Faute d'éradiquer la pauvreté, on déracine les pauvres

Les évacuations de campements, les expulsions de squats se poursuivent à un rythme soutenu. Peut-on vraiment croire qu'en aggravant sans cesse la précarité des plus pauvres, fussent-ils étrangers sans titre de séjour, on finira par les faire disparaître?

Les évacuations de campements, les expulsions de squats se poursuivent à un rythme soutenu. Peut-on vraiment croire qu'en aggravant sans cesse la précarité des plus pauvres, fussent-ils étrangers sans titre de séjour, on finira par les faire disparaître?

Encore et toujours des Rroms malmenés.

En ce moment il se passe beaucoup de choses au Havre! Expulsion des Rroms du camp de la rue Général de La Salle, démantèlement du camp, seulement 23 personnes en hébergement d'urgence pendant une semaine. les autres sont à la rue. Un certain nombre a investi un entrepôt après avoir passé la nuit dans un square.

  cpas-un-picnic.jpg Photo Marie-Hélène Boileau

 

Les destructions des camps Rroms se poursuivent à Saint-Denis (93). En effet, tous les camps devront être détruits avant le 4 août 2013 selon les dires de la police venue apporter l'arrêté préfectoral. Pour l'instant, aucune proposition de relogement ou de quelque suivi que ce soit n'a été avancée. La circulaire du 26 Août 2012, qui "oblige" les autorités expulsantes à prévoir un diagnostic social individualisé en amont des expulsions, afin de proposer « des solutions d'accompagnement, dans les différents domaines concourant à l'insertion des personnes : scolarisation, santé, emploi, logement », c'est-à-dire.un réel accompagnement des personnes ainsi déracinées est imprécise mais elle reste à appliquer !

À Marseille, cet été ce sont environ 900 personnes qui vont se retrouver à la rue si l’on compte les expulsions des lieux de vie qui ont eu lieu récemment (La Rose, St Antoine) et celles qui sont prévues dans les jours ou semaines qui viennent (La Capelette, Plombières, …).

Selon un communiqué commun de la Ligue des Droits de l'Homme et European Roma Rights Centre, "un total de 5 482 personnes ont été évacuées de force par les autorités durant le deuxième trimestre, comparé à 2 883 durant le premier trimestre de 2013. La plus forte augmentation du nombre d’évacuations forcées a été observée en Ile-de-France. Dans les autres régions (incluant Paca, Rhône-Alpes et le Nord), les évacuations forcées ont perduré à un rythme stable (...), dans la plupart des cas sans solution alternative crédible de relogement ni d’accompagnement social. Dans la pratique, la mise en application de la circulaire interministérielle du 26 août 2012 « relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites » reste rare, hétérogène ou est généralement très rapide et superficielle. Elle s’apparente souvent plutôt à un recensement des populations qu’à un réel et durable travail social d’insertion".

La Cimade complète les informations sur ces opérations dans un communiqué le 15 juillet 2013: "Les opérations d’évacuation menées ces derniers jours à Lyon, Ris-Orangis, Deuil-la-Barre, Villeneuve d’Ascq et Angers ont conduit à de nouveaux abus. Le tout sur fond de discours politiques stigmatisants. De nombreuses familles avec des enfants scolarisés ont ainsi été précarisées sans que des solutions plus constructives ne soient suffisamment recherchées. Parmi elles, de nombreux citoyens européens, de nationalité roumaine, que l’on dit Roms, ont à nouveau fait les frais de cette politique. Quelques-unes de ces familles ont même été enfermées en centre de rétention puis expulsées de force en Roumanie, au mépris de notre législation et des droits garantis aux ressortissants européens".

Le Collectif national Droits de l’homme Romeurope a pour sa part tiré la sonnette d’alarme le 26 juin 2013 lors de la sortie de son Rapport d'observatoire sur les politiques publiques mises en œuvre aujourd’hui en France.

La situation faite un peu partout aux demandeurs d'asile n'est pas plus humaine.

A Amiens, le préfet impose aux personnes demandeuses d’asile d’aller se domicilier à la Croix-Rouge à Soissons (à 100 km à l'est d’Amiens, sans moyen de locomotion public). Une fois la domiciliation faite après 21 jours de délai, les demandeurs d’asile doivent aller (15 jours plus tard) à la préfecture de Beauvais s’inscrire (prise d'empreintes) et obtenir le dossier de demande de protection à soumettre à l'OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) - Beauvais est à 60 km à l’ouest d’Amiens, toujours sans moyen de transport public.

En Haute Normandie, l'accueil des demandeurs d’asile a été externalisé par la Préfecture: C'est France Terre d'Asile (FTDA) qui fait l'interface (au lieu d'avoir la queue devant la préfecture, il y a la queue devant le local de FTDA...). C'est eux qui font la domiciliation - en 48 heures, ce qui veut dire que les demandeurs d’asile du Havre doivent se déplacer deux fois, ce qui vu leurs finances n'est pas si simple - SNCF hors de prix! et les cars subventionnés par le département ont des horaires difficilement compatibles avec les horaires de bureau! FTDA prend le rendez-vous en préfecture et les guide pour leurs diverses démarches administratives. L'organisation, sur le papier, parait "nickel", sauf que la domiciliation ne fait pas ouverture de droits et le délai de rendez-vous en préfecture est actuellement à deux mois... A part le fait que la police laisse tranquille ceux qui ont le document de domiciliation (qui atteste donc que la procédure de demande d'asile est engagée), tout le reste de la vie quotidienne reste à la charge des compatriotes, associations et autres 115, Restos du coeur ou banque alimentaire.

La préfecture de l'Ain a suspendu en janvier 2013 les domiciliations (obligatoire pour pouvoir déposer sa demande d'asile). En mars elle les a repris à sa manière: elle à  "incité" voire "interdit" aux associations de leur apporter une aide alimentaire, c'est ainsi que les nouveaux arrivants n'ont pas accès aux Restos du coeur, Croix-Rouge, Secours Populaire,... Les demandeurs d'asile qui sont arrivés en mars ont reçu un rendez-vous pour effectuer leur domiciliation dans un délai de trois semaines, puis le délai est passé à dix semaines. Les personnes qui arrivées en juillet ont un rendez vous fixé en décembre. Cinq mois sans ressources, en attendant d'être autorisés à demander la protection de la France.

Sans logis et sans papiers en Seine Saint Denis. Droit Au Logement (DAL) et 17 collectif de squats du département décrivent une situation bloquée.

Dans ce département, trois préfets ont changé récemment: le préfet du département, le préfet à l'égalité et le préfet de l'arrondissement de Bobigny. Mais

- aucune rencontre n'a eu lieu depuis l'arrivée des nouveaux;

- un certain nombre de promesses avaient été faites en juin par les préfets partis, concernant les problèmes de logement et de régularisation du séjour. Qu'en est -il aujourd'hui ?

- Les squats et immeubles expulsables reçoivent la visite de la police depuis la nomination du nouveau préfet;

- les familles de Michelet (Bondy), suivies depuis six ans et jusque là protégées contre l'expulsion (relogements commencés en septembre 2012) reçoivent des courriers de la préfecture les informant d'une demande de concours de la force publique. Bref, elles se retrouvent dans le "pot commun" des contentieux locatifs, comme si la préfecture avait oublié qu'il s'agissait de victimes  d'un marchand de sommeil...

Dans le même temps, Martine Orange dénonce Le fric-frac de l'été, la mise ne pièces du Livret A au profit des banques: "C’est l’équilibre fragile entre une épargne disponible à tout moment et des financements à très long terme pour le logement social, la politique de la ville ou des missions d’intérêt général, qui a fait ses preuves depuis plus de cinquante ans qui est remis en cause".

 

Martine et Jean-Claude Vernier

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