourner dans leur pays et des délais très longs. Les recours contre les rejets se sont faits sans avoir reçu motivation écrite de ces derniers et contre la même instance qui les a prononcés : le HCR . Difficile alors d’évoquer un réel droit au recours effectif.

Pour le HCR, ces personnes ne sont plus de son mandat. Ainsi, s’ils n’acceptent pas de retourner dans leur pays, ils sont contraints à rester irrégulièrement en Tunisie ou à retourner en Libye – alors même que la plupart est sans passeport. Des solutions qui n’en sont pas.

Reconnus réfugiés mais non réinstallés

Certains réfugiés reconnus par le HCR sont dans la même situation. Leur statut ne leur donne aucun droit à la réinstallation et la Tunisie, en pleine transition, n’a pas encore de loi sur l’asile.

Le programme de réinstallation du HCR n’a eu que peu d’échos et s’est terminé le 1er décembre 2011. 858 demandes ont été acceptées, 1738 demandes restent en attente auprès de différents Etats, 66 sont en cours. La plupart des États imposent des critères stricts à la réinstallation. Les États européens notamment n’ont accepté qu’un faible nombre de réfugiés reconnus par le HCR. 193 autres personnes n’auront pas droit à la réinstallation quoiqu’il arrive, leur demande ayant été enregistrée après la date de fin du programme.

Là-encore, quelles solutions ? Rester dans le camp ou irrégulièrement en Tunisie jusqu’à l’adoption potentielle d’une loi sur l’asile en 2013 ? Ou partir en Libye…

Vers un camp d’enfermement ?

L’absence de solution pour ces personnes entraîne la pérennisation de ce camp qui devait être provisoire, et laisse craindre qu’il ne s’installe pour y placer les réfugiés que personne ne voudrait accueillir.

Ainsi, en mars dernier, 74 Somaliens partis en bateau de Libye vers l’Italie ont été conduits à Choucha par la marine tunisienne. Ces personnes n’étaient jamais passées par Choucha, ni par la Tunisie. De telles pratiques laissent craindre que ce campement ne se transforme en camp d’enfermement des étrangers.

Nous parlons ici de 3000 personnes qui ont fui leur pays puis la Libye en guerre et sont contraintes de vivre depuis un an au milieu du désert. Que représente l’accueil de ces quelques centaines de réfugiés pour les États du Nord ? La crainte de « l’appel d’air » et la lutte contre l’immigration dite irrégulière prend ici toute sa dimension.

Les réfugiés du camp de Choucha demandent l’accélération des réinstallations en cours et à la relance urgente d’un programme de réinstallation, incluant ceux à qui elle a été refusée et ceux enregistrés après le 1er décembre 2011. Ils appellent le HCR à réviser les demandes d’asile déboutées et à fournir des motivations écrites et précises du rejet des demandes afin de permettre un réel droit au recours.

Nous rappelons ici toute notre solidarité et notre soutien aux réfugiés de Choucha et appelons le HCR ainsi que des États susceptibles d’accueillir les réfugiés à faire preuve de solidarité et de volonté politique, au delà des nécessaires programmes de réinstallations, pour proposer des solutions valables. Rester en Tunisie en situation irrégulière ou retourner en Libye ne sont pas des solutions acceptables.

Lundi 14 mai 2012

--

Deux clics: pour les billets récents de Fini de rire et le sommaire complet du blog.

Et un troisième pour être informé par courriel de la mise en ligne des nouveaux billets.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

À la Une de Mediapart

Journal
Immigration : le discours de Borne entre « fermeté » et « humanité » ne trompe personne
Les députés et le gouvernement ont débattu mardi soir, sans voter, des orientations du futur projet de loi sur l’asile et l’immigration, annoncé pour le début 2023. Un texte « équilibré », a vanté la première ministre, sans convaincre les oppositions. Profondément divisées.
par Nejma Brahim
Journal
Projet de loi immigration : « Nous sommes sur des propositions racistes »
Le projet de loi immigration, porté par Gérald Darmanin, est discuté mardi 6 décembre à l’Assemblée nationale. L’occasion notamment de revenir sur les chiffres de « la délinquance des étrangers » avancés par le chef de l’État et le ministre de l’intérieur. 
par À l’air libre
Journal — Politique économique
Comment la Macronie a tourné le dos à la rationalité économique
Alors qu’en 2017, Emmanuel Macron se présentait comme le champion de « l’évaluation des réformes », il fait fi des évaluations scientifiques négatives sur sa politique économique. Désormais, sa seule boussole est sa politique en faveur du capital.
par Romaric Godin et Mathias Thépot
Journal — Fil d'actualités
Allemagne : un réseau d’extrême droite voulait attaquer le Parlement
Une vaste opération de la police allemande au sein de groupuscules d’extrême droite et complotistes a conduit mercredi matin au démantèlement d’une cellule projetant des attentats, et qui visait notamment le Bundestag, la chambre basse du Parlement.
par Agence France-Presse

La sélection du Club

Billet de blog
L'amour trouvera un chemin
Dans la sainte trinité du jazz, et sa confrérie du souffle, on comptait le Père (John Coltrane), le Fils (Pharoah Sanders) et le Saint-Esprit (Albert Ayler). Il est peu dire que le décès de Pharoah Sanders, le 24 septembre dernier, est une grande perte. L'impact de son jeu, du son qu'il a développé, de ses compositions et de sa quête vers la vérité, est immense.
par Arnaud Simetiere
Billet de blog
Anne Sylvestre : manège ré-enchanté
Tournicoti-tournicota ! On savait l'artiste Anne Sylvestre facétieuse, y compris à l'égard de ses jeunes auditeurs, fabulettement grandis au rythme de ses chansons, alors qu'elle ne cessa pas de s'adresser aussi aux adultes irrésolus que nous demeurons. Presque au point de la croire ressuscitée, grâce à l'initiative de la publication d'un ultime mini album.
par Denys Laboutière
Billet de blog
Rap et théorie postcoloniale : sur « Identité remarquable » de Younès Boucif
« Un Arabe qui fait du rap y’a pas grand-chose d’original », rappait Younès dans « J’me rappelle ». Mais quid d’un Arabe qui rappe, joue (au cinéma, au théâtre), écrit des romans, manage et se fait parfois, à ses heures perdues, documentariste ? À l'occasion de la sortie de son album, retour sur la trajectoire d'un artiste aux talents multiples.
par Matti Leprêtre
Billet de blog
Playlist - Post-punk et variants
Blue Monday infini et températures froides bien en dessous de celles d'Ibiza en hiver. C'est le moment idéal pour glorifier le dieu post-punk et ses progénitures art rock ou dark wave, fournisseurs d'acouphènes depuis 1979. Avec Suicide, Bauhaus, Protomartyr, Bantam lyons, This heat, Devo, Sonic Youth...
par Le potar