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Le Club de Mediapart ven. 6 mai 2016 6/5/2016 Édition de la mi-journée

Retour vers l'exil et le danger de mort

Ahmed avait 15 ans quand ses parents l'ont éloigné du Pakistan pour lui sauver la vie. Ils ont sans doute été assassinés par la suite. Depuis huit ans en France, malgré l'abandon où il était, il a appris un métier, il s'est reconstruit une vie. Pourtant, enfermé à Vincennes, il risque l'expulsion d'un jour à l'autre.

Ahmed avait 15 ans quand ses parents l'ont éloigné du Pakistan pour lui sauver la vie. Ils ont sans doute été assassinés par la suite. Depuis huit ans en France, malgré l'abandon où il était, il a appris un métier, il s'est reconstruit une vie. Pourtant, enfermé à Vincennes, il risque l'expulsion d'un jour à l'autre.

 

Après d'autres, nous vous avons déjà raconté son histoire. "Nous avons écouté le récit bouleversant de sa vie : son départ en catastrophe du Pakistan, son arrivée en 2004 dans un pays qu'il ne connaît pas (où le passeur qui l'accompagnait l'a laissé seul sur le trottoir, en partant avec son passeport et ses bagages...) son errance à 15 ans alors qu'il a perdu tous ses repères... sa prise en charge par l'ASE et le début d'un parcours d'intégration réussi qu'attestent ces bulletins scolaires flatteurs qu'il est heureux de nous montrer, une promesse d'embauche dans la plomberie qui lui a permis de demander un titre de séjour avec autorisation de travail, qu'il n'a pas obtenu... "

Reprenons inlassablement, avec le RESF.

"Une situation ubuesque et tragique, celle de Ahmed né le 13/02/1989, jeune pakistanais dont les parents menacés de mort, voulaient le protéger et l'ont ainsi confié à un passeur pour le ramener dans un pays où il serait en sécurité et aurait un avenir meilleur.

A 15 ans, il n'a pas demandé à venir en France mais il s'est retrouvé un jour dans les rues de la capitale française, abandonné à son sort et en situation d'errance. Il est alors ballotté de foyer en foyer pour mineurs étrangers où il est confronté à de graves problèmes de violences physiques de la part d'autres jeunes. Incidents qui l'obligent à fuguer à plusieurs reprises. Dans son errance, il rencontre un compatriote qui l'héberge chez lui pendant quelques mois puis le met à la rue.

En 2006, Ahmed est enfin pris en charge par l'ASE de Nanterre qui l'envoie dans une famille d'accueil en Normandie où il retrouve un peu de stabilité et peut enfin suivre une scolarité, en CAP Plomberie au lycée professionnel Notre Dame Chartres.

En 2007, il perd la trace de ses parents et apprend par des proches qu'ils auraient été assassinés.

A sa majorité, il fait une demande de titre de séjour. Il obtient fin 2008 un titre de séjour « étudiant » et bénéficie d'un contrat jeune majeur jusqu'à ses 21 ans.

21 ans, c'est aussi un retour à la case départ pour Ahmed, qui très mal préparé à sa brutale autonomie, se retrouve sans aide financière et hébergement qui lui auraient permis de poursuivre sa scolarité.v

Avec son expérience dans le domaine de la plomberie, il décide de retourner en région parisienne pour chercher du travail. Il trouve un employeur disposé à l'embaucher. Pour être en règle vis à vis de l'administration, il se présente muni de son Cerfa à la préfecture de Seine-Saint-Denis pour demander le changement du statut "étudiant" au statut "salarié". Il obtient une Autorisation Provisoire de Séjour, renouvelée tous les 3 mois pendant un an. Face à la lenteur de l'administration, l'employeur s'impatiente et renonce à employer Ahmed. Il le fait savoir à la préfecture, qui là ne perd pas de temps et s'empresse à notifier à Ahmed en mai 2011 une Obligation de Quitter le Territoire Français.

Peu avant, Ahmed avait informé la préfecture de son changement d'adresse. Nonobstant cela, l'OQTF est tout de même envoyée à son ancienne adresse. Quand il s'en aperçoit, les délais de recours sont dépassés.

Le 21 novembre 2012, Ahmed se fait contrôler à la gare de Lyon sans titre de transport. Lors de la fouille la police trouve sur lui une petite quantité de produit illicite destinée à sa consommation personnelle. Cela ne représente en rien une menace à l'ordre public. S’il fallait expulser tous les jeunes qui ont fumé un joint…

Expulser Ahmed, jeune homme dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, est un non-sens. D'autant plus qu'il a été pris en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance en qualité de mineur étranger isolé et sous contrat jeune majeur, ce qui constitue une garantie de son insertion en France, projet d'insertion brisé par le refus de délivrance d'un titre de séjour pérenne.

Expulser Ahmed, ce n'est ni plus ni moins que réduire à néant la vie d'un jeune homme qui a fondé tous ses espoirs d'avenir en France et l'exposer à un risque réel pour son intégrité physique !"

Le RESF lance un appel à se manifester auprès des autorités pour tenter d'empêcher un acte barbare.

Martine et Jean-Claude Vernier

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Par la suite, le ministère de l'Intérieur a refusé de délivrer à Ahmed le visa qui lui aurait permis de reprendre sa vie en France.

On a appris à cette occasion que, se trouvant sans ressources en attendant la réponse à sa demande de titre de séjour, il avait eu la mauvaise idée de se faire employer par un réseau de passeurs, convoyant des étrangers en séjour irrégulier d'Allemagne au Danemark. Rapidement arrêté, il a été condamné en Allemagne à une peine de prison avec sursis.

Le ministère de l'Intérieur n'a pas pardonné pas cet écart de conduite, déjà sanctionné en Allemagne, à un comparse poussé par le besoin. Quant au démantèlement de la vraie cible, le réseau qui l'employait, personne n'en parle.

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