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Billet de blog 27 juin 2013

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Le bras de fer du pot de terre

Et de quinze! Samedi après samedi, dans le quartier de la Bastille à Paris, des étrangers manifestent leur colère devant le blocage de leurs demandes de régularisation à la préfecture. Manifestation régulièrement autorisée, puis malmenée, toujours par la même intraitable préfecture.

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Et de quinze! Samedi après samedi, dans le quartier de la Bastille à Paris, des étrangers manifestent leur colère devant le blocage de leurs demandes de régularisation à la préfecture. Manifestation régulièrement autorisée, puis malmenée, toujours par la même intraitable préfecture.

Le 9ème collectif de sans papiers est né des suites des régularisations de 1997. Régularisations qu'il est habituel de qualifier de "massives": 80 000 personnes ont obtenu une carte de séjour valable un an - 0,1% de la population du pays, est-ce vraiment massif? Mais le nombre de demandeurs était proche du double, d'où de multiples déceptions. La forte mobilisation des étrangers à cette occasion c'est prolongée dans des collectifs autonomes qui tentent de maintenir une pression permanente sur les autorités pour faire aboutir les demandes de titre de séjour.

Ainsi, en Picardie, le Comité OUSMANE BA a travaillé sans relâche à la régularisation des 68 travailleurs sans papiers de Creil engagés dans la grève démarrée en 2009. Après trois ans et demi de lutte par tous les moyens - manifestations diverses, occupations, négociations - ils viennent enfin d'obtenir la régularisation des trois derniers membres du collectif.

Le gouvernement élu par la gauche en 2012 s'étant refusé à faire passer la "voiture balai" des régularisations (sic, l'expression a été entendue au ministère de l'Intérieur) comme en 1981 et en 1997, la pression ne se relâche pas du côté des collectifs. A Paris, le 9ème collectif a entrepris le 9 février 2013 une série de manifestations du samedi, devenue hebdomadaire au printemps. dans le compte rendu de la manifestation, le collectif s'explique.

"Par cette manifestation, le 9ème collectif entendait dénoncer la politique de l'actuel gouvernement qui s'inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs de droite. Manuel Valls s'est distingué non seulement par la brutalité redoublée des expulsions de sans-papiers, comme de la chasse aux roms. Mais il manifestait surtout pour l'abrogation de la récente circulaire Valls qui exclut la plupart des sans-papiers de toute possibilité de régularisation, en exigeant qu'ils produisent des fiches de paie qu'ils n'ont pas le droit d'avoir… Les sans-papiers appellent à la mise en place d'une politique d'immigration qui respecte les droits fondamentaux au lieu du cauchemar administratif et policier qui leur est imposé par les gouvernements de droite comme de gauche.

Le 9ème collectif ne cessera d'interpeller le ministre de l'Intérieur, le gouvernement, comme la présidence de la République et les élus, pour mettre un terme aux politiques xénophobes démagogiques."

Chaque semaine, le collectif obtient de la préfecture de police une autorisation pour un parcours au départ de la Place de la Bastille, en direction de la mairie du 11ème arrondissement. Le parcours déposé emprunte une rue un peu particulière, d'où le résultat suivant dès la première tentative, toujours selon le 9ème collectif.

"La manifestation est partie de Bastille à 14h30, encadrée d'un important dispositif, avec une nuée de policiers en civil, jusqu'à être bloquée à l'entrée de la rue Keller, par un cordon de gardes mobiles inflexibles. Pendant trois heures, les manifestants se verront interdire de passer par l'itinéraire prévu, l'ensemble du quartier étant sous état de siège – pour protéger le domicile du ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, rue Keller.

A 17h30, les gardes mobiles ont commencé à pousser les manifestants jusqu'au métro Voltaire, les forçant à s'y engouffrer."

Chaque samedi apporte son lot de surprises.

"Dès le 13 avril, les manifestants se sont retrouvés encagés par des cordons de CRS ou de gendarmes, non seulement empêchés de circuler mais lourdement brutalisés, des vêtements étant déchirés, poussette renversée, etc."

Le 11 mai, la télévision (espagnole) est là.

Le 18 mai, la Préfecture invoquait une pétition de commerçants de la rue Keller, protestant contre le blocage de la rue. En effet, cette pétition dénonce « le dispositif de sécurité considérable face à un nombre modeste de manifestants sans-papiers inoffensifs ». Ce jour-là, les forces de l'ordre innovent.

"Ce samedi, non contents d'encercler les sans-papiers à la sortie du métro Place de la Bastille, comme les semaines précédentes, les gendarmes ont embarqué la plupart des manifestants, qui manifestaient pacifiquement comme d'habitude. Ceux ci ont été promenés, en totale illégalité, dans des cars de gendarmerie, pendant une heure et demie, sans descendre des fourgons ni aucun contrôle d'identité, avant d'être ramenés sur le lieu de la manifestation..."

Le 8 juin 2013, la tension monte.

"Aujourd’hui, le 9ème collectif de sans-papiers a manifesté pour la treizième fois place de la Bastille, pour protester contre la circulaire du 28 novembre 2012 fixant les conditions de régularisation des sans-papiers.

Depuis la première de ces manifestations à proximité du domicile du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, tous les dossiers présentés en Préfecture par le 9ème collectif sont systématiquement bloqués. (...) Des dossiers présentant toutes les conditions requises pour obtenir une régularisation, y compris suivant les règles particulièrement restrictives de la nouvelle circulaire, sont arbitrairement rejetés. Pire encore, la semaine dernière, un sans-papiers du 9ème collectif s’est vu signifier une Obligation à quitter le territoire alors même qu’il réside en France depuis 23 ans. (...)

Après plus de trois heures d’encerclement, empêchant  comme chaque semaine la manifestation de se dérouler normalement bien qu’elle soit déclarée, la police aura procédé à notre expulsion forcée avec la plus grande brutalité. Matraquage, coups de pieds, étranglement, bras tordus, tabassage au sol, les violences physiques se sont multipliées contre les manifestants pacifiques qui ne faisaient que demander leurs droits.

Ces violences ont provoqué des réactions des passants, scandalisés par ce spectacle de personnes manifestement inoffensives violentées par de très nombreux CRS particulièrement agressifs. Ces citoyens qui se solidarisaient ont été à leur tour repoussés brutalement, y compris les femmes se faisant malmener."

Le 15 juin, "le même rassemblement se voyait signifier une interdiction, à 16 heures, et sept personnes se sont retrouvées placées en garde à vue au commissariat central du XXème arrondissement". Les sept militants (tous en séjour régulier) sont libérés dans la nuit, après un concert de casseroles à l'extérieur.

Le 22 juin, nouvelle interdiction de la manifestation. Le collectif attaque le refus devant la justice. "Après examen attentif des arguments de la Préfecture, le juge des Référés du Tribunal administratif a considéré que « le Préfet de Police doit être regardé comme ayant porté, dans les circonstances de l'espèce, une atteinte grave et manifestement illégale au droit de manifestation ». Le juge a en conséquence « enjoint au Préfet de Police de garantir » au 9ème Collectif des sans-papiers « l'exercice de leur liberté de manifester »."

Martine et Jean-Claude Vernier

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