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Billet de blog 19 déc. 2013

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Un instant de grâce dans un train de banlieue

Non, les Français ne sont pas tous, toujours et partout les ennemis des Roms.

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Chronique du RER, par Evelyne LAURET, de SAVALFERR (Solidarité à Villebon avec les familles et roms et roumaines)

Mardi 17 décembre . 19h 15 quai du RER B gare de Denfert Rochereau.

J’arrive sur le quai du RER, qui est bondé. Les panneaux d’affichage sont à moitié jaunes. Visiblement un incident sur la ligne, le trafic est ralenti, et bla bla bla….

Un train est à quai. Tout le monde veut y entrer - les habitués connaissent. Je reconnais de loin Madame Ripa, puis Merceda et deux hommes (je ne connais pas monsieur Ripa, sûrement l’un d’entre eux).

Madame Ripa est en train d’essayer de faire entrer sa fille dans le train, puis comprend à temps que le train va partir, et les séparer. Vite elle tire Merceda en arrière, les portes se referment sur le manteau de l’enfant; Madame Ripa tire dessus avec rage pour le récupérer, tout ça dans la panique. Finalement elle reste sur le quai avec sa fille et le manteau; mais elle a eu peur et elle crie sa rage et sa peur rétrospective sur le quai. Merceda a de grosses larmes. Je vais les saluer, ils se calment et on attend le prochain train. Entre temps je m’éloigne pour téléphoner à la maison et prévenir de mon retard.

Arrive un second train. Une nouvelle fois la bousculade habituelle. Madame Ripa s’apprête à monter et à ce moment une dame la tire en arrière et lui demande violemment : « Vous avez un ticket ? « Madame Ripa bafouille que non, elle n’a pas de ticket. Dame Vertu la repousse a nouveau et lui dit vertement «  Pas de ticket alors vous ne montez pas dans ce train ». Et elle sort la litanie : des voleurs, ils profitent de nos impots, etc, etc. Vous pouvez imaginer. Pendant ce temps tout le monde essaie d'entrer dans le train, la famille Ripa arrive à s’y glisser, puis d’autres, enfin je monte au moment où les portes se referment. Le train repart. J’entends alors sans la voir la brave dame, forte de son bon droit, qui continue sa litanie anti-Rom, très fort, sûre de trouver des complicités dans la masse humaine environnante.

Soudain son voisin se rebelle et lui demande de se taire. Ce qu’elle ne fait pas. Il réitère sa demande en lui expliquant que si elle veut s’exprimer, elle n’a qu’à voter pour le Front National en mars prochain mais que d’ici-là, elle est priée de se taire. La dame finit par obtempérer et un silence gêné s’installe dans la voiture, silence de plus en plus lourd. On arrive à la station suivante, les portes s’ouvrent et quelques voyageurs descendent. J’en profite pour me rapprocher de la famille Ripa; on attend quelques instants que les portes se referment et, toujours dans ce silence, la dame sort de la voiture, les portes se ferment et le train repart sans elle.

Alors, quelqu’un se lève et cède sa place à Merceda. Merceda s’assoit, relève son petit visage, me fait un sourire, puis regarde autour d’elle avec ce même sourire. Sur son visage, il y avait ce sourire, ses grands yeux noirs et des restes de traces des larmes d’avant. Pour ceux qui connaissent Merceda, vous pouvez imaginer de quoi je parle.

Il y a eu alors dans le RER un instant de grâce et les gens se sont tous souri. Madame Ripa aussi.

Haut les cœurs

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