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Billet de blog 26 mars 2015

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Nommer nos enfants pour le monde de demain

"Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde", selon Albert Camus*. Nommer un enfant, nouveau sujet d'un monde bigarré, peut-il aider à mieux vivre ensemble?

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"Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde", selon Albert Camus*. Nommer un enfant, nouveau sujet d'un monde bigarré, peut-il aider à mieux vivre ensemble?

Le CESEDA (Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile) est l'objet de réformes incessantes depuis plusieurs années. Le projet d'avatar du moment a été présenté au Conseil des ministres en juillet 2014; son volet "asile", adopté par l'Assemblée nationale, attend le passage au Sénat. La discussion du volet "droit du séjour" est toujours annoncée pour... un peu plus tard. Les associations de défense des droits des étrangers ont rapidement exprimé leurs inquiétudes sur développer une analyse fouillée du projet de loi (y compris de ses lacunes), base d'une argumentation à l'intention des députés et sénateurs qui seront amenés à proposer des amendements.

À côté de cet imposant arsenal médiatico-politico-juridique, nous suggérons une modification modeste dans sa formulation, mais dont les effets potentiels pourraient intéresser nos concitoyens. Il s'agit du choix des prénoms des enfants qui naissent en France.

L'article 57 du Code civil est laconique: "Les prénoms de l'enfant sont choisis par ses père et mère". La loi s'impose à tous, quek que soit le statut des parents. Le ministère de la Justice précise les règles qui régisssent le choix du prénom par les parents:

  • Les parents choisissent librement le ou les prénoms de l'enfant.
  • Il n'existe pas de liste de prénoms admissibles. Les calendriers auxquels il est possible de se référer peuvent être français ou étrangers. Ainsi, les prénoms connus étrangers, certains diminutifs... peuvent être choisis.
  • Le nombre de prénoms qui peuvent être attribués par les parents à un même enfant n'est pas fixé par la loi.

Le prénom que l'on donne à son enfant a deux versants: d'un côté il vient de loin dans l'histoire et la culture de la famille dans laquelle il apparaît, et de l'autre il l'accompagnera, et même le précèdera toute sa vie. Nous vivons dans un monde imprévisible, en perpétuelle évolution, dans une société en incessant remaniement. Chaque personne se trouve ainsi le sujet d'une confrontation mouvante. Et l'enfant de migrant plus que tout autre. À lui ou elle il serait tout particulièrement bénéfique de pouvoir choisir le prénom avec lequel il se présente.

Sans même parler de racisme ou de discrimination, on sait bien qu'un prénom sonne comme une annonce d'origine sociale: Ryan ou Leslie, Marie-Chantal ou Charles-Henri,... Quand l'origine sociale se double d'une origine géographique, l'interprétation se fait automatiquement, et elle est souvent lourde de mauvaises pensées. Pour ne prendre qu'un exemple, lirait-on de la même façon le récit du drame des deux ados électrocutés à Clichy sous Bois le 27 octobre 2005, si les deux victimes, au lieu de Zyed et Bouna, avaient été munis aussi des prénoms Patrick et Jérémie?

Notre proposition d'amendement à la loi sur le séjour des étrangers est donc toute simple:

"Les parents choisissent librement le ou les prénoms de leur enfant; l'un au moins de ces prénoms doit être choisi dans une liste [à préciser]".

La liste énumérerait une large éventail de prénoms pas trop "exotiques". Nul doute que son élaboration serait l'occasion de discussions passionnées sur une supposée "identité française". Mais ensuite, chacun aurait la liberté d'étiqueter son profil selon les circonstances de sa vie.

Loin d'être une contrainte de plus pesant sur les immigrés, nous voyons cette modification du Code civil comme un geste d'accueil envers nos nouveaux concitoyens.

Cette proposition est dédiée à François Cheng, le plus chinois de nos académiciens français.

Martine et Jean-Claude Vernier

* Nous tirons la référence à cette citation du site Amicus Curiae

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Chez votre libraire Être étranger en terre d'accueil, 77 regards sur l'immigration.

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