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Billet de blog 29 oct. 2018

"Les êtres humains sont carnivores, alors je mange de la viande"

Certaines personnes affirment qu'il faudrait consommer des produits d'origine animale parce que les êtres humains seraient "naturellement carnivores (ou omnivores)". Selon le même procédé, d'autres prétendent qu'il faudrait cesser de consommer ces mêmes produits parce que les êtres humains seraient "naturellement végétariens (ou végétaliens)". Rapide mise au point.

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L'organisme des hominidés est adapté à la consommation de substances d'origine animale et végétale. © Domaine public


Pour analyser la question en s'appuyant sur des bases saines, voici tout d'abord la définition de trois adjectifs caractérisant l'alimentation des animaux :
Carnivore : qui se nourrit quasi-exclusivement de substances animales.
Exemples : loutre géante, requin mako, tigre du Bengale...
Herbivore : qui se nourrit quasi-exclusivement de substances végétales.
Exemples : bison, éléphant d’Asie, lamantin d’Afrique de l’Ouest...
Omnivore : qui se nourrit de substances d’origine animale et végétale.
Exemples : chimpanzé, cochon, être humain, ours brun...
Quelques précisions : dans leur habitat naturel, les animaux herbivores ingèrent également, de façon accidentelle, des matières qui ne sont pas d’origine végétale (larves, petits œufs, insectes, terre, champignons...). De la même façon, les carnivores ingèrent à l’occasion d’infimes quantités de végétaux. Le terme herbivore est ici utilisé pour simplifier l'appréhension du lexique employé, mais il serait plus juste de parler de phytophage, terme qui regroupe différentes alimentations (herbivores, frugivores, granivores, nectarivores, lignivores, etc.).
Aussi loin que l’on remonte, les êtres humains (membres de l’espèce Homo sapiens) ont toujours consommé indifféremment des substances animales et végétales, notamment des animaux faciles à attraper : petits mammifères, insectes, œufs, charognes, mollusques... Leur organisme a toujours été adapté à l’ingestion de produits d’origine animale et végétale.
L’idée que les êtres humains seraient naturellement végétaliens, véganes, herbivores - ou carnivores - est donc fausse.
Cette idée reçue est malheureusement souvent utilisée pour défendre certains comportements et choix alimentaires actuels. Selon le point de vue que l’on défend, on sera donc tenté·e d’affirmer qu’on « devrait consommer des produits d’origine animale parce que les êtres humains sont naturellement carnivores », ou que nous devrions adopter une alimentation « végétarienne, végétalienne ; ou être véganes, parce que les êtres humains sont naturellement herbivores » (c'est ce que prétend par exemple le militant végane et animaliste controversé Gary Yourofsky).
Ces deux arguments sont tout aussi invalides l’un que l’autre : outre le fait qu’ils reposent sur des informations erronées, ils constituent aussi un raisonnement non valide appelé paralogisme naturaliste, qui consiste à confondre ce qui est et ce qui doit être (le même problème de raisonnement se pose donc si on prend en compte la disposition biologique d’Homo sapiens à être omnivore pour défendre la consommation de produits d'origine animale). Amalgamer « x fait y » et « x doit faire y » mène ainsi à croire que, parce qu’on peut consommer des produits d’origine animale, alors on doit le faire pour vivre en bonne santé... Ce qui est encore une idée reçue.

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