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Billet de blog 29 juil. 2012

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Quel équilibre pour les migrants?

Soit une jeune Philippine de 32 ans. Il y a cinq ou six ans, elle vivait à Bangkok où elle avait fait des études de biologie. Elle voulait voir le monde. Elle est donc arrivée en France avec un visa, pour poursuivre des études de français. Son titre de séjour portant la mention "étudiant", elle avait une autorisation de travailler dans la limite de 21 heures par semaine. Elle a ainsi subvenu à ses besoins en gardant des enfants à leur domicile, à charge pour elle de leur parler en anglais, sa deuxième langue.

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Soit une jeune Philippine de 32 ans. Il y a cinq ou six ans, elle vivait à Bangkok où elle avait fait des études de biologie. Elle voulait voir le monde. Elle est donc arrivée en France avec un visa, pour poursuivre des études de français. Son titre de séjour portant la mention "étudiant", elle avait une autorisation de travailler dans la limite de 21 heures par semaine. Elle a ainsi subvenu à ses besoins en gardant des enfants à leur domicile, à charge pour elle de leur parler en anglais, sa deuxième langue.

Deux années se passent ainsi. Elle suit ses études de français et s'occupe d'enfants en anglais. Son titre de séjour, valable un an, est renouvelé. Et voilà qu'elle prend goût au travail auprès des enfants, et qu'elle prend goût à la France. Elle décide donc de demander un autre type de carte de séjour, plus conforme à son activité.

Car, à côté de la carte de séjour dite "vie privée et familiale" qui reconnait tout simplement que la vie de la personne s'est organisée en France, la République, dans sa grande sagesse, a prévu des quantités d'autres types d'autorisation de séjour, dont le renouvellement ne sera possible qu'autant que le motif mentionné sera reconnu toujours valable par l'administration. On trouve ainsi, dans la panoplie de ce que certains mal-pensants nomment une "immigration jetable", des titres de séjour d'un an pour "étudiant", "salarié", "commerçant, artisan ou industriel", "travailleur saisonnier", "salarié en mission", "scientifique"; "visiteur", "stagiaire", "profession artistique et culturelle", "compétences et talents", "retraité", et même... "activité non soumise à autorisation"! Plus les titres "vie privée et familiale", à renouveler chaque année, pour les conjoints de français, les personnes malades qui ne pourraient être soignées dans leur pays, et une vingtaine d'autres situations précisément décrites. La loi actuelle sur le droit au séjour des étrangers est un haut et long mur percé de quelques étroits portillons, équipé de catapultes pour renvoyer les mal-profilés. Le ministre en charge de l'immigration n'est pas prêt à engager la réforme de fond de la loi que réclament à grand cri syndicats, associations et mouvements. Il ne prévoit que quelques accommodements.

Cette jeune femme se renseigne sur les démarches à effectuer, rassemble des promesses d'embauche et dépose une demande de titre "salarié" à la préfecture sous couvert d'une agence de placement de baby-sitters. La préfecture transmet le volet "embauche" du projet au ministère du Travail. Ce dernier refuse de délivrer une autorisation de travail, au double motif que le projet d'embauche ne comporte pas assez d'heures et, surtout, que l'activité envisagée ne figure pas dans la liste dite des métiers en tension.

Qu'est-ce donc qu'un métier en tension? Selon france.fr - Le site officiel de la France, "Les secteurs d'activité pour lesquels les entreprises rencontrent des difficultés de recrutement ou qui correspondent sur une période donnée à un important besoin de main-d'œuvre sont dits métiers "en tension"". Alors, bien sûr, le travail auprès des familles, des enfants, des personnes âgées n'est pas un secteur dans lequel les entreprises rencontrent des difficultés de recrutement, puisque le recrutement est fait la plupart du temps directement par petites annonces. Autre absurdité du barrage des métiers en tension: dans les autres secteurs où travaillent les étrangers, bâtiment, sécurité, restauration, nettoyage, il n'y a pas de difficultés de recrutement, les étrangers en séjour irrégulier servant justement à occuper les places non pourvues; donc pas de "tension" sur l'embauche dans les tablettes du ministère.

Revenons à notre jeune femme. Il se trouve qu'elle a d'autres employeurs que ceux procurés par l'agence et elle gagne sa vie. Elle pense même à une formation à un métier de la petite enfance. On doit lui faire découvrir une triste caractéristique de la France: réussir à entreprendre une formation à 32 ans relèverait de l'exploit. Quoi qu'il en soit, cette personne a trouvé sa place en France par son travail dans les familles autochtones, nonobstant le refus d'autorisation de travail qui lui est opposé. Elle se trouve bien dans ce pays, elle n'est pas à la charge de la collectivité, elle paie ses impôts, directs et indirects. Et pourtant, sans famille proche ici, privée de titre de séjour, elle a le profil de l'indésirable à expulser pour garder un équilibre de fantasme...

Martine et Jean-Claude Vernier

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