Dis! T'as une kippa?

Berlin 17 avril, un jeune est agressé parce qu’il porte la kippa. Un mouvement émerge «BerlinPorteLaKippa». La Kippa devient ce 25 avril le symbole de rassemblements populaires à Berlin et dans de grandes villes allemandes contre l’antisémitisme, toutes les formes de racisme. Par contre en France, un manifeste contre le nouvel antisémitisme signé par 300 personnalités vise à diviser notre société.

La France vit depuis quelques temps un antisémitisme meurtrier, insoutenable contre lequel il est urgent de lutter. Seulement voilà, 300 personnalités prétendent vouloir lutter contre l’antisémitisme en publiant un « Manifeste contre le nouvel antisémitisme » d’une violence inouïe, tant il est excluant parce que rejoignant le combat identitaire. Un tel texte ne peut que renforcer l’antisémitisme, ainsi que toutes les formes de racisme. Quand on sait que le manifeste a été rédigé par Philippe Val, que parmi les signataires figurent Nicolas Sarkozy, Eric Ciotti, Manuel Valls, Laurent Wauquiez, et bien d’autres, alors il est clair que l’objectif est bien d’hystériser la société, de la cliver davantage plutôt que de la rassembler, surtout pas d’aller au fond du problème. D’ailleurs, on se demande bien ce que Bernard Cazeneuve et Annettz Wieviorka font dans cette galère.

Heureusement que d’autres textes aussi brillants et émouvants les uns que les autres s’insurgent contre ce violent manifeste, comme la magnifique et douloureuse tribune  Le manifeste contre le nouvel antisémitisme, une logique dévastatrice de Claude Askolovitch, l’excellent texte « Nouvel antisémitisme », un manifeste « partiel » et « partial »  de Michel Wieviorka,  la très poignante contribution En tant que juive de Nicole Lapierre. et la profonde analyse Contre l'antisémitisme, avec détermination et sang froid de Dominique Vidal

L’Allemagne aussi est confrontée à une vague d’antisémitisme de plus en plus violente. A Berlin, le 17 avril dernier, un jeune portant une kippa s’est fait agresser à coups de ceinture, alors qu’il se promenait dans le quartier alternatif et populaire de Prenzlauer Berg à Berlin. L’agresseur a crié plusieurs fois « yahoudi », le terme arabe pour « juif ». La victime avait filmé une partie de l’incident et a diffusé la séquence en ligne, déclarant plus tard aux médias allemands qu’il était  arabe Israélien et étudiait à Berlin et qu’il avait porté la kippa pour prouver à un autre ami que Berlin n’était pas une ville aussi antisémite que les rumeurs ne l’affirmaient.  

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Le Conseil central des Juifs appelle à un rassemblement pour ce mercredi 25 avril, le mot d’ordre avec le hashtag
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#BerlintraegtKippa ou BerlinPorteLa Kippa émerge, appelant les Berlinois à se rassembler. Cet appel prend de l’ampleur et le hashtag est complété par le titre en berlinois à la Une du quotidien tageszeitung  « Haste mal ‘ne Kippa » ? Dis, t’as une kippa ? avec le mode d’emploi pour en fabriquer une, car bien sûr, tout le monde ne porte pas de kippa. Chacun*e est invité*e à confectionner sa kippa avec la couleur de son choix. Puis la presse, les chaines de télé et la radio s’en emparent, des politiques aujourd’hui sont photographiés avec une kippa, comme Heiko Maas,  ministre SPD des Affaires étrangères, Cem Özdemir, député, ancien co-président des Grünen, germano-turc.  

Il n‘ y a pas d’interdiction dans le judaïsme pour les femmes de porter la kippa, comme il n‘ y en pas non plus pour celles et ceux qui ne sont pas Juifs. C’est pourquoi cet appel s’adresse ce mercredi à tous: Juifs, Chrétiens, Musulmans, croyants d’autres religions, athés, femmes, hommes, transsexuels, pour qu’ils se rassemblent dans nombre de villes allemandes et pour qu’ils fassent de la kippa le symbole de la solidarité, dans un grand moment de réflexion.

Le Conseil central des Juifs a déconseillé aux individus de porter la kippa dans les grandes villes après l’acte antisémite du 17 avril. Mais les rassemblements aujourd’hui avec le port démonstratif de kippa s’inscrit dans ce qu’a déclaré le Président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, Josef Schuster qui n’a rien à voir avec le Président du CRIF : « Si on ne réussit pas à contrer l’antisémitisme non-dissimulé, alors on mettra en péril notre démocratie, parce qu’il ne s’agit pas seulement de l’antisémitisme, cela va de pair  également avec le racisme, cela va de pair également avec la xénophobie, il faut un STOP clair ».

Que la société est belle quand elle ne répond pas à la haine par la haine !

Alors Mesdames et Messieurs signataires du « Manifeste contre le nouvel antisémitisme », vous n’avez pas honte d’avoir rejoint le combat identitaire, votre combat n’est pas celui de la France, gardez votre haine. A votre manifeste, je réponds : #PasEnMonNom.

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