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Billet de blog 26 avr. 2010

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"Libertas, Securitas, Justitia" pour la forteresse Europe

L'agence Frontex, de l'Union Européenne (UE) continue en toute discrétion son travail de refoulement aux frontières. Son budget annuel est passé de 6 millions d'euros en 2005 à 89 millions d'euros.

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L'agence Frontex, de l'Union Européenne (UE) continue en toute discrétion son travail de refoulement aux frontières. Son budget annuel est passé de 6 millions d'euros en 2005 à 89 millions d'euros.

L'Agence Frontex "organise la coopération aux frontières extérieures de l'Union européenne. Elle

- assiste les États membres pour la formation des garde‑frontières nationaux, y compris dans l'établissement de normes communes de formation,

- effectue des analyses de risques,

- suit l'évolution de la recherche dans les domaines présentant de l'intérêt pour le contrôle et la surveillance des frontières extérieures,

- assiste les États membres dans les situations qui exigent une assistance technique et opérationnelle renforcée aux frontières extérieures et

- fournit aux États membres l'appui nécessaire pour organiser des opérations de retour conjointes."

Sa devise est "Libertas – Securitas – Justitia", sans préciser pour qui sont cette justice, cette sécurité et cette liberté.

L'architecture de son siège à Varsovie donne-t-elle un indice?

Du 10 au 12 mars 2010, ce siège a accueilli une réunion de travail de l'ICAO (Organisation de l'aviation civile internationale) "to jointly work towards enhanced compliance with facilitation standards concerning border-crossing, including those relating to Machine Readable Travel Documents", en gros pour contrôler encore mieux le passage des frontières – on s'en voudrait de traduire un si beau morceau d'anglais-UE.

Justement, ce même 10 mars 2010, un vol Paris-Lagos (Nigeria) coordonné par Frontex était organisé par la France. Récit de Ricky, expulsé par les Pays-Bas sur ce vol.

"Ont été embarqués dans un très vieil avion de la compagnie EgyptAir :

- 8 Nigérians de Norvège,

- 5 Nigérians du Danemark,

- 8 à 10 Nigérians de France,

- 1 Nigérian des Pays-Bas

- à l'escale de Madrid : 20 autres Nigérians, parmi lesquels, 10 à 15 femmes et 2 à 3 enfants d’un âge de 8-9 ans.

Escorte de trois personnes par expulsé, et du personnel médical des Pays-Bas et de France. Tous les expulsés avaient pieds et mains menottés et entravés (handcuffed, cuffs attached to the waist with a bodycuff, and feetcuffed, these attached with a strap to handcuffs). Ils n'ont été détachés que juste avant d’arriver à Lagos.

Il y a eu du retard à Madrid, causé par la résistance des quelques 20 expulsés à l’embarquement. Durant le vol, aucun repas chaud ne leur a été servi, juste du pain et du fromage, ce qui n’a pas du tout suffi. Pas de télévision, ni de radio sur ce vol.

Ils ont été relâchés dans la partie réservée aux cargos de l’aéroport de Lagos.

Ce compte-rendu est celui de Ricky, qui fait partie des survivants très traumatisés de l’incendie qui avait eu lieu au centre de rétention de Schipol (Amsterdam) en 2005, où 11 migrants sans papiers sont morts.

Il a été mis à l’isolement au centre de rétention le jour précédant son expulsion. Lors de son transfert à l’aéroport de Schipol, les policiers l'ont menotté et attaché les menottes à la taille. A l’aéroport, ils lui ont aussi attaché les pieds et l'ont ensuite embarqué dans un avion privé pour Paris, avec une escorte de trois policiers et un médecin.

Le voyage entre Amsterdam et Lagos a au total duré presque 24 heures.

A Lagos, on l’a sorti de l’avion sans lui remettre de certificat médical, ni lui donner de médicaments comme cela avait été promis à son avocat par le «Service néerlandais des Rapatriements et des Départs» [Department of Repatriation and Departure]. Il a reçu 50 euros pour payer les transports et survivre les premiers jours. Certains expulsés n’ont pas reçu d’argent du tout.

Un mois a passé depuis cette expulsion et Ricky a toujours mal à ses chevilles enflées à cause des menottes et du traitement agressif qu’il lui a été infligé. Il n’a pas d’argent pour payer les médicaments dont il a besoin."

Le 17 mars, un Nigérian débouté de sa demande d'asile par la Suisse est mort au cours de son expulsion par avion spécial. Le Nigéria a décidé de refuser les rapatriés non consentants. Jusqu'à quand?

Les dirigeants de Frontex sont satisfaits des résultats de leur action en 2009. Sur sa lancée, l'agence continue à parfaire son organisation pour toujours plus de "Libertas – Securitas – Justitia". Là encore, la plume du traducteur reste en l'air...

Martine et Jean-Claude Vernier

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