Une tentative de pilotage par l'UE des politiques africaines

Les 11 et 12 novembre 2015, les chefs d’États de l'Union africaine et de l'Union européenne se réunissaient à la Valette (Malte) pour échanger sur les questions migratoires. Courant sous l'abondante phraséologie du plan d'action arrêté, l'externalisation des politiques européennes.

Ce plan d'action comporte

  • Seize engagements, allant de « Lancer des projets visant à développer les possibilités d'emploi et les activités rémunératrices dans les régions d'origine et de transit des migrants en Afrique de l'Est, du Nord et de l'Ouest afin d'accroître les compétences professionnelles et l'employabilité des jeunes, (…) l'accès aux technologies numériques, le soutien aux micro, petites et moyennes entreprises dans les secteurs formel et informel et l'amélioration de l'accès au financement. »

    à « Renforcer la capacité logistique et opérationnelle des autorités des pays d'origine à répondre en temps utile aux demandes de réadmission, (...) vérifier et déterminer, en vue de leur retour, la nationalité de migrants irréguliers qui n'ont pas besoin d'une protection internationale. »,

    en passant par « Mettre en place des projets ciblés destinés à améliorer la résilience, la sécurité et l'autonomie des réfugiés vivant dans des camps ou au sein de communautés d'accueil dans les pays les plus durement touchés par les déplacements forcés, en étroite coordination avec les pays d'accueil et les organisations internationales. »

  • Une centaine de mécanismes censés maîtriser les déplacements humains vers l'UE de ses plus proches voisins planétaires. Propositions d'actions amorcées par une panoplie de verbes, tels que accroître, s'attaquer, conforter, consolider, effectuer, étudier, intégrer, proposer, protéger, recenser (une fois) ; aider, assurer, concevoir, créer, envisager, intensifier, poursuivre, recenser (deux fois) ; apporter, encourager (trois fois), mettre en œuvre (quatre fois) ; améliorer (cinq fois) ; promouvoir (six fois) ; soutenir (neuf fois) ; renforcer (treize fois) ;... On passe sans transition du vœu pieux au cynisme.

Au chapitre 1, « Avantages des migrations en termes de développement et lutte contre les causes profondes de la migration irrégulière et du phénomène des personnes déplacées »

  • Créer des débouchés économiques pour les personnes déplacées, qui profiteraient également aux communautés d'accueil et réduiraient la dépendance à l'aide humanitaire

  • Renforcer les capacités de l'administration publique en matière de sécurité et d'État de droit et améliorer la gestion des frontières. Promouvoir la coopération policière et judiciaire entre les pays d'origine, de transit et de destination

Ou bien

  • Encourager l'élaboration et la mise en œuvre de stratégies ou politiques nationales et régionales visant à intégrer les migrants dans les sociétés d'accueil et à lutter contre la xénophobie et la discrimination

  • Renforcer les procédures d'enregistrement à l'état civil et appuyer la création de systèmes cohérents et robustes de registres d'état civil, ainsi que la délivrance de cartes d'identité et passeports sécurisés

Au chapitre 4, « Prévenir la migration irrégulière, le trafic de migrants et la traite des êtres humains et lutter contre ces phénomènes »

  • Fournir une protection, un soutien et/ou une assistance aux migrants, aux réfugiés et aux victimes de la traite/du trafic qui se retrouvent bloqués/dans une situation de vulnérabilité.

  • Améliorer la collecte de renseignement, l'échange d'informations et de renseignement , favoriser la coopération policière et judiciaire au niveau opérationnel

Ou encore

  • Lutter contre la corruption et mettre en place de nouvelles possibilités d'activités rémunératrices dans les pays où le trafic de migrants et les services proposés aux migrants sont des facteurs économiques importants

  • Fournir un accès aisé et continu à des informations adéquates et fiables sur les possibilités de migration légale et les dangers de la migration irrégulière, et donner une vision réaliste des conditions de vie dans les pays européens

Au chapitre 5, « Retour, réadmissionet réintégration »

  • Coopérer avec les pays d'origine pour faire face à l'absence de pièces d'identité - et à l'absence d'état civil qui en est souvent la cause (ndlr : services d'état civil souvent démantelés sous la pression du FMI)

  • Renforcer la capacité logistique et opérationnelle des autorités des pays d'origine à répondre en temps utile aux demandes de réadmission (ndlr dans le processus d'expulsion depuis un pays de l'UE) .

Les documents finaux du sommet de la Valette sont en ligne

Martine et Jean-Claude Vernier

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