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Billet de blog 21 sept. 2015

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Comment vivre le traumatisme de la migration dite illégale ?

Prenez une personne « comme vous et moi » ; projetez-la dans l'enfer de la migration vers un pays qui la rejette ; supposez que, pour des raisons qui lui appartiennent, elle ne puisse en aucun cas rebrousser chemin. Quelles conséquences psychiques et comportementales peut-on attendre ?

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Prenez une personne « comme vous et moi » ; projetez-la dans l'enfer de la migration vers un pays qui la rejette ; supposez que, pour des raisons qui lui appartiennent, elle ne puisse en aucun cas rebrousser chemin. Quelles conséquences psychiques et comportementales peut-on attendre ?

 Nous transmettons la parole d'une accompagnatrice de longue date d'étrangers en quête de séjour régulier, qui nous fait part de certains de ses constats et réflexions.

Martine et Jean-Claude Vernier

***

Les étrangers sont des gens comme les autres, gentils ou cons, violents ou calmes, ni plus ni moins que les natifs. Cela dit, on peut souligner deux choses qui paraissent basiques mais qu'il faut souvent répéter:

a) que la misère et la violence qui leur sont imposées empêchent parfois de penser et n'arrangent pas les caractères ;

b) que toutes les lois liberticides permettent que les violences que les hommes exercent les uns sur les autres se déploient avec plus d'ampleur puisque souvent impunies ou niées : détruire les jungles empêche les migrants de s'organiser contre les passeurs ; renforcer les empêchements de voyager donne toute latitude aux trafiquants. Cette violence, on le sait, s'exerce en premier lieu sur les femmes, sous toutes les formes que l'on connaît.

J'ajouterai un troisième point plus délicat : les difficultés liées aux papiers, la dureté des conditions de voyage et de vie masquent parfois des problèmes plus ... disons plus personnels auxquels ceux qui sont dans ces situations de peur et de précarité extrêmes n'ont pas le loisir de réfléchir. Quelque fois on ne comprend pas que certaines personnes ne suivent pas nos conseils pourtant dûment pesés, ou bien fassent ce qui nous parait relever du absolument n'importe quoi, ou obéir à une logique incompréhensible pour nous - nous qui sommes les "gentils", bien sûr totalement à l'abri  de toutes pensées néocolonialistes et dépourvus de sentiments de supériorité, évidemment, rigoureusement à l'abri de toute critique...

L'empilement des lois et circulaires, le côté "ancien régime" des préfectures et l'aspect "république bananière" de notre joli pays, l'ubuesque tragique des traitements favorisent aussi toutes les constructions mentales aberrantes et la propagation des rumeurs, bref la vie de sans papiers, ce n'est pas bon pour la santé mentale et la prise en charge raisonnée de son existence.

Comme le disait un psychiatre de ma connaissance :"Il faut reconnaître qu'il y a des vécus traumatisants." 

N.B. Marx avait noté au 19ème siècle le taux effroyablement élevé de maladie mentale chez les "Irish Navigators", irlandais immigrés illégaux en Grande Bretagne chargés notamment de construire le dense réseau ferré dont le pays se dotait à l'époque. Voyageant en bandes, sans hébergement fixe, au gré des chantiers et de l'avancement des lignes, effectuant un travail harassant, parfois non payés, obligés de vivre de charité, de larcins et de débrouille, constamment à la merci des autorités, ils étaient nombreux à sombrer dans l'alcoolisme et la démence.

Marie-Cécile Pià

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