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Billet de blog 30 juin 2010

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Pas à court de chasse à l'étranger

Pendant les affaires de foot, de réforme des retraites, de connivences à tiroirs, les violences de la rétention des étrangers continuent. Les chasses à courre présidentielles vont être supprimées, nous dit-on.

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Pendant les affaires de foot, de réforme des retraites, de connivences à tiroirs, les violences de la rétention des étrangers continuent. Les chasses à courre présidentielles vont être supprimées, nous dit-on.

La chasse aux étrangers non autorisés ne faiblit pas, même si l'on s'attend à ce qu'on laisse travailler en paix ceux qui ont un emploi. Ceux qui sont attrapés sont enfermés dans des Centres de Rétention Administrative (CRA) le temps d'organiser leur expulsion.

Aux abords de l'aéroport Charles De Gaulle, l'ouverture du méga-CRA du Mesnil-Amelot 2 est retardée pour une histoire de portes blindées quand même un peu trop blocantes. Mais le Mesnil-Amelot 1 fonctionne à plein, avec son lot de surprises parmi les personnes bloquées là en vue de leur expulsion. Selon La Cimade, présente dans le centre pour assister les retenus dans l'accès aux droits, ces dernières semaines, on a pu y rencontrer:

- un demandeur d'asile qui venait d'arriver en France ;

- un ressortissant Européen ;

- des personnes interpellées en toute illégalité ;

- des étrangers malades que l'administration a voulu expulser ;

- un Congolais qui avait de telles craintes en cas de retour que la Cour Européenne des Droits de l'Homme a ordonné à la France de suspendre son éloignement ;

- un étranger victime de la double peine ;

- une personne âgée vivant en France depuis 20 ans ;

- des parents d'enfants scolarisés en France ;

- un futur papa ;

- un concubin de Française ;

- des personnes issues de pays en situation de conflit généralisé (Sri-Lanka, Palestine, Irak, Afghanistan, Somalie)...

22 juin 2010. Voici les paroles d'un retenu au CRA Mesnil Amelot, au téléphone dans la soirée.

"On a eu de la nourriture périmée, une omelette et des tartelettes aux pommes. On est malades. On a eu une intoxication alimentaire.

On a peur, j'espère que vous êtes bien une association, on a peur des représailles, parce qu'il y en a qui ont parlé et on les a emmenés à l'avion.

Est-ce que vous pouvez nous aider, madame ?

Hier soir, y en a un, il s'est blessé, il a failli se faire égorger ; ce matin, il a été évacué.

Est-ce que vous pouvez nous aider, madame ?

On est désespérés.

Aujourd'hui, un autre, il baignait dans son sang, il était par terre. Ils l'ont emmené à l'hôpital apparemment. Je ne sais pas s'il va revenir ou pas. ils l'ont évacué sur un brancard.

Il y a deux retenus qui ont promis de se blesser ce soir ou demain."

Rappelons que le "crime" de ces personnes est d'être restées en France sans titre de séjour.

Le 25 juin 2010, La Cimade alertait sur une hausse de tensions au Mesnil-Amelot:

"Depuis le week-end dernier, le centre du Mesnil-Amelot a connu deux tentatives de suicide. Deux personnes se sont également tailladé le corps, et plusieurs retenus sont tombés malades à la suite d'un repas de qualité très douteuse.

Ces événements ont suscité l'indignation de nombreuses personnes. Des témoignages de retenus recueillis par téléphone ont circulé par email, des appels à mobilisation sont en train de voir le jour.

Présente à l’intérieur de ce centre dans le cadre de sa mission d’aide à l’exercice effectif des droits des retenus, La Cimade tient à faire part publiquement de ses propres observations sur ces événements.

L'« intoxication alimentaire » dont certains retenus ont été victimes a été un élément traumatisant pour tout le monde, déclencheur d'angoisse dans un lieu déjà largement anxiogène.

Au delà des crispations autour des difficultés matérielles de la rétention, La Cimade s’inquiète tout particulièrement de cette escalade de violence quotidienne que les retenus retournent contre eux-mêmes face à la violence institutionnelle de cet univers carcéral.

En l'espace de quatre jours, au Mesnil-Amelot, ce sont deux personnes qui ont tenté de se pendre. L'un a été libéré le lendemain suite à son hospitalisation. Le second a quant à lui été embarqué vers la Chine sans avoir pu faire valoir ses droits, ayant passé la quasi totalité de ces deux jours de rétention à l'hôpital. Deux autres personnes se sont auto mutilées en se tailladant le corps. L'une est toujours au centre de rétention, l'autre a été libérée le 22 juin.

Ces situations révèlent les conséquences d'une politique qui considère l'enfermement des étrangers comme un instrument banal, alors qu'il ne peut produire que violations des droits et de la dignité des personnes.

Nous craignons que de telles situations se multiplient dans le nouveau complexe carcéral qui est en train de voir le jour au Mesnil-Amelot, puisque demain ce ne seront plus 140 personnes qui y seront retenues quotidiennement, mais 380. Et ce, sans compter qu'un projet de loi examiné au mois de septembre prochain risque d'allonger plus encore la durée de rétention..."

29 juin 2010. Le Réseau Education Sans Frontières (RESF) relate le drame vécu par Siva, vendeur de roses indien, très connu et très apprécié à Besançon.

"Il a été en rétention, d’abord à Geispolsheim puis au Mesnil-Amelot, depuis le 28 mai. La période de rétention s’est achevée mardi 29 à 15h00. Siva, pour lequel une mobilisation importante a lieu depuis plusieurs semaines à Besançon, devait être expulsé aujourd’hui pour l’Inde. C’était sa deuxième tentative d’expulsion. La semaine dernière déjà il avait été mis dans un avion et avait réussi à refuser son embarquement forcé. Il avait alors été conduit au Mesnil Amelot, loin de ses amis et soutiens. Au Mesnil-Amelot où depuis plus d’une semaine, automutilations, tentatives de suicides et grèves de la faim se succèdent, les alertes à se sujet se multipliant , Siva s’est lui aussi mis en grève de la faim.

Aujourd’hui c’était son dernier jour de rétention. A 15h il devait sortir. Au lieu de ça il a été « inscrit » sur un vol. Alors, comme beaucoup d’autres ces derniers jours au Mesnil Amelot, pour ne pas être expulsé, pour ne pas être séparé de celles et ceux qu’il aime, pour ne pas être envoyé de force dans un pays qu’il a du quitter, il a préféré mettre sa vie en danger. Aussi, après avoir été transféré à l’hôpital de Meaux puis ramené au centre de rétention, à 15h ce n’est pas la liberté que Siva a retrouvé mais la froideur d’une cellule de garde à vue. Pour s’être automutilé, pour avoir été contraint de se faire violence, il a été inculpé, sans doute de soustraction à une mesure de reconduite à la frontière.

Demain mercredi 30 il passera en jugement au tribunal de Meaux pour cela, jugement au cours duquel il risque de la prison ferme et une condamnation qui rendront encore plus difficiles ses démarches pour avoir ses papiers.

Aujourd’hui des amis de Siva étaient venus de Besançon pour parler aux passagers de l’avion où il devait être mis de force. Ce soir et demain, ce serait bien que Siva ne soit pas seul non plus."

Martine et Jean-Claude Vernier

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