Algériens de France

Par un ironique effet boomerang, le lien des algériens avec la France, si ancien et si bien tricoté entre les générations, résiste à tous les efforts de cassure par l'ancienne métropole. Une source de souffrance pour des milliers de personnes de toutes conditions, qui ne comprennent pas que leur vie personnelle et familiale se trouve ainsi entravée.

Par un ironique effet boomerang, le lien des algériens avec la France, si ancien et si bien tricoté entre les générations, résiste à tous les efforts de cassure par l'ancienne métropole. Une source de souffrance pour des milliers de personnes de toutes conditions, qui ne comprennent pas que leur vie personnelle et familiale se trouve ainsi entravée.

 

"L'Algérie, c'est la France!" Nous répétait-on à satiété en un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître.

Une "guerre de libération" plus tard, passées les "Trente glorieuses" qui doivent beaucoup au travail de leurs pères, bien des enfants de ces travailleurs immigrés sont devenus des français comme les autres.

Sur l'autre rive de la Méditerranée, chaque famille vivant en Algérie a des proches vivant en France - fils, filles, parents, conjoints; sans oublier oncles, tantes, nièces et neveux. Le mouvement naturel dans ces conditions serait de pouvoir aller et venir, s'installer de ce côté-ci pour un temps ou pour la vie, repartir, revenir.

Mais voilà, ici ils sont étrangers, alors il leur faut un visa pour entrer, et un titre de séjour pour rester.

 

Dans une Enquête sur les pratiques des consulats de France en matière de délivrance des visas dans six pays (Mali, Maroc, Sénégal, Ukraine, Turquie et Algérie), La Cimade indique que c'est en Algérie que le taux de refus de visas est le plus élevé: environ un sur trois, alors que le taux moyen de refus était de seulement un sur dix en 2008 pour l’ensemble des consulats de France à l’étranger.

Aussi, "parler de visas en Algérie quand on vient de France, ce n’est pas juste parler d’un document administratif. C’est parler d’une histoire longue et douloureuse entre deux pays qui sont liés l’un à l’autre, par des liens anciens et complexes".

Les raisons principales avancées par le consulat pour justifier ce fort taux de refus sont

"- le risque (...) médical, qui touche surtout les personnes âgées. Le consulat craint qu’elles ne veuillent venir en France uniquement pour se faire soigner et qu’elles grèvent ainsi le budget de la Sécurité Sociale française;

- et surtout le risque migratoire, dont les critères d’évaluation reposent sur l’âge du demandeur, son insertion professionnelle en Algérie, ses ressources propres et ses demandes antérieures de visas.

« Les jeunes savent très bien qu’ils n’auront pas de visa, du coup ils ne font même pas la demande »."

 

La presse algérienne s'est faite l'écho de la controverse qui s'en est suivie.

Le consul général trouve que le rapport est élogieux parce qu'il reconnaît les efforts d'organisation de son administration.

La Cimade, interrogée par El Watan et soutenue dans son analyse par Le Quotidien d'Oran, le met au défi de prouver la réalité des craintes qui sont mises en avant:

"Je ne sais pas sur quoi repose leur crainte. Ni l’ambassade ni le consul général n’ont des statistiques pour quantifier ce risque migratoire. (...)

D’après la loi française, il y a des possibilités de régularisation, donc des possibilités d’obtention de titre de séjour en France, même si on y est entré clandestinement. (...)

Les Algériens ne comprennent pas pourquoi ils sont traités de cette manière, alors que les liens entre les deux pays sont si forts."

 

[Note: La premiére source citée, Tout sur l’Algérie, se présente comme "le premier quotidien électronique algérien. Lancé en juin 2007, il comptait, début 2010, 300.000 visiteurs quotidiens pour ses deux versions, française et arabe. L’équipe de TSA est constituée d’une dizaine de journalistes, basés en Algérie et en France (ndlr. c'est nous qui soulignons)." Un grand frère de Mediapart?]

 

Nombre d'algériens n'acceptent pas d'être ainsi traités pour une demande de visa, alors ils viennent en France sans la précieuse vignette dans leur passeport.

Cette mère de famille, française, ne parvient pas à comprendre pourquoi sa vieille mère, bénéficiaire de la pension de reversion de son mari, qui fut ouvrier pendant des décennies dans nos chantiers et nos usines, doit vivre chez elle aussi discrètement que possible, faute d'obtenir un titre de séjour.

Ce couple de retraités, visiblement à l'aise et désireux de se comporter en bons citoyens, restent incrédules devant la non-réponse de la préfecture à leur demande de vivre auprès de leur fille, médecin et française.

Les petits-enfants d'anciens combattants de la guerre 39-45 ne comprennent pas qu'on leur interdise de venir tenter leur chance sur le marché du travail en vivant sous la protection d'un oncle ou d'une tante.

Et ceux qui ont fait leur vie ici, dont les enfants ne connaissent que la France, qui attendent les dix ans de présence qui leur vaudront le droit au séjour qui leur rendra la liberté d'aller et de venir, et dont la mère va bientôt mourir là-bas, au bled, comment peuvent-ils comprendre qu'un aller-retour leur soit interdit?

 

Martine et Jean-Claude Vernier

--

Les billets récents de Fini de rire sont ici et le sommaire complet est .

Pour être informé par courriel de la mise en ligne des nouveaux billets, nous contacter .

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.