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Billet de blog 21 févr. 2010

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Casse-toi! Fissa!

Cette lycéenne du Loiret était couverte de bleus quand elle s'est présentée à la gendarmerie pour porter plainte contre son tortionnaire, mais elle n'avait pas de titre de séjour. Elle a aussitôt été expulsée vers le pays qu'elle avait fui à 14 ans pour échapper à un mariage forcé!

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Cette lycéenne du Loiret était couverte de bleus quand elle s'est présentée à la gendarmerie pour porter plainte contre son tortionnaire, mais elle n'avait pas de titre de séjour. Elle a aussitôt été expulsée vers le pays qu'elle avait fui à 14 ans pour échapper à un mariage forcé!

Mohamed, lycéen à Colombes (92) en France depuis l’âge de 13 ans, expulsé le 23 janvier suite à un contrôle d'identité dans les transports en commun, va pouvoir reprendre le cours normal de sa vie: le ministère de l'immigration a promis la délivrance d'un visa long séjour après une mobilisation de ses copains et du RESF.

Salima, lycéenne à Clermont-Ferrand (63), elle aussi en France depuis l’âge de 13 ans, expulsée le 4 février suite à une arrestation à son domicile, a bénéficié d'une mobilisation exceptionnelle des associations et des élus du Puy de Dôme. Malgré des assertions calomnieuses du ministre, le préfet a finalement accepté son retour et renoncé à faire subir le même circuit expulsion-rapatriement à sa jumelle, qui avait échappé à l'arrestation.

Pour Najlae, c'est double ration: battue et expulsée. Par une procédure express permettant de zapper le recours à la justice prévu par la loi.

Message du RESF du Loiret, le 20 février à 10h33

"Nous venons d'apprendre l'expulsion express par la préfecture du Loiret d'une jeune lycéenne dont nous ne connaissions pas la situation. Tout c'est fait en même pas 24h. Nous mettons en place la réaction, en liaison avec Resf Maroc.

Najlae, 19 ans, élève en lycée professionnel à Olivet (Loiret) a été expulsée ce matin vers le Maroc.

Il y a cinq ans son père veut la marier. Sa mère lui dit de partir chez son frère en France.

Mais celui-ci la maltraite régulièrement. Mardi dernier les violences atteignent un degré extrême et Najlae se réfugie chez la mère d’une amie d’internat.

Vendredi 19 février, Najlae se rend à la gendarmerie de Châteaurenard, près de Montargis, pour porter plainte.

Elle a un gros hématome à l’œil, le nez enflé, des hématomes importants sur le dos, l’épaule, la cuisse, la main.

Les gendarmes la placent en garde à vue à 15h30. En fin de soirée elle est conduite en rétention, les gendarmes ne veulent pas dire où.

A 4 heures ce matin, elle appelle ses amis pour leur apprendre qu’elle prendra l’avion pour Casablanca à 7h35.

Najlae ne veut pas retrouver sa famille au Maroc car elle sait depuis peu qu’elle est destinée à être mariée à un cousin.

Najlae doit revenir en France le plus vite possible et reprendre ses études.

La justice doit donner suite à sa plainte.

La France doit la protéger !"

La jeune fille avait sans doute commis l'erreur de se rendre à la gendarmerie avec son passeport pour attester de son identité.[Correction du 23 février, au vu du communiqué de presse du RESF45: les gendarmes l'ont obligeamment accompagnée chez son frère "pour récupérer ses affaires"... et son passeport, bien sûr!] Un passeport est un titre de voyage, et pas une pièce d'identité. Par contre, une fois en possession du passeport, les forces de l'ordre ont juste besoin d'un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF) et de billets d'avion pour l'étranger et son escorte pour l'expulser. Avec un préfet efficace et une bonne agence de voyages, une personne mise en garde à vue à 15h30 dans le Loiret peut être dans l'avion de Casablanca à 7h30 le matin suivant. Le recours au juge des libertés et de la détention (JLD) n'est possible qu'après 2 jours de rétention (5 jours dans le projet de loi du ministère de l'immigration).

Nouveau message du RESF du Loiret, le 21 février à 01h13

"L'oncle d'une amie de Najlae (la famille qui l'a accueillie) a pris l'avion pour le Maroc de manière à arriver avant elle. Pour l'instant elle est encore retenue par les autorités. Voir le reportage de France 3 Région Centre."

Un tel redoublement de "punition" est malheureusement loin d'être exceptionnel. La Cimade lance une Manifestation virtuelle contre la double violence du 10 février au 28 mars, appelant les élu-e-s locaux et les parlementaires à s'engager pour une véritable protection des femmes étrangères victimes de violences. En effet, "pour les femmes étrangères, une violence peut en cacher une autre. Aux violences qu’elles peuvent subir en tant que femmes – dans leur pays d’origine, pendant leur exil ou en France - s'ajoute trop souvent la violence de l’administration française parce qu'elles sont étrangères. Ne faisons ni une ni deux : exigeons une véritable protection."

26 février 2010: bakchich.info publie un entretien avec Najlae à Casablanca

Martine et Jean-Claude Vernier

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