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Billet de blog 24 mai 2010

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Un peuple de trop en Europe?

Les Rroms sont encore nombreux à ne pas trouver leur place dans une Europe sédentaire attachée à ses territoires. Les tentatives d'éparpillement et d'expulsion sont incessantes, mais la mobilisation des autochtones parvient parfois à les tempérer.

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Les Rroms sont encore nombreux à ne pas trouver leur place dans une Europe sédentaire attachée à ses territoires. Les tentatives d'éparpillement et d'expulsion sont incessantes, mais la mobilisation des autochtones parvient parfois à les tempérer.

Les citoyens européens peuvent circuler dans les autres pays de l'Union, mais certains n'ont pas le droit d'y séjourner. Pour les nationaux bulgares et roumains, les pays adhérents plus anciens peuvent légalement refuser le séjour s'ils n'ont pas de contrat de travail. Et ceci jusqu'en 2014. Une politique discriminatoire, dénoncée par la HALDE, qui prive Roumains et Bulgares de l'accès à l'emploi dont bénéficient tous les autres citoyens européens.

Les préfets organisent donc des rafales de "retours volontaires" qui font du bien à la politique du chiffre. Avec prise d'empreintes au passage, ce qui fait du bien à la "gestion de l'immigration". Puisque, semble-t-il, cela a un sens de parler d'immigration entre pays européens...

Si certaines des personnes concernées sont des pratiquants de la "migration circulaire" pour les besoins de leurs affaires, les familles ont besoin de lieux où se poser et organiser leur vie - mettre leurs enfants à l'école, vivre en société avec leurs voisins.

Ainsi, à Saint-Denis (93), le lieu-dit Hautil est-il depuis plus de dix ans le lieu de vie d'environ 170 personnes. Une convention d'occupation a été signée en 2003 par ses habitants, leurs soutiens de l'époque et la Mairie de Saint-Denis. Parmi les soutiens actuels, l'association Parada.

Message de Parada du 28 avril 2010: "Ce matin, la police nationale a procédé à une distribution générale d'OQTF (Obligation de quitter le territoire avant un mois) au Hanul (une centaine). Deux membres de Parada se sont rendus sur le terrain, mais l'accès leur a été refusé. Un des policiers a prétendu que d'ici une dizaine de jours le terrain allait être évacué et passé au bulldozer, mais a refusé d'en dire plus. 22 enfants de ce terrain ont été scolarisés cette année, dont 17 continuent de s'y rendre. Certains d'entre eux sont, par ailleurs de très bons élèves et un arrêt brutal dans leur cursus scolaire serait dramatique."

Parada adresse immédiatement au nouveau préfet de Seine-Saint-Denis un message d'alerte le mettant en garde contre les effets de l'évacuation annoncée. "L'évacuation du terrain ne fera que déplacer le problème d'une part, et anéantira le cursus scolaire des 23 enfants scolarisés, dont certains de longue date, parfaitement intégrés à leur école et qui plus est bons élèves, qui rejoindront les 6000 à 7000 enfants rroms qui ne sont pas scolarisés en France et dont l'avenir se résume à devenir de futurs analphabètes créés par notre société."

15 mai: "La distribution d'OQTF délivrées le 28 Avril sur le terrain du Hanul, avait donné lieu dans le même temps à une distribution aléatoire d'attestations de "dépôt de demande de retour humanitaire" par les services de l'OFII (Office Français de l'Immigration et de l'Intégration), attestations datées du 28 avril, établies à Bagnolet, sans cachet ni signature. Mardi dernier, l'OFII est revenu sur le terrain et a annoncé aux personnes qui avaient reçu ce bout de papier qu'un bus viendra les chercher mardi 18 Mai pour les emmener à l'aéroport."

L'alerte lancée par Parada avait aussi été transmise aux autorités et aux élus. Et largement diffusée parmi les associations et mouvements proches des migrants, prêtes à se mobiliser contre ce qui s'annonçait.

C'est ainsi que le 18 mai, les choses ne se sont pas trop mal passées à l'Hautil. "Comme prévu l'OFII est bien passé ce matin sur le terrain du Hanul et du Quai de Saint-Ouen. Contrairement à ce que nous attendions, cela s'est très bien passé au Hanul et les personnes qui avaient reçu une attestation de dépôt de retour humanitaire mais qui ne désiraient pas partir, n'ont pas été sollicitées. Elle sont donc toujours là. Une trentaine de personnes en comptant les enfants sont montées dans le bus ce matin. Une famille avec cinq enfants arrivée depuis peu, quelque nouveaux jamais vus les années précédentes ou très peu, et quelques habitants réguliers, soit ayant laissé leurs enfants en Roumanie, soit ne restant jamais plus longtemps que ce que nécessitent leurs « affaires personnelles »."

"Toutes ces personnes avaient été prévenues des risques potentiels qu'ils courraient en acceptant le retour humanitaire et l'argent offert par l'Etat, [notamment] possibilité de figurer sur une liste noire les mettant en situation de se faire expulser manu militari en cas de retour sur le territoire français. (...) Une personne partie ce matin nous a d'ailleurs appelé cet après midi de l'aéroport pour nous dire qu'on prenait leurs empreintes."

Sur un autre terrain de la ville, au Quai de Saint-Ouen, "la situation aurait été toute autre, et plus ou moins violente apparemment. Une chose est certaine, le départ a concerné plus de personnes que celles réellement intéressés par un retour volontaire et certaine familles auraient été incitées par la force à monter dans le bus et à choisir une option qu'elles ne voulaient pas."

Selon un autre témoignage, "alors qu'au Hanul, il y avait pas mal de monde qui était passé dans la journée, la situation dans deux camps voisins a l'air d'être assez catastrophique. Dans le premier, quelques arrestations ce matin; dans le second, ils ont embarqué plein de gens, il ne reste plus que cinq familles et un tas d'enfants."

Martine et Jean-Claude Vernier

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