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Billet de blog 20 nov. 2010

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Le contrôle des migrants par le ministère de l'intérieur, une simple question d'organisation?

Les adolescents étrangers qui suivent le lycée ou apprennent un métier voient le ciel leur tomber sur la tête à leur majorité. Fini pour eux le droit de vivre ici et de se projeter dans l'avenir: l'organisation administrative de leur éjection est très au point.

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Les adolescents étrangers qui suivent le lycée ou apprennent un métier voient le ciel leur tomber sur la tête à leur majorité. Fini pour eux le droit de vivre ici et de se projeter dans l'avenir: l'organisation administrative de leur éjection est très au point. Le RESF a démarré en 2004 autour de ces drames. Il continue à jouer les grains de sable, inlassablement.

Selon les déclarations faites au Sénat le 1er juillet 2009 par le ministre de l'immigration de l'époque, "Des pays toujours plus nombreux se dotent d’un ministère de l’Immigration, dans un souci de cohérence et d’efficacité. L’éclatement des missions entre plusieurs administrations était à l’évidence un mauvais choix. (...)

C’est donc un tout jeune ministère, encore en phase de transition cette année et qui devrait passer en phase de consolidation, en « régime de croisière », dès l’an prochain, ce dont témoignera le projet de budget pour 2010".

Grâce à une maturation express, la filiale du ministère de l'intérieur a pu réintégrer la maison mère, après avoir raflé au ministère des affaires étrangères l'accueil des demandeurs d'asile.

Selon l'AFP (18 novembre 2010), « Comme on lui demandait s'il souhaite qu'un secrétaire d'Etat soit nommé pour l'aider à gérer l'immigration, [le ministre de l'intérieur] a répondu: "ce n'est pas à moi de le demander", "à ce stade, je fonctionne avec ce qui m'a été accordé, c'est une question d'organisation". »

Pour l'expulsion des lycéens et autres jeunes majeurs étrangers, l'organisation tourne bien. Mais le Réseau Education Sans Frontières (RESF) et consorts n'ont cure de la surveillance dont ils sont l'objet et continuent à soutenir et protéger ces jeunes et leurs familles, comme l'illustrent quelques histoires relatées ses jours-ci sur le réseau du RESF.

Yasmina

Yasmina est une Algérienne, majeure et sans papier, «coupable d’avoir voulu étudier dans notre lycée», expliquent les enseignants [du lycée Déodat à Toulouse] qui la soutiennent. Leur mobilisation est son seul recours pour terminer son BTS: «Pouvoir étudier en France doit rester un droit reconnu», insistent-ils.

"Aujourd'hui devant la préfecture, grand rassemblement des élèves de son lycée et des professeurs de Yasmina. L'action était organisée par son comité de soutien qui a fait l'affiche ci-jointe, bravo !

Etaient également présents : Resf31, la Cimade, la LDH, 1 vice-président du Conseil Régional et la représentante d'une autre élue, plus, bien sûr, des citoyens ordinaires, touchés par la situation de cette jeune fille. La pétition qui circulait depuis à peine dix jours a récolté environ 6000 signatures !

Une délégation a été reçue à 15 heures, et à 15h45 , son professeur principal nous annonçait que la PAF (Police de l'Air et des Frontières) n'irait plus frapper à sa porte et ne la rechercherait plus (elle se cachait depuis 15 jours), qu'elle allait avoir son visa et qu'elle pourrait continuer ses études en France !

Nous resterons vigilants, mais aujourd'hui, nous avons gagné !!! Tous ensemble !

Un peu de baume au cœur".

Sarah

"Nous avons accompagné ce matin Sarah, 18 ans, au centre de réception des étrangers (Paris). Elle est arrivée en France à 10 ans et quelques mois [arrivé avant 10 ans, un algérien est automatiquement régularisé à sa majorité, ndlr]. Elle était accompagnée de sa soeur qui avait alors 13 ans. Elle a été recueillie par kafala [forme d'adoption selon le droit coranique, ndlr] par sa tante maternelle (française) à la suite du séisme de 2003; elle y a perdu ses parents et ses trois frères. Elle-même, retirée des décombres, a gardé un déficit auditif...

Nous sommes reparties avec le bien connu "on vous écrira".

Nous avons quand même pu discuter avec la jeune dame du guichet de la raison de cette non-décision: « Si ses parents avaient été en France, il n'y aurait pas eu de problème; s'ils avaient été encore en Algérie, elle aurait eu un refus de séjour. »(sic)"

Une jeune fille angolaise

"Une jeune Angolaise vivant à St Etienne depuis 2007 avec une carte de séjour d'un an se retrouve sans papier car elle n'a pas pu faire renouveler son passeport. Elle a pourtant essayé d'obtenir les papiers nécessaires, mais lorsqu'elle est arrivée à l'ambassade d'Angola, avec ce qui était demandé (obtenu à grand frais d'Angola) , une employée lui a dit qu'un tampon n'était pas bon et a refusé de lui rendre son papier.

Résultat: la préfecture refuse de lui renouveler sa carte de séjour pensant qu'elle n'a pas fait les démarches nécessaires. Pour obtenir à nouveau le papier d'Angola, il faudrait beaucoup de temps, et sa carte a expiré en octobre (la préfecture l'avait déjà prolongée pour six mois). Cela lui pose déjà d'énormes problèmes: elle risque de perdre son travail, elle ne va pas pouvoir faire une formation pour la préparation au concours d'aide-soignante, elle n'a pas pu obtenir un nouveau logement ..."

Hassan

"Hassan a 20 ans. Il est arrivé à 16 ans en France, où il a été hébergé par sa sœur aînée et son mari à Montpellier. D’abord scolarisé il a ensuite cherché du travail. Une promesse de contrat de travail devait lui permettre de compléter sa demande de titre de séjour. Son arrestation, le jeudi 30 septembre, à Millau, dans l’Aveyron, ne lui a pas laissé le temps de déposer son dossier. (...)

Hassan a finalement été embarqué sur un bateau au départ de Sète, le Samedi 30 octobre. Nous ne l'avons pas revu ; le voyage s'est assez bien passé, il a pu circuler pendant la traversée ; il a été mis en garde à vue à l'arrivée. Il est passé devant le juge le lendemain et a pu sortir, pour se rendre à Rabat, où il loge en ce moment.

Hassan est très affecté par tout ce qui lui est arrivé; il a du mal pour l'instant à envisager son "avenir". C'est ainsi que les autorités françaises, après avoir offert aux jeunes étrangers un accès à l'école pour leur formation, les renvoient d'un coup de pied, sous prétexte de leur donner l'occasion de retrouver "leur famille". Mais pour Hassan, sa famille, elle est ici... C'est ici que sont ses amis, c'est ici qu'il a vécu son adolescence."

Nous nous battrons maintenant pour qu'il puisse revenir en France. Ce sera long et difficile et nous ferons peut-être à nouveau appel à vous."

Moustapha

"Moustapha a 17 ans, il est né en Guinée où sa maman avait préféré retourner pour accoucher. Arrivé en France à quelques semaines, il a fait toute sa scolarité à Belleville : maternelle, primaire, collège Voltaire, et il était attendu au Lycée Pierre Lescot en septembre 2009.

En juillet 2009, il est parti avec sa famille en vacances voir ses oncles et ses tantes en Guinée. Peu au courant des formalités administratives, sa maman n’a pas fait de demande de carte de circulation pour Moustapha, qui se retrouve bloqué en Guinée.

Jusqu’à présent, en novembre 2010, toutes les démarches de sa famille sont restées vaines pour que l’ambassade de France lui délivre un visa de retour et qu’il puisse rejoindre Paris où ses deux sœurs aînées françaises, son père et sa mère tous deux en possession d’une carte de résident, l’attendent.

Moustapha est chaque jour qui passe de plus en plus déprimé."

Etc, etc...

Martine et Jean-Claude Vernier

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