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Billet de blog 11 janv. 2019

Algérie, 2019: vingt-sept ans après le coup d’État, garder l’espoir

Le 11 janvier 2019 marque le vingt-septième anniversaire du coup d’État militaire en Algérie. Cet attentat contre la souveraineté du peuple a plongé le pays dans des abîmes d’atrocités, dont le spectre hante toujours aujourd’hui la société. Dans cette vidéo de 36 mn, François Gèze et Omar Benderra, membres d’Algeria-Watch, évoquent les dimensions sociales, politiques et économiques de cette crise.

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Algérie, janvier 2019 : vingt-sept ans après le coup d’État, garder l’espoir (Algeria-Watch, 11 janvier 2019)

Le 11 janvier 2019 marque le vingt-septième anniversaire du coup d’État militaire perpétré contre la démocratie en Algérie. Cet attentat contre le droit et la souveraineté du peuple a plongé le pays dans des abîmes d’atrocités, dont le spectre hante toujours aujourd’hui la société toute entière. La plaie ouverte par le putsch de janvier 1992 reste purulente. Vingt-sept ans après cette rupture sanglante, le régime, sans autre substance que la force brutale, fonctionne toujours sur le mode du mépris du peuple.

Loin d’être « mystérieuse » ou masquée par un « brouillard » complaisamment entretenu par des analystes orientés, en Algérie et ailleurs, la dictature ne tient aucun compte du droit, écrase toutes les libertés et ne respecte même pas les normes juridiques qu’elle a elle-même instaurées. À la veille de l’improbable élection présidentielle annoncée pour avril 2019, les disputes publiques entre ceux qui souhaitent un cinquième mandat pour un président en fin de cycle et d’autres qui voudraient son remplacement – y compris au moyen d’un coup d’État militaire – expriment en creux la volonté commune des bénéficiaires du système, tous unis autour d’un même objectif : conserver coûte que coûte les circuits de captation à leur profit de la rente pétrolière.

Une préoccupation évidemment aux antipodes de celles au quotidien de vastes catégories populaires, indifférentes à ces gesticulations. Entre fuite en avant politique et bricolages économiques, le fossé qui sépare la caste dirigeante visible ou tapie dans l’ombre se creuse de manière vertigineuse, avec une population abandonnée et une jeunesse sans perspectives.

En guise de commémoration d’une date qui marque l’avènement d’une ère tragique dont les conséquences dévastatrices pèsent lourdement sur le pays, François Gèze et Omar Benderra, membres d’Algeria-Watch, évoquent dans cette discussion les dimensions sociales, politiques et économiques de cette crise. Et ils apportent un éclairage sur la réalité du régime et les enjeux politiques derrière ses mystifications et ses leurres, derrière aussi les motivations très intéressées des puissances occidentales dans la région. Ainsi que sur les nombreuses graines d’espoirs qui commencent à éclore au sein de la jeunesse algérienne.

Janvier 2019 : quelques clés essentielles pour comprendre le « brouillard » et les « mystères » du régime algérien

Vingt-sept ans après le coup d’État perpétré le 11 janvier 1992 par les « décideurs » militaires qui ont occupé l’État algérien afin de bloquer le succès électoral du Front islamique du salut (FIS), suivi d’une terrible répression contre l’ensemble de la population, la compréhension de la réalité de ces événements semble toujours hors d’atteinte de la plupart des médias algériens et français. Lesquels continuent à propager une vision souvent fort éloignée de la réalité de cette séquence historique – comme par exemple celle du désolant documentaire de Dominique Fargues France-Algérie : une histoire de famille, diffusé sur France 2 le 29 novembre 2018, ou celle, plus aseptisée mais aussi peu éclairante, de la chercheuse Myriam Aït-Aoudia prétendant analyser le 29 décembre 2018 sur Mediapart « L’Algérie en plein brouillard politique ».

Il n’est pourtant pas si difficile, pour qui veut s’en donner la peine, de comprendre ce qui s’est réellement passé. Pour dissiper l’essentiel du prétendu « brouillard » et autres « mystères » du régime algérien actuel, quelques lectures essentielles sont disponibles, pour la plupart depuis des années.

* Sur la « sale guerre » des années 1990, ses prolégomènes et ses suites, trois essais strictement factuels, indispensables :

– Habib Souaïdia, La Sale Guerre. Le témoignage d’un ancien officier des forces spéciales de l’armée algérienne, La Découverte, 2001 (voir présentations et commentaires ici et ).

– Habib Souaïdia, Le Procès de « La Sale Guerre ». Algérie : le général-major Khaled Nezzar contre le lieutenant Habib Souaïdia, La Découverte, 2002 (texte complet gratuitement accessible en ligne à cette adresse). Il s’agit des minutes intégrales des audiences de juillet 2002 du procès en diffamation intenté (et perdu) à Paris contre Habib Souaïdia par le général Khaled Nezzar, ministre algérien de la Défense au moment du coup d’État de janvier 1992, dont il fut un acteur majeur. Par la diversité et la qualité des témoins cités, les minutes de ce procès historique (assorties de très nombreuses références) donnent toutes les clés de l’opération de la désinformation « françalgérienne » ayant visé à l’époque à falsifier les représentations de la « guerre contre les civils » conduite par l’armée algérienne.

– Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire, Françalgérie, crimes et mensonges d’États. Histoire secrète, de la guerre d’indépendance à la « troisième guerre » d’Algérie, La Découverte, 2004 (voir présentation et table des matières ici et recension ). C’est la meilleure synthèse, rigoureusement référencée et toujours d’actualité quinze ans après, sur cette longue histoire.

* Sur la vraie nature du régime algérien, un témoignage et quatre romans « à clés » particulièrement précieux :

– Monika Borgmann, Saïd Mekbel, une mort à la lettre, Teraèdre, Paris, 2008 (et Éditions Frantz Fanon, Tizi Ouzou, 2015). Le bouleversant témoignage posthume d’un journaliste farouchement anti-islamiste, qui avait su analyser la logique des « assassinats pédagogiques » de la police politique attribués aux islamistes, dont il sera lui-même victime en décembre 1994 (voir recensions ici, et ).

– Amid Lartane, L’Envol du faucon vert, Métailié, 2007. Par un observateur insider de premier plan (sous pseudo, impossible de faire autrement), le récit (à peine) codé de la fameuse et bien réelle affaire Khalifa : un « roman » fondamental pour comprendre le fonctionnement de la « coupole » des décideurs algériens, sans aucun doute la meilleure analyse anthropologique de la « faune » corrompue qui se perpétue depuis les années 1980 à la tête du régime algérien (voir recensions ici, , et ).

– Serge Quadruppani, Madame Courage, Le Masque, 2012. Par un écrivain français fin connaisseur des méthodes mafieuses italiennes, un polar étonnant sur le rôle essentiel de la drogue dans les crimes et les massacres fomentés par la police politique algérienne dans les années 1990 (voir recensions ici, et ).

– Olivier Bottini, Paix à leurs armes, Piranha, 2016. Par un jeune écrivain allemand de renom (et peu suspect de sympathie avec tel ou tel clan algérien ou françalgérien), un autre polar hautement réaliste sur les dessous corrompus du régime (voir recensions ici et ).

– Frédéric Paulin, La Guerre est une ruse, Agullo, 2018. Encore un polar, également fort bien renseigné sur les « liens contre-nature entre le DRS et les combattants du GIA » et la connaissance qu’en avaient les agents français de la DGSE (voir recensions ici, et ).

* Et pour comprendre la situation politique actuelle, conséquence de tout ce qui précède :

– Marwan Andaloussi, « La presse algérienne, vraiment libre ? », Algeria-Watch, 13 janvier 2018. Un article qui donne les clés essentielles pour déconstruire le mythe régulièrement propagé de la « presse la plus libre du monde arabe ».

– Habib Souaïdia, « Le séisme politique au sein de la “coupole” des décideurs algériens de l’été 2018 », Algeria-Watch, 21 octobre 2018. Un article précisément documenté, qui donne les clés de la crise politique au sommet de l’armée et de l’État ayant précédé en 2018 l’annonce de l’élection présidentielle de 2019.

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