Papa, c'est quoi l'ambition ?

Qui ne s'est pas un jour senti prisonnier de ses certitudes, de ses a priori, de son choix de vie et, bien sûr, de son travail ? Si l’étymologie du mot travail est incertaine, il pourrait venir du latin trepalium, instrument utilisé pour punir les esclaves, ou du latin tribulare, signifiant tourmenter, torturer... De quoi s'interroger !

Depuis le XVIème siècle, Étienne de la Boétie nous alerte. Nous ne sommes pas libres ! Des victimes ? Des victimes consentantes plutôt. Victimes d'une servitude volontaire face à des tyrans qui nous gouvernent. Serviteurs, esclaves... prisonniers. Citoyens, prisonniers de décisions politiques que nous ne maîtrisons pas, que nous n'approuvons souvent pas. Mais ce n'est pas tout ! Ne sommes nous pas aussi prisonniers de nos certitudes, de nos a priori, de nos choix de vie et, bien sûr, de notre travail ? Si l’étymologie du mot travail est incertaine, il pourrait venir du latin trepalium, instrument utilisé pour punir les esclaves, ou du latin tribulare, signifiant tourmenter, torturer... De quoi s'interroger !

Nos Vies Prisonnières © Phil Castaza @ Editions Grand angle Nos Vies Prisonnières © Phil Castaza @ Editions Grand angle

Parno (scénariste) et Phil Castaza (dessins & couleurs) nous interpellent dans "Nos vies Prisonnières" aux éditions Grand Angle. Ce "one-shot" de 140 pages raconte l'histoire de Félix, employé d'une grande banque, de Jean-François, P.D.G. de cette même banque, et de Julien, médecin généraliste. Ils travaillent, partagent leur vie avec leur compagne, mais sont-ils heureux ?

Nos Vies Prisonnières - Extrait © Parno / Phil Castaza @ Editions Grand Angle Nos Vies Prisonnières - Extrait © Parno / Phil Castaza @ Editions Grand Angle

Cet album, "c'est l'histoire de l'enquête menée par ce médecin pour retrouver le fils et lui porter le curieux leg de son père". Un père dont il a recueilli les dernières volontés, 20 ans après avoir craqué et abandonné femme et enfant. "Une enquête qui rayonne sur tous les protagonistes, les répare et les libère de leurs vies prisonnières". Cette histoire, touchante, est portée par un très beau travail artistique. Pour illustrer le présent : un trait fin et clair, de très belles couleurs toujours en phase avec l'atmosphère de la scène illustrée, une alternance de cases simples, mais efficaces, et de cases plus détaillées, sans jamais devenir surchargées. Pour illustrer le passé, les souvenirs : le dessin se fait plus épais, plus flou, effet pastel en monochrome rouge ou noir.

A travers leur histoire, Parno et Phil Castaza posent une question majeure : qu'est-ce que l'ambition ou plutôt notre ambition ? Qui pense ambition, pense souvent réussite. Et qui dit réussite, dit souvent prestige et/ou fortune, car comme Vincenzo Padula l'écrivait déjà dans un récit autobiographique du XIXème siècle : "Dans notre malheureux monde, celui qui a est, et celui qui n'a pas n'est pas". Pourtant, la réussite ne fait pas tout, comme nous le chante si bien Zazie dans Être et avoir : "Plus beau, plus cher, plus riche, plus fort, voilà tout ce qu'on adore. Autant d'efforts, tous ces trésors, on en fait quoi, quand on sera mort ?". Car la vie est courte, toujours trop courte. Autant la passer à faire ce qu'on aime, non ?

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