Fin du monde, fin du mois… A quand la « fin du moi » ?

Le Président s’est enfin exprimé. On attendait des réponses concrètes ; on a eu droit à un discours fumeux, fait de fausse simplicité et de compréhension de façade. Après l’évocation de la « fin du monde » et la « fin du mois », n’est-il pas temps pour lui d’envisager aussi la fin du « Moi » ?

Dans un précédent billet, Macron à la campagne et en campagne : entre itinérance et ras le bol…, publié le 3 novembre, j’avais estimé :

« Puisque nous sommes condamnés à entendre vanter les mérites de la politique actuelle de notre Président, pourquoi ne pas le condamner, lui, à entendre ce que nous avons à lui dire ?

Pas à travers de pseudo bains de foule pour bisous, selfies, accolades et poignées de main, mais par un mouvement de protestation d’ampleur nationale, à la fois vaste et coordonné, dépassant les clivages politiques partisans, à l’instar du combat actuel contre l’augmentation scandaleuse du prix des carburants, pour qu’il comprenne que la contestation, le mécontentement, la colère qui montent dans l’opinion publique, ne sont pas le fait d’êtres irresponsables, assistés, râleurs réfractaires au changement, fumeurs de clopes ou empoisonneurs qui se gavent de gazole, mais de citoyens bien réels, appartenant à toutes les couches de la Société, à toutes les classes d’âge, confrontés à de vraies difficultés, et qui, ayant de plus en plus de mal à joindre les deux bouts, tiennent à lui exprimer leur ras-le-bol. »

Près de quatre semaines se sont écoulées, et, depuis, la colère n’a fait que croître, marquée par la pétition en ligne (signée à ce jour par près d’un million de personnes) et la montée en puissance du mouvement des Gilets jaunes, événements majeurs que le Président, le Gouvernement et leurs laudateurs invétérés, Députés de la République en Marche et du MODEM et certains médias en tête, n’ont cessé de minorer, de discréditer, de diaboliser alors même que les Français exprimaient très majoritairement leur soutien aux protestataires.

Dans l’intervalle, le sentiment de déclassement, de mise au rebut, le ressentiment aussi, se sont amplifiés chez les participants à la journée d’action du 17 novembre et leurs nombreux sympathisants, en raison notamment de la présentation qui en a été faite par le Ministre de l’Intérieur et le Porte-parole du Gouvernement.

Le rendez-vous raté avec les Maires, la surdité persistante du Président et du Premier Ministre, leur silence, leur autisme pendant la semaine qui a suivi, ne pouvaient que renforcer la détermination des manifestants les plus engagés et conduire aux graves événements qui ont hélas marqué la journée du 24 novembre à Paris.

Une fois encore, la réponse des Pouvoirs publics et de leurs habituels courtisans n’a finalement été pour l’essentiel que mépris et stigmatisation des Gilets jaunes, en s’appuyant sur les exactions insupportables d’une poignée de casseurs sur les Champs-Elysées (comme si le reste de la France n’existait pas), passées en boucle toute la journée, et prolongation du silence présidentiel pendant plusieurs longues journées supplémentaires.

Après tout ce temps, on était en droit d’espérer avoir enfin des réponses concrètes aux questions posées par toutes celles et tous ceux qui n’en peuvent plus de ne pas être entendus.

Il n’en a rien été : le discours du Président, que je me suis efforcé de (ou plutôt forcé à) suivre intégralement m’est apparu totalement déconnecté de la réalité, empreint d’une fausse empathie et d’une vraie condescendance à l’égard de personnes en grande souffrance…

Le Président a tenté de faire croire qu’il comprenait la désespérance des plus fragiles. Ses propos sonnaient malheureusement faux et c’est bien ainsi que la plupart des observateurs l’ont ressenti. Les commentaires qui ont suivi, faits de déception et de colère chez les uns, de déni de la réalité, de langue de bois et de servilité chez les autres, sont révélateurs d’une crise de régime dont l’arrogance et le refus de comprendre qui caractérisent l’équipe au pouvoir sont en grande partie responsables.

« Les élites parlent de fin du monde, quand nous, on parle de fin du mois ». La formule, lancée il y a quelques jours par un manifestant, a fait florès.

Elle a même été reprise par le Président en personne… Puisse-t-il comprendre enfin que pour qu’il y ait une chance de mettre un terme à la crise politique actuelle, il serait utile qu’il fasse preuve d’une réelle humilité et réfléchisse à l’intérêt, pour nous tous, qu’il se résolve à accepter, pour lui-même, « la fin du Moi »…

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