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Billet de blog 22 sept. 2012

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La rétention des étrangers: choses vues

Les équipes de juristes présentes dans les centres de rétention proches des aéroports de Paris-Charles De Gaulle et de Toulouse témoignent de situations extrêmes vécues par des étrangers menacés d'expulsion. Un tragique confinant au cocasse, qui illustre une "politique de l'immigration" qui réjouirait le Père Ubu.

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Les équipes de juristes présentes dans les centres de rétention proches des aéroports de Paris-Charles De Gaulle et de Toulouse témoignent de situations extrêmes vécues par des étrangers menacés d'expulsion. Un tragique confinant au cocasse, qui illustre une "politique de l'immigration" qui réjouirait le Père Ubu.

Voici deux lectures roboratives qui permettent de voir dans ses conséquences ultimes ce qui prétend être une politique de maitrise des flux migratoires. Dans les centres de rétention administratives (CRA), l'humain semble ne plus exister. Prime la multiplication des procédures en vue de coller à des objectifs fantasmagoriques. A Toulouse, les juristes parlent de Planète CRA, ceux du Mesnil-Amelot (aéroport Charles De Gaulle) déclinent des Crazettes. Extraits.

"Port des menottes à l’hôpital. Même mal en point, les étrangers sont considérés comme dangereux : un homme, conduit aux urgences pour de vives douleurs au ventre, reçoit les soins menotté et escorté, sans interruption, de quatre policiers."

"Enfermé en centre de rétention l’avant-veille de son mariage. Une nouvelle illustration du mépris de la vie privée des étrangers sans papiers : Monsieur O arrive au centre deux jours avant la célébration de son mariage. La préfecture refuse de l’extraire à titre exceptionnel pour être présent à son mariage. Il est libéré par le juge administratif trois jours après la date de célébration prévue."

"CRA vailler en rétention.

J’ai débarqué sur la planète CRA de Toulouse/Cornebarrieu dans le courant du mois de juillet.

La privation de liberté est une violence. L’empêchement de jouir de ses droits humains en est une autre, plus grande encore peut-être. Je m’étais donc préparée à vivre mes journées de Cravail dans un cadre tendu, difficile.

Mais rien de violent ne s’est présenté à mon arrivée. La violence est apparue doucement sous une forme inattendue, insidieuse.

Le climat au CRA de Toulouse est, actuellement, plutôt « paisible ». Nos relations avec la police sont courtoises. L’établissement est globalement propre, des habits sont fournis aux retenus qui n’en n’ont pas, puis régulièrement lavés, des repas servis trois fois par jour... Lorsqu’ils veulent nous rencontrer, les retenus n’en sont pas empêchés. (...)

Toutefois, une autre violence est là. Pas de celles qui se manifestent (à ce jour) à coups de poings ou à coups de pieds. Ce doit être, finalement, la violence propre aux démocraties avancées : des règles existent ainsi que des lois qui protègent les personnes, des recours, des avocats, des aides juridictionnelles, des « Cimades »… Pourtant, l’arbitraire, l’abus de pouvoir, l’injustice rôdent comme à l’affût d’un mauvais coup. Et une violence, pernicieuse, s’immisce dans la vie des retenu-e-s et, au passage, dans la nôtre. Elle prend notamment la forme d’une sorte de non-droit dans un contexte pourtant totalement judiciarisé. Ou plutôt de droits-réduits, de droits-à minima, de droits pour les sans… jusqu’au droit-à minima de se marier, de vivre auprès des siens, d’être protégé…

Je pense, bien sûr, à monsieur Djibril, que la préfecture et la police ont mis beaucoup d’énergie (et de forces) à tenter de faire partir, la veille de son mariage… Au point que les « victoires » juridiques remportées n’ont pas fait le poids face aux violences reçues : détruits par les émotions contradictoires, épuisés par le combat mené pour la liberté, brisés par la honte que produisent de telles situations, sa (future) femme et lui n’ont pas eu la force de faire face au beau mariage prévu, en dépit des invités venus de loin et des grosses dépenses engagées pour la fête.

Je pense également à monsieur Kymia, parti depuis presque 30 ans de Kinshasa et que l’on a réveillé au petit matin pour l’y renvoyer sans risquer d’agitations, ni au CRA, ni à l’aéroport.(...) La justice a considéré que ses enfants, français, n’avaient pas besoin de lui : ils sont adultes et ils travaillent… Qu’il ait réussi l’intégration de ses enfants à notre belle Nation n’a pas pesé dans la balance. (...)

Mais s’arrêter là serait mentir par omission, car Cravailler en rétention, c’est faire notre possible pour promouvoir les droits humains, pour oeuvrer en faveur de la liberté des citoyens d’ici et d’ailleurs. De fait, en dépit de ce que je viens de décrire, j’ai le sentiment d’avoir de la chance de Cravailler là ! Oui, oui… la chance de faire quotidiennement quelque chose qui a du sens, la chance d’allier engagements personnels et professionnels.

Et aussi, il faut dire que Cravailler en rétention, c’est recevoir le sourire éclatant de monsieur Meykandan qui quitte le CRA pour retourner à la liberté et non vers le Sri Lanka devenu trop dangereux pour lui, c’est aussi la poignée de main de monsieur Karim venu nous remercier avant de partir et nous charge de remercier nos collègues absents…"

"Au coeur de l’actualité. L’actualité française s’immisce jusque dans l’enceinte du CRA du Mesnil-Amelot, où se seront succédé ces dernières semaines Messieurs Sarkosy, Merah et Ekolo. A noter que tandis que Monsieur Merah a été libéré par le juge administratif, Monsieur Sarkosy, ressortissant roumain, a bien été expulsé !"

Au CRA de Marseille, la violence est beaucoup plus crue, nous nous en faisions l'écho il y a peu.

Et à Mayotte, le corps du bébé mort au CRA le 15 août dernier a été oublié à la morgue, sans mesure de conservation.

Martine et Jean-Claude Vernier

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