Je suis étranger, est-ce une raison pour m'imposer de telles violences ?

D'où vient la violence d'État envers des étrangers déclarés indésirables, qui sont seulement désireux de vivre comme tout le monde? Réveillons-nous! On est en France, en 2014...

D'où vient la violence d'État envers des étrangers déclarés indésirables, qui sont seulement désireux de vivre comme tout le monde? Réveillons-nous! On est en France, en 2014...

La nouvelle a très vite tourné sans fin sur les listes des amis des étrangers: monsieur Abdelhak Goradia, 51 ans, algérien, est mort jeudi 21 août 2014 dans la soirée, dans le fourgon de la PAF (police aux frontières) qui le conduisait à l'aéroport pour le "reconduire à la frontière". De source policière, après un voyage qui se serait déroulé sans incident, "en arrivant à Roissy, les policiers se sont aperçus qu'il était en train de faire un malaise dans le fourgon, et malgré les secours prodigués, il est décédé d'une crise cardiaque".

À en croire ses voisins de rétention au CRA (centre de rétention administrative) de Vincennes, la tentative d'expulsion de ce monsieur, qui s'était déjà opposé à son expulsion le 16 août, ne semble pas avoir été un modèle de sérénité: "Son nom n'était pas affiché sur le tableau des expulsions. Ils l'ont appelé quand on était en train de faire la prière vers 18h. Dès qu'on a fini, il est descendu soit-disant parce qu'il avait une visite. Dans un local de l'accueil, les flics l'ont frappé.‌ Ils lui ont mis un casque, des menottes aux poignets et lui ont entravé les jambes. Les flics savaient qu'il allait refuser, alors ils ont fait la force avec lui. Ils avaient tenté de l'expulser une première fois le quatrième jour après son arrivée. Il ne savait pas comment ça se passait. Il est parti tout seul, dans une petite voiture [comme si c'était pour] voir le juge, et pas dans une camionnette comme habituellement {pour une expulsion]. Déjà les flics l'avaient menotté aux jambes et aux poignets. Il a refusé l'expulsion. Dès la première fois, ils ont fait la force, ils avaient la rage contre lui.". Selon son avocat, toutes les voies de recours n'avaient pas encore été épuisées et il était résolu à ne pas partir.

On a appris depuis que monsieur Goradia est mort asphyxié.

On nous dit que ce monsieur était en séjour irrégulier et qu'il s'était livré depuis 2000 à un certain nombre de délits qui lui ont occasionné plusieurs séjours en prison. C'est d'ailleurs après avoir purgé une peine de prison qu'il a été directement orienté vers l'expulsion, en application d'un arrêté pris tout exprès par le préfet. C'est ce qu'on appelle la double peine. Sans préjuger des résultats de l'enquête sous la responsabilité du parquet, on peut constater la disproportion des causes et de l'effet.

Une partie, au moins, des retenus de Vincennes se sont mis en grève de la faim, demandant, outre des sanctions contre ceux qu'ils estiment responsables de la mort de monsieur Goradia, que des journalistes puissent venir voir les conditions de vie dans le centre, une amélioration de la nourriture et un comportement moins brutal de leurs gardiens. Ils demandent aussi que la durée maximale de rétention soit ramenée de 45 à 20 jours. Rappelons que dans le processus de l'expulsion du territoire, la personne est retenue dans un CRA le temps nécessaire à l'organisation de sa "reconduite à la frontière". En l'absence de passeport, la police doit obtenir un laissez-passer auprès du consulat de la personne. Sans laissez-passer, l'expulsion est impossible, d'où un blocage, résolu par la libération obligatoire de la personne après 45 jours de rétention. Ce délai est passé progressivement de sept jours il y a une vingtaine d'années à 45 jours depuis 2011. Or il est avéré que la quasi totalité des expulsions réussies le sont dans les deux premières semaines. Le mois qui reste est donc une brimade violente très mal vécue par des gens qui voient leur vie désorganisée (travail, famille) "gratuitement", si on peut dire.

Rappelons que le 22 juin 2008, la mort de monsieur Souli, un Tunisien de 41 ans, imputée par les retenus au manque de vigilance des gardiens, avait entrainé l'incendie du CRA de Vincennes.

Une autre violence récente a été, elle, filmée, et la vidéo a, elle aussi, beaucoup circulé. Il s'agissait de se défaire manu militari d'une famille d'origine arménienne avec deux enfants de 7 ans et 8 mois, coupables de ne pas être repartis vers le pays qu'ils avaient fui, après avoir été déboutés de leur demande d'asile.

Autre violence expéditive de l'été: les dangers de leurs pays en guerre ou sous dictature violente poussent des Érythréens, des Somaliens, des Afghans à chercher leur salut en Europe. Quelques centaines de migrants qui nous "envahissent"... il faut réagir! La Cimade raconte: "Vendredi 8 août à 6h30 à Paris, une opération policière de grande envergure a conduit à l’interpellation massive de plusieurs dizaines de personnes d’origine érythréenne et soudanaise qui dormaient dans un campement sous le métro aérien entre les stations La Chapelle et Barbès. Quarante d’entre elles ont été placées au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot où intervient La Cimade.

La veille jeudi 7 août au soir, 30 personnes originaires d’Afghanistan et d'Érythrée avaient déjà été arrêtées à la gare du Nord et à la gare de l’Est avant d’être placées au CRA de Vincennes. Elles viennent s’ajouter au 25 Érythréens enfermés dans les centres de rétention administrative de Paris-Vincennes depuis le début du mois de juillet.

Ainsi, avec la grande rafle orchestrée à Calais le 3 juillet dernier, ce sont près de 300 exilés, originaires de pays en situation de conflit généralisé, qui ont été enfermés en centre de rétention administrative.".

Le piquant de l'histoire, c'est que tous ces gens accueillis dans les CRA devront être libérés un jour ou l'autre, car on ne peut pas les expulser vers leur pays en guerre. Pour peu que les autorités italiennes n'aient pas enregistré leur passage, on ne pourra même pas les expulser vers l'Italie!...

Il y a aussi la violence plus lente qui s'exerce sur les jeunes couples franco étrangers, avec tentative d'intimidation sur leur entourage. C'est l'association Les Amoureux au ban qui raconte: "Ce couple s'est rencontré au Maroc en 2012. Madame est française et, pour pouvoir rester auprès de son compagnon, elle décide d'abandonner son appartement en Bretagne pour s'installer plusieurs mois sur place; ils projettent alors de se marier en France. A son retour sur le territoire français Madame est hébergée dans le Finistère chez une amie, bénévole aux Amoureux au ban public, qui entreprend alors de l'aider dans ses démarches.

La mairie de la commune indique très vite sa réticence à célébrer un mariage qu'elle estime frauduleux, et saisit le procureur de la République au motif premier que la future épouse est "domiciliée depuis moins de trois mois chez [une bénévole] de l'association les Amoureux au ban public". Interrogée par la police, la future épouse doit s'expliquer sur sa relation avec l'association et livrer des éléments personnels sur la vie de son amie.

Alors que les bans sont publiés et le mariage organisé, l'enquête s'éternise et le futur marié doit annuler son rendez-vous au consulat de France pour le dépôt d'une demande de visa en vue de mariage. Au terme de son enquête, le procureur décide de ne pas s'opposer à l'union. Mais le couple, affecté par cette enquête et redoutant de nouvelles difficultés à obtenir un visa, décide de renoncer à son projet de mariage en France et célèbre son union au Maroc, pays de résidence de l'époux.

Le couple est aujourd'hui contraint de déposer un recours devant le Tribunal de Grande Instance de Nantes pour obtenir  la transcription de son mariage sur les registres de l'état civil français, suite au silence de l'administration sur sa demande depuis plusieurs mois. La sincérité du couple est de nouveau mise en cause par le service de l'état civil des Français à l'étranger  qui a décidé il y a peu de saisir le Ministère public pour enquêter une nouvelle fois sur leur relation.

Le vendredi 25 juillet 2014, notre bénévole a été entendue par les services de gendarmerie dans le cadre de cette nouvelle enquête. Incitée à produire une attestation sur l'honneur en tant que proche du couple et refusant de le faire, elle a alors été interrogée sur les activités et objectifs du mouvement des Amoureux au ban public."

Martine et Jean-Claude Vernier

Chez votre libraire Être étranger en terre d'accueil - Les mauvaises actions de la loi, 77 regards sur l'immigration.

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