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Billet de blog 23 mai 2012

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Etrangers: un test d'intégration original

Prenez 170 entreprises du bâtiment sur un gros chantier. Secouez bien au commissariat les centaines d'ouvriers interpellés: vous récoltez quelques "sans-papiers" que vous pouvez, au choix, expulser (comme avant) ou régulariser comme travailleurs intégrés, pour changer un peu.

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Prenez 170 entreprises du bâtiment sur un gros chantier. Secouez bien au commissariat les centaines d'ouvriers interpellés: vous récoltez quelques "sans-papiers" que vous pouvez, au choix, expulser (comme avant) ou régulariser comme travailleurs intégrés, pour changer un peu.

Coup de chaud en région parisienne mardi 22 mai à la mi-journée: on apprend qu'il y a eu le matin même une descente de police sur un chantier d'Issy les Moulineaux (Hauts de Seine). Une soixantaine d'ouvriers ont été embarqués au commissariat de la ville. Parmi eux de nombreux travailleurs sans papiers. Commencent alors les vérifications d'identité qui les conduiront vers les centres de rétention administrative (CRA) en vue de leur expulsion. Rapidement alertés, leurs amis du RESF, de la Ligue des Droits de l'Homme et autres ''intellectuels tordus'', selon l'expression d'un ancien ministre de l'identité nationale, posent des questions au commissariat. Conversation téléphonique:

"- ...

- Oui, sur demande du procureur de la république il y a eu un contrôle sur un chantier ce matin

- ...

- Oui, il y a beaucoup de personnes ici - je ne peux pas vous dire combien - je suis au standard je ne vois pas où elles sont

- ...

- Oui, les contrôles d'identité se poursuivent

- ...

- Tout est en ordre - tout sera fait dans les règles rassurez vous"

Devant le commissariat, des militants et un élu demandent à être reçus. Refus: "- Voyez la préfecture!".

Certains des travailleurs ressortent. D'autres disparaissent dans des fourgons cellulaires.

Dans la nuit, on apprend l'arrivée des premiers au CRA du Mesnil-Amelot (Roissy). Pour les autres centres de la région, Vincennes dans le val de Marne, Palaiseau dans l'Essonne, Plaisir (sic) dans les Yvelines, pas de nouvelles encore.

Selon une dépêche de l'AFP en fin d'après-midi, il s'agissait d'une Vaste opération de lutte contre le travail illégal à Issy-les-Moulineaux, avec un bilan encore provisoire:

"Près de 170 entreprises du bâtiment, travaillant à la construction d'un éco-quartier au fort d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), ont été contrôlées mardi lors d'une vaste opération de lutte contre le travail illégal, a-t-on appris auprès du parquet de Nanterre. "A l'issue de cette opération qui a duré toute la journée, une quarantaine d'infractions pour travail dissimulé ont été constatées et une dizaine d'ouvriers étrangers étaient en situation irrégulière sur 670 personnes contrôlées", a détaillé le parquet, selon un bilan encore provisoire. Cette opération, réalisée sous la houlette du Comité opérationnel départemental anti-fraude (Codaf), a mobilisé près de 150 policiers et 130 gendarmes, 16 fonctionnaires de l'Urssaf ainsi que des magistrats du parquet et un représentant de la préfecture des Hauts-de-Seine, selon une source proche de l'opération."

On ne sait où en sont aujourd’hui les patrons qui emploient les travailleurs arrêtés. Ce qui est certain c’est que bon nombre de ces travailleurs sont en centre de rétention et sont "invités" à quitter le territoire français.

Plusieurs de ces personnes sont connues des associations, qui les accompagnent dans leur longue quête de régularisation: ceux qui ont fait une grève désespérée en 2009-2010 pour la régularisation des travailleurs, ceux qui construisent tant bien que mal une nouvelle vie ici pour leurs enfants... ceux-là mêmes à propos desquels celui qui est aujourd'hui Président de la République écrivait au RESF: "Vous posez également la question des régularisations, en particulier des familles. (…) Nous traiterons les situations existantes (…) en fixant des critères précis et objectifs (…). Parmi les critères retenus, figureront la durée de présence en France, le lien avec l'emploi et, bien évidemment, la scolarisation des enfants et l'intensité de liens familiaux."

Le lendemain matin, d'autres nouvelles:

"[Le travailleur qui a lancé l'alerte] vient de me téléphoner

Il a été libéré du commissariat à l’instant avec OQTF (obligation de quitter le territoire)

Il y était depuis hier mardi vers 11h

Il retourne au taf - il est en chemin

Un OPJ (Officier de Police Judiciaire) lui a dit que nous étions une foule de 40 personnes environ dans le commissariat pour prendre de ses nouvelles – que son téléphone n’arrêtait pas de sonner, il n’avait jamais vu ça

Et lui de lui répondre : ah oui c’est comme ça !"

Martine et Jean-Claude Vernier

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