La croyance est-elle compatible avec la démocratie?

Le ministre de l'Intérieur fait mine de s'inquiéter: "l’islam est[-il] compatible avec la démocratie (sic)"? On peut surtout poser cette autre question: la traque de familles géorgiennes, arméniennes ou tchétchènes exilées en France, la persécution des couples franco-étrangers, la poursuite des roms de squat en campement, ou l'encouragement à l'emploi au noir de travailleurs auxquels on refuse un titre de séjour sont-ils compatibles avec la civilisation? Reste le mystère de la foi de ces migrants, qui perturbe souvent la relation avec "l'autre étranger".

Le ministre de l'Intérieur fait mine de s'inquiéter: "l’islam est[-il] compatible avec la démocratie (sic)"? On peut surtout poser cette autre question: la traque de familles géorgiennes, arméniennes ou tchétchènes exilées en France, la persécution des couples franco-étrangers, la poursuite des roms de squat en campement, ou l'encouragement à l'emploi au noir de travailleurs auxquels on refuse un titre de séjour sont-ils compatibles avec la civilisation? Reste le mystère de la foi de ces migrants, qui perturbe souvent la relation avec "l'autre étranger".

Nombre des personnes qui se sont engagées dans le grand voyage vers l'Europe sont croyantes. Selon leur origine culturelle, ils seront chrétiens d'Orient, évangélistes, orthodoxes, musulmans, bouddhistes,... La foi les a sûrement soutenues dans leur détermination. Vivant maintenant dans un pays attaché au caractère privé de la religion, c'est avec le temps et quand la confiance s'est suffisamment établie, qu'au détour d'une phrase, souvent une phrase d'espoir, affleure cette source de leur résilience, qu’elles ne cherchent pas à afficher mais qu'elles ne sauraient taire

Lors des différents épisodes de la grève des travailleurs sans papiers, nous étions souvent réunis à parler et argumenter durant de longues journées et de longues soirées. Les grévistes se mettaient alors à l'écart pour prier, souvent sur un drapeau de la CGT en guise de tapis de prière.

Lors des petits matin de l'un des piquets de grève du mouvement des travailleurs sans papiers, nous discutions très vivement, de ce qui nous choquait des relations entre les hommes et les femmes et des sociétés patriarcales justifiées par les religions juives, chrétiennes, musulmanes, animistes, et contre lesquelles nous sommes loin d'avoir fini de nous battre. Combien d'années, en effet, ont séparé la Révolution Française de l'accès aux droits fondamentaux et droits civiques pour les femmes : droit de vote, droit au divorce, libre maternité ?

Nous savons bien hélas qu'il nous reste beaucoup de chemin à parcourir.

Nous nous sommes respectés dans nos différences, avec un fond de souffrance de part et d'autre de ne pouvoir vraiment partager. Appuyés que nous étions avec des accents divers, les uns sur la foi aussi puissante que leur force de combat pour leurs droits, les autres avec la conviction de se battre pour la liberté, l'égalité et la fraternité.

Il n'est question ici ni de prosélytisme ni de d'intégrisme. Un jeune Mauritanien de notre connaissance a vécu quelques années à Trappes, la ville des Yvelines où avait été soigneusement fanatisé le jeune musulman qui attaqua en mai 2013 un soldat dans le quartier de La Défense. Peu après son arrivée, il avait fait l'objet d'une tentative de cet ordre. Il raconte: "ils sont venus me dire qu'il fallait me préparer au djihad contre les incroyants. Je leur ai répondu: oui, je suis musulman mais j'aime l'Occident. Ils ont insisté, ils sont revenus plusieurs fois. La dernière fois ils étaient quatre et ils étaient menaçants. Mais je leur ai fait comprendre qu'ils perdaient leur temps".

Y a-t-il vraiment plus de naïveté à faire confiance à une personne qui prend ses responsabilités qu'à s'en laisser imposer par des slogans? Slogans qu'alimente la fermeture de notre monde politique à "l'étranger".

 

Martine et Jean-Claude Vernier, Elisabeth Zucker-Rouvillois

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