mot de passe oublié
Soutien

Construisez avec nous l'indépendance de Mediapart

Souscrivez à notre offre d'abonnement : 9€/mois + 1 film en VOD offert

ABONNEZ-VOUS
Le Club de Mediapart mar. 9 févr. 2016 9/2/2016 Dernière édition

Le Front national censure la presse

Le Front national a décidé de choisir dorénavant les médias et les journalistes autorisés à couvrir ses activités et sa campagne électorale. De ce choix, qui viole la liberté de la presse, Mediapart est la première victime qui s’est vu interdire de suivre la « convention présidentielle » de Marine Le Pen, ce week-end à Lille.

Le Front national a décidé de choisir dorénavant les médias et les journalistes autorisés à couvrir ses activités et sa campagne électorale. De ce choix, qui viole la liberté de la presse, Mediapart est la première victime qui s’est vu interdire de suivre la « convention présidentielle » de Marine Le Pen, ce week-end à Lille.

Depuis 2008, Mediapart a couvert tous les grands meetings du FN, ses congrès comme plusieurs déplacements de Marine Le Pen (lire une sélection de nos articles en pied de ce billet). C’est dans ce cadre que nous envisagions de couvrir cette « convention présidentielle ». Et de faire comme nous l’avons fait pour les grands meetings d’autres candidats (François Bayrou à Dunkerque, Jean-Luc Mélenchon à Besançon, Eva Joly à Roubaix) : travailler en amont de la manifestation pour raconter sa préparation mais surtout les pratiques des militants, leurs manières d’agir sur le terrain et d’analyser la campagne en cours.

Marine Le Pen et Steeve Briois. Marine Le Pen et Steeve Briois.

Ce mercredi, nos journalistes ont donc appelé plusieurs responsables du Front national pour préparer ce sujet. Alain Vizier d’abord, contacté par mail au sujet du déroulement de la convention. Puis Steeve Briois, appelé pour l’informer de notre venue et lui demander de nous mettre en contact avec des militants de Lille. Sa réponse a été lapidaire : pas question que Mediapart couvre cette convention ou rencontre des militants. « Je prendrai grand soin à vérifier que vous ne pourrez pas rentrer dans la convention, j’en fais une affaire personnelle », a-t-il précisé.

Steeve Briois est secrétaire général du Front national, officiellement chargé « de la mobilisation militante ». Il est par ailleurs élu, conseiller municipal d’Hénin-Beaumont et conseiller régional. Le 31 janvier, il avait déjà informé notre collègue Marine Turchi qu'il n'était plus question de répondre à nos questions.

Etonné pour le moins par ce refus, un temps attribué à l’irritabilité du personnage, nous avons donc contacté Bruno Bilde, le directeur de cabinet de Marine Le Pen qui, par ailleurs, supervise la communication du Front national. Il s’est vite avéré que l’irritabilité supposée était la nouvelle ligne politique du Front national. Un nouveau refus nous a été opposé, et dans des termes plus vifs encore.

Le Front national n’apprécie pas ce qu’il estime être une « croisade » (mot que nous n’employons jamais par principe) de Mediapart contre le Front national. M. Bilde, tout comme M. Briois, est donc prêt à assumer cette interdiction d’informer. « Puisque c’est comme ca, nous choisissons nos médias et nos journalistes, oui, et nous ne voulons pas travailler avec vous ». Parmi les invectives qui nous ont été opposées est apparu un argument : puisque Mediapart a fait le choix éditorial de ne pas consacrer l’une de ses émissions spéciales Mediapart 2012 à Marine Le Pen, le FN « a décidé d’appliquer la réciprocité ». Nous sommes donc interdits d’exercer notre profession.

Est-ce à dire que les médias qui ne souhaitent pas faire d’interview de Marine Le Pen (et ils sont nombreux) sont eux aussi interdits ? Bruno Bilde n’a pas souhaité aller plus avant, répétant en boucle « On vous applique la réciprocité ».

Il faut donc s’arrêter un instant à cet argument. Dans le cadre de son émission spéciale Mediapart 2012 (notre présentation ici), nous avons choisi d’inviter les candidats de l’alternance (ou de l’alternative) progressiste et démocratique : François Bayrou, Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon, François Hollande. A ce jour, aucun autre candidat ou parti ne s’est plaint de ce choix. Seule Corinne Lepage nous a fait savoir qu’elle était disponible. Et nous avions prévenu que ces candidats qui franchiraient l’obstacle des 500 parrainages se verraient évidemment invités à s’expliquer sur Mediapart. Nous avons par ailleurs explicité notre choix de ne pas inviter Marine Le Pen (lire ici).

Mediapart est un site pluraliste, dans ses engagements comme dans ses choix de couverture. Le Club de Mediapart est un des très rares lieux de libre expression dans la presse française : les seules limites sont celles fixées par la loi de 1881 et notre charte de modération ; contributions et commentaires sont modérés – quand nécessaire  a posteriori.

Nous ne sommes pas un service public et nous ne sommes pas plus soumis aux critères du CSA. Ce sont nos choix éditoriaux qui, jour après jour, construisent l’identité éditoriale, l’offre rédactionnelle qui vous est proposée. C’est ainsi que plutôt qu’une interview de Marine Le Pen, nous avons préféré depuis 2008 une autre démarche journalistique : le reportage, l’enquête et l’expertise.

A ce titre, le Front national a été méthodiquement couvert, une de nos journalistes, Marine Turchi, s’y consacre depuis quatre ans, ayant accumulé sur ce sujet une forte compétence. Et le Front national a d'ailleurs parfois reconnu la qualité de cette couverture ! Marine Le Pen a ainsi cité sur France Inter notre enquête sur les pressions subies par les maires qui avaient parrainé le FN en 2007 (Parrainer le FN : des maires disent «plus jamais»). Et un de nos reportages (En Moselle, «la peur du FN n'existe plus») fut également cité à la tribune du meeting de Metz, le 11 décembre dernier !

Une partie de ce travail a débouché cette semaine sur une opération exceptionnelle de Mediapart, qui vaut largement toutes les interviews de Marine Le Pen : notre enquête sur son programme. En vingt fiches techniques et environ 80 feuillets, nous avons méthodiquement expertisé son programme et celui de son parti. Cliquez ci-dessous :

Il est évidemment du droit élémentaire des journalistes de ne pas interviewer telle ou telle personnalité. Cela fait partie des discussions et des choix quotidiens d’une rédaction et les critères sont pour tous et en tous domaines toujours les mêmes : nouveauté, intérêt, pertinence. Avec cette donnée supplémentaire : comment ne pas être les relais de stratégies de communication.

Soucieuse de mener à bien son entreprise de « dédiabolisation », Marine Le Pen a justement construit depuis treize mois une entreprise de sur-médiatisation. Est-ce à dire que les médias qui ne se plieraient pas à cette stratégie se verraient sanctionnés ? Marine Le Pen a déjà attaqué en justice France Télévisions et Caroline Fourest. Mais sur toutes les télévisions, sur toutes les radios, elle aura disposé d’une exposition médiatique exceptionnelle qui lui a permis de dérouler à l’envi ses thèses et de consolider son emprise sur un parti qui, reçu en héritage de son père, est en train d’être reformaté à sa main.

Estimant vain et redondant de lui proposer de nouvelles prises de parole, nous maintiendrons évidemment notre choix et poursuivrons nos reportages et enquêtes. Il n’a jamais été question pour nous de boycotter le Front national. Mais bien au contraire, de raconter son électorat, son fonctionnement, de décrypter ses stratégies, son idéologie, ses propositions. Pour mieux en cerner les menaces et les dangers.

-----------------

Retrouvez ci-dessous l'expertise détaillée du programme du FN :

Front national: notre contre-argumentaire en 20 fiches

Nos 20 fiches (regroupées ici dans un seul dossier) :
1/ Un «nouveau FN» bien proche de l'ancien

2/ La sortie de l'euro
3/ La dette
4/ L'«Etat fort»
5/ Economie et social
6/ Agriculture
7/ Immigration
8/ Sécurité
9/ Justice

10/ Logement
11/ Santé et recherche
12/ Education
13/ Ecologie

14/ Place des femmes
15/ Laïcité

16/ Culture
17/ Démocratie et institutions
18/ Presse et numérique

19/ Politique étrangère
20/ Europe

----------------------------------------

Pour rappel, une sélection de nos articles sur le FN et Marine Le Pen. Cliquez sur les titres ci-dessous :

Enquêtes sur le Front national :
- «Quand le directeur de campagne de Marine Le Pen moque le "client-électeur"», enquête du 29 mars 2011.
- «Les chers parrains du Front national», enquête du 18 novembre 2011.
- «Parrainer le Front national: des maires disent plus jamais», enquête du 19 janvier 2012.

Marine Le Pen et sa tentative de «dédiabolisation» du FN :
- «Le Pen vs Le Pen: l'impossible normalisation du Fron national», article du 1er août 2011.
- «Front national: les réseaux obscurs de Marine Le Pen», article du 9 septembre 2011.
- «Comment parle Marine Le Pen: une journée dans le Var», reportage du 13 mars 2011.
-
«Comment Marine Le Pen construit sa boîte à idées», enquête du 12 janvier 2011.
- «Enquête sur une stratégie de communication», enquête du 21 avril 2010.
- «Marine Le Pen et la grosse bête qui monte», analyse du 14 décembre 2010.
- «Fin de parti pour le FN», enquête du 17 mars 2009.

La riposte au Front national :
- «Face au FN, des stratégies de riposte à géométrie variable», enquête du 1er février 2012.
- «Les syndicats veulent contrer le discours "social" du FN», enquête du 24 mars 2011.
- «Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Le Pen et Sarkozy», article du 11 mai 2011.
Le virage soi-disant «social» du FN et sa tentative de récupération du vote ouvrier :
- «Le Pen: son "Vive la sociale" de pacotille inquiète la gauche et l'UMP», enquête du 14 décembre 2011.
- «En Moselle, "la peur du FN n'existe plus"», reportage du 10 décembre 2011.
- «Marine Le Pen reprend le slogan de Mélenchon», billet de blog du 11 décembre 2011.
- «Sur le terrain, le FN n'est pas le "parti des ouvriers"»,  enquête du 5 octobre 2011.
- «Comment Marine Le Pen parle aux classes populaires», enquête sur les ressorts du vote FN dans les milieux populaires.
- «L'OPA du FN sur la "démondialisation"»,  enquête du 24 mai 2011.
- «A Saint-Nazaire, les ouvriers veulent résister aux assauts du Front national», reportage du 18 mars 2011.
- «Cantonales: là où perce le FN» et «Ces fractures françaises que révèle la percée du FN». Analyses des résultats du FN aux élections cantonales de mars 2010.

Nos reportages politico-sociaux où la montée du FN est palpable :
- Notre série de reportages sur les classes moyennes et les oubliés. Volet 1, volet 2.
- Nos 12 reportages dans toute la France, lors des cantonales de 2011, ici.- «Notre cher président nous prend pour des cons», reportage à Florange du 15 septembre.
- «Pourquoi la "classe moyenne" n'en peut plus des responsables politiques», reportage du 18 mars 2011.
- «A Arras, la gauche face à la vague Le Pen», reportage du 11 mars 2011.

Nos reportages à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), fief et laboratoire de Marine Le Pen :
- «Marine Le Pen veut faire d'Hénin-Beaumont le Vitrolles du Pas-de-Calais», reportage de juin 2009.
- «Dix jours à Hénin-Beaumont ou comment raconter une drôle de bataille électorale», notre blog de reportages sur le FN lors des municipales partielles de 2009.
- «Une semaine de campagne à Hénin-Beaumont», reportage du 1er juillet 2009.
- «Après Hénin-Beaumont, l'émergence d'un laboratoire de la mutation du FN», article du 18 juillet 2009.
- «Hénin-Beaumont: corruption, clientélisme, bienvenue chez les chtis socialistes!», article du 1er juillet 2009. 
- «A Hénin-Beaumont, Marine Le Pen conquérante», reportage du 22 mars 2010.
- «Hénin-Beaumont: un test pour le PS local», reportage pendant la primaire socialiste, en octobre 2011.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Des journalistes qui se font jeter par le FN:
-  Pour moi, c'est une valeure ajoutée pour un journaliste.
Bravo!

Et je ne serait pas étonné que Valls, cul et chemise avec Mikaël Darmon et d'autre, rejète aussi des journailstes alternatifs.

Soutenez Mediapart !

Soutien

Souscrivez à notre offre d'abonnement : 9€/mois + 1 film en VOD offert
ABONNEZ-VOUS

Le blog

suivi par 301 abonnés

Le blog de François Bonnet