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Billet de blog 22 oct. 2014

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Si notre parole s'éteint, qui la prendra après nous?

Refusant le choix entre exploitation par des mafias et expulsion du territoire, des travailleurs sans papiers asiatiques et africaines revendiquent sans relâche le droit de vivre de leur travail, comme tout le monde

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Refusant le choix entre exploitation par des mafias et expulsion du territoire, des travailleurs sans papiers asiatiques et africaines revendiquent sans relâche le droit de vivre de leur travail, comme tout le monde

Les urgences inhabituelles se bousculent cette semaine parmi les étrangers. Que choisir pour ce billet?

La recrudescence des arrestations et tentatives d'expulsion liées à la campagne européenne de traque Mos maoirum?

Ou bien l'initiative inédite de la FIDL (Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne), soutenus par le RESF et l' ADJIE (Accompagnement et défense des jeunes isolés étrangers) d'alerter sur la précarité des lycéens étrangers mineurs qui dorment à la rue, exclus de la protection que devrait leur assurer l'État? Après avoir hébergé une douzaine d'entre eux dans les locaux parisiens de leur mouvement, ils ont obtenu un engagement de prise en charge par la Ville de Paris, suppléant provisoirement l'État défaillant.

Plus inédit encore sera notre sujet du jour: les 18 coiffeuses et coiffeurs du 57 boulevard de Strasbourg à Paris sont convoqués devant le Tribunal de Grande Instance, où ils risquent fortement d'être expulsés du local qu'ils occupent. Quinze d'entre eux sont toujours sans titre de séjour, mais ils étaient jusque-là protégés par leur grève. Ils seraient alors rejetés dans l'ombre et la clandestinité, et pourraient à tout moment être expulsés du territoire national.

L'histoire, aussi symptomatique que violente, remonte au 23 mai 2014, quand les employés d'un salon de coiffure-manucure du quartier bigarré de la station de métro Château d'Eau ont décidé d'occuper leur atelier pour obtenir des conditions de travail et de salaire légales. Rançonnés sur leurs gains par le gérant, souvent même pas payés, non déclarés, sans fiches de paie, ils se sont unis pour obtenir des conditions décentes. La plupart sont dénués de titre de séjour. Ils appellent la CGT à la rescousse. Après quinze jours de grève, ils obtiennent ce qu'ils exigeaient: un contrat de travail, le paiement de salaires en retard et des fiches de paie.

Fin juillet, ils apprennent la liquidation de la société. Ils occupent alors les locaux de leur lieu de travail en action de protestation. Mais ce nouveau mouvement de grève n’est pas au goût du liquidateur qui saisit le tribunal pour exiger leur expulsion. La juge en décide autrement, qui autorise provisoirement la poursuite de l'occupation: c'est l'objet de la nouvelle audience en référé qui aura lieu le 23 octobre.

En août, ils portent plainte pour traite des êtres humains. Malgré les intimidations quotidiennes des exploitants des salons du quartier Château d’Eau, toutes et tous sont déterminés à dénoncer le système basé principalement sur le travail dissimulé et le recrutement de personnes en situation de vulnérabilité, à des fins d'exploitation et dans des conditions contraires à la dignité humaine.

La situation s'envenime avec, en septembre, des menaces de mort proférées contre deux syndicalistes et un militant politique. Selon un communiqué de la CGT de Paris (17 septembre 2014), depuis le 24 juillet, date à laquelle les coiffeurs et manucures ont décidé d’occuper leur salon jour et nuit suite à sa liquidation judiciaire, nous n’avons cessé d’alerter les autorités quant à la montée des pressions et des menaces vis-à-vis des grévistes et des militants qui les soutiennent dans ce quartier dirigé par des patrons « mafieux ». Il serait temps que la Préfecture de police et le ministère de l’intérieur prennent conscience de la gravité de la situation et prennent les dispositions nécessaires pour protéger les salariés, notamment en leur délivrant un titre de séjour qui leur permettra de sortir de la clandestinité.

Le collectif des cinéastes pour les "sans-papiers", qui se bat pour contre la traite des êtres humains, au nom de la dignité humaine. alerte et interpelle à son tour responsables et ministres. Devant l'indifférence qui leur est opposée, ils réalisent un nouveau film, Les 18 du 57, Boulevard de Strasbourg et lancent le 22 octobre une pétition et une campagne* pour la régularisation immédiate de ces salariés. La campagne est lancée, via toutes les plateformes de partages, réseaux sociaux... Le film/manifeste sort le même jour dans des centaines de cinémas en France.

La bataille de ces dix-huit courageux migrants met en lumière avec force tous les ingrédients de l'immigration à la française. En réponse à la recherche de protection qui pousse les gens hors du pays natal, des employeurs-exploiteurs interchangeables, une police qui tantôt laisse faire et tantôt sort les crocs, les organismes de contrôle du travail pris entre lutte contre les emplois dissimulés et des impossibilités légales absconses, le préfet empêtré dans des règles de régularisation plus que fermées et la crainte du fameux "appel d'air", le juge aux prises avec des impératifs incompatibles, avec des syndicats et des mouvements qui se démènent pour maintenir du lien dans ce fatras absurde qu'on appelle "maîtrise des flux migratoires" sous les ors de la République.

* Premiers signataires : Lionel Abelanski, Mona Achache, Mathieu Amalric, Michel Andrieu, Stéphane Arnoux, Cynthia Arra, Myriam Aziza, Josiane Balasko, Jeanne Balibar, Tina Baz, Frank Beauvais, Fadila Belkebla, Grégoir Bénabent, Rahma Benhamou El Madani, Luc Béraud, Diane Bertrand, Julie Bertuccelli, Martin Bidou, Simone Bitton, Dominique Blanc, Nicolas Bouaziz, Laurent Bouhnik, Stéphane Brizé, Isabelle Broué, Bénédicte Brunet, Mikaël Buch, Yvan Calberac, Robin Campillo, Sonia Cantalapiedra, Laurent Cantet, Jean-Michel Carré, Judith Chemla, Laurent Chevallier, Malik Chibane, Patrick Chiha, François Chilowicz, Hélier Cisterne, Jean-Paul Civeyrac, François Cluzet, Clément Cogitore, Jean-Louis Comolli, Antony Cordier, Catherine Corsini, Costa-Gavras, Anna Da Palma, Marie de Laubier, Émilie Deleuze, Antoine Desrosières, Mati Diop, Marie Donnio, Christine Dory, Ariane Doublet, Karim Dridi, Bernard Dubois, Marie Dumora, Jean-Pierre Duret, Nadia El Fani, Nicolas Engel, Philomène Esposito, Abbas Fahdel, Frédéric Farrucci, Léa Fehner, Pascale Ferran, Emmanuel Finkiel, Stéphane Foenkinos, Marina Foïs, Dan Franck, Isabelle Gely, Denis Gheerbrant, Khaled Ghorbal, Thomas Gilou, Elise Girard, Stéphanie Girerd, Gabriel Gonnet,Yann Gonzalez, Romain Goupil, Tom Harari, Esther Hoffenberg, Jean-Pierre Igoux, Daniel Jaeggi, Agnès Jaoui, Stéphanie Kalfon, Sam Karmann, Marthe Keller,Yannick Kergoat, Cédric Klapish, Héléna Klotz, Gérard Krawczyk, Philippe Laïk, Claude Lanzmann, Clara Laperrousaz, Eric Lartigau, Yann Le Gal, Philippe Le Guay, Louis-Do de Lencquesaing, Sarah Léonor, Didier Le Pêcheur, Serge Le Péron, Pierre Oscar Levy, Sébastien Lifshitz, Julie Lopes Curval, Olivier Lorelle, S. Louis, Tony Marshall, Patricia Mazuy, Driss Meddens, Bania Medjbar, Ursula Meier, Agnès Merlet, Benjamin Mirguet, Dominik Moll, Jean-Marc Moutout, Stéphanie Murat, Charles Najman, Anna Novion, Valérie Osouf, Mariana Otero, Christophe Otzenberger, François Ozon, Thierry de Peretti, Monique Pérez, Laurence Petit-Jouvet, Nicolas Philibert, Gilles Porte, Manuel Pradal, Joana Preiss, Martin Provost, Katell Quillévéré, Alain Raoust, Sandrine Ray, Michèle Ray-Gavras, Aurélien Recoing, Chantal Richard, Sandrine Rinaldi, Jane Roger, Bruno Rolland, Brigitte Roüan, Christophe Ruggia, Mahamat Saleh Haroun, Céline Sallette, Matthieu Salmon, Pierre Salvadori, Lucia Sanchez, Céline Sciamma, Dorothée Sebbagh, Olivier Sigaut, Claire Simon, Abderrahmane Sissako, Jan Sitta, Patrick Sobelman, Carine Tardieu, Bertrand Tavernier, Nils Tavernier, Pascal Tessaud, Pascal Thomas, Marie-Claude Treilhou, Marie Vermillard, Marion Vernoux, Karin Viard, Frédéric Videau, Régis Warnier, Rebecca Zlotowski, Erick Zonca.

Martine et Jean-Claude Vernier

Chez votre libraire Être étranger en terre d'accueil, 77 regards sur l'immigration.

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