Dur, dur d'être Président !

L'été, particulièrement torride, n'a pas été propice à Emmanuel Macron, au plus bas dans les sondages après une série de revers et de mauvaises nouvelles. Il n'est pas sûr que les changements intervenus au Gouvernement et ceux à venir à l'Assemblée nationale soient de nature à rétablir la confiance...

Dur, dur d’être Président !

Fort heureusement, l’été s’achève bientôt, en beauté, avec la nomination d’un nouveau Ministre de la Transition écologique et solidaire, et, accessoirement, d’une nouvelle Ministre des Sports.

Avec également la certitude de la mise en place du prélèvement à la source dès le mois de janvier 2019.

Ouf ! Le pire a été évité…

Fin de séquence.

Le Président « a repris la main », il est redevenu « le Maître des Horloges » si l’on en croit les affirmations péremptoires de certains commentateurs…

Il est vrai que les mois de juillet et août ont été particulièrement agités, les mauvais signaux s’étant multipliés au point de réduire à néant les effets potentiellement bénéfiques des rares bonnes nouvelles.

Pour être précis, mieux vaudrait écrire de la seule bonne nouvelle, le 15 juillet, la victoire de l’équipe de France dans la Coupe du Monde de football 2018, qui n’a été d’aucun secours malgré tous les efforts déployés pour en faire retomber les bénéfices sur la tête de l’Etat.

De l’« affaire Benalla » au « lâchage » de Nicolas Hulot en passant par les (gros) ennuis de certains Ministres et personnalités proches du Président, de la récidive de notre Président en matière de « traits d’humour », avec « le Gaulois réfractaire au changement », aux éclaboussures de la piscine de Brégançon et de la virée en jet ski au large de l’île de Port-Cros, pour ne citer que quelques exemples parmi les plus significatifs des multiples errements du nouveau pouvoir, tout est allé de mal en pis...

Nul besoin d’entrer davantage dans les détails ; la « lettre ouverte de Michel Onfray au Président Manu » est d’une remarquable précision sur la plupart des dossiers qui ont plombé, plombent et plomberont probablement longtemps encore la Macronie.

Dans mes deux précédentes chroniques, « Les mots dans Macron et les mots de Macron : des maux en perspective ? » (ici et ), j’avais mis en évidence certains travers du monde nouveau promis par notre Président-Monarque à travers « ses mots », révélateurs d’une arrogance, d’un autoritarisme et d’un mépris peu compatibles avec la fonction de Président, au service de la population, de toute la population, et tout particulièrement des plus fragiles, des plus démunis.

J’avais également insisté sur l’importance donnée à la « Com’ »[1], à travers la presse people, au détriment de l’information. Ainsi, la plupart des articles publiés pendant l’été, et plus particulièrement ceux relatant les vacances du couple présidentiel au Fort de Brégançon, ont-ils eu pour objet essentiel les tenues de Madame et le bronzage de Monsieur…

Le Français de base n’en avait et n’en a strictement rien à faire !

L’essentiel est ailleurs, dans les échecs de la politique actuelle, dans les atteintes aux droits de nos concitoyens, dans les menaces dont sont porteuses les réformes à venir, à commencer par celle concernant les retraites.

Le plongeon du Président (et du Premier Ministre) dans les sondages est révélateur du monde réel, victime des effets dévastateurs de la politique gouvernementale, un monde bien différent de celui qui alimente le discours de tous les courtisans agglutinés autour de notre royal Président.

Omniprésent, omniscient, omnipotent, « omnitout » (ce qui n’est pas rien !), il a communiqué à ses affidés, qui, pour beaucoup d’entre eux, appartiennent au même monde que lui, ses certitudes, ses vérités, sa vérité, « LA VERITE », au point que, sur les plateaux télévisés, quand apparaissent le porte-parole du Gouvernement et les élus LREM, on a de plus en plus le sentiment de voir défiler des automates clonés, au discours formaté, incapables de s’éloigner de la ligne officielle, mêlant sans vergogne contre-vérités, autosatisfaction, langue de bois et méthode Coué…

Et renforçant de facto le discours présidentiel sur les supposées caractéristiques du peuple français, dans la droite ligne des écarts de langage de leur Saint Patron sur les « illettré(e)s », les « fainéants », « ceux qui ne sont rien », le « pognon de dingue », etc.

Essayant, comme à son habitude, de corriger ses propos sur les Gaulois, notre Président s’est fendu d’un pathétique « J'aime la France et les Français, n'en déplaise, et je l'aime dans toutes ses composantes. Je les aime ces tribus gauloises, j'aime ce que nous sommes »

Ce qui me fait penser qu’à la fin du mois, il se rendra à Saint-Martin et Saint-Barthélémy, ravagées il y a un an par le cyclone Irma.

Rien de plus normal à mes yeux.

Indiscutable donc.

Mais ne sera-ce pas pour lui l’occasion de faire un peu de Com’, une fois de plus, et… de se rassurer, après les discours de circonstance, au pied de la tombe de Johnny cette fois, histoire de faire un peu de récupération et de diversion, en se remémorant l’un de ses titres-cultes, donnant à ses fidèles l’occasion de lui chanter en chœur « Que je t’aime, que je t’aime, que je t’aime », et se donnant à lui-même celle de se chanter, « in petto » comme dirait Gérald Darmanin :

« Que je m’aime, que je m’aime, que je m’aime »… 

En oubliant les paroles de cette autre chanson de notre Johnny national :

« Noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir… ». 

Gabriel Paillereau
5 septembre 2018

[1] Qui s’est substituée à la Communication. La question semble bien être d’importance puisque, selon Les Echos et le Figaro, Emmanuel Macron se préparerait à réorganiser (aussi) la communication de l'Élysée…

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