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Billet de blog 18 janv. 2022

Yannick Jadot n’a aucune chance et semble être le seul à ne pas s’en rendre compte

Yannick Jadot essaie de se présenter depuis des années comme le candidat naturel d’EELV à la présidentielle, et plus largement comme l’homme providentiel derrière lequel toute la gauche devrait se ranger. Il s’entête à y croire quand ses résultats à la primaire et les sondages devraient l’inciter à l’humilité. En marche vers une défaite programmée.

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Avec la montée des préoccupations écologiques dans la société, EELV a logiquement eu des ambitions électorales et envie de s’émanciper d’un PS castrateur. Longtemps une des rares têtes du parti bien identifiée dans les médias (il a tout fait pour le rester), et tout content de ses 13,5% aux élections européennes en 2019, Yannick Jadot se voyait déjà à l’Élysée.

ll imaginait que la primaire ne serait qu’une formalité pour le couronner, mais trois électeurs sur quatre n’ont pas voté pour lui au premier tour. Ils ont choisi à la place des candidats plus radicaux. Jadot remporte le second tour avec 1,03% d’avance sur la surprise Sandrine Rousseau, et son éco-féminisme sans compromis. Non seulement Jadot est très loin de remporter l’adhésion dans son propre camp, mais alors qu’il souhaitait "s’adresser aux déçus du Macronisme", les militants EELV jugent qu’il faudrait plutôt s’adresser à ceux qui n’y ont jamais cru.

En plus de ne sembler défendre que ses ambitions personnelles, notamment en sabotant toutes les possibilités d’un union qui ne se ferait pas derrière lui, son positionnement reste flou. Il voudrait occuper le fameux "espace entre Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron". Mais on sait ce que donne le “ni-ni” : quand on n’est ni de gauche ni de droite, on est de droite. Quand on est de gauche mais pas trop, on est le PS.

Si Jadot jouait au “Macron de centre-gauche” pour séduire les électeurs rebutés par Mélenchon, il serait à contre-courant de son parti qui demande une gauche forte. S’il essayait de se faire passer pour plus radical qu’il ne l’est, il ne serait pas vraiment crédible, lui qui se décrit comme "favorable à la libre entreprise et à l’économie de marché".

Pour le moment Jadot peine à décoller dans les médias et les sondages. On ne peut pas le lui reprocher, l’espace médiatique est saturé par la crise sanitaire et la colère que suscite sa mauvaise gestion par le gouvernement. Et le traitement de la campagne présidentielle se limite pour l’instant à commenter les outrances de Zemmour, les dernières bêtises sorties par Pécresse, ou justement nous rabattre que la gauche ne décolle pas dans les sondages. Mais si le problème venait aussi de sa personne ? Et est-ce que ça aurait été différent avec un.e autre ?

Delphine Batho et Sandrine Rousseau ont réussi à susciter en quelques semaines l’enthousiasme autour de leurs candidatures sur les thèmes de la décroissance et de l’éco-féminisme. Yannick Jadot est en place depuis longtemps, et pourtant on ne sait toujours pas vraiment ce qu’il défend à part lui-même. Leurs projets s’annonçaient collaboratifs et propres à mobiliser la gauche, il s’entête à vouloir que tout le monde se range derrière lui. Elles sont radicales, lui apparaît comme un candidat systémo-compatible qui adapte son discours en fonction du vent. Elles ont des projets de société, lui une ambition personnelle.

Yannick Jadot prépare sa position de candidat depuis des années, mais il n’a pas pourtant pas réussi à élaborer de programme fort et peine à fédérer une base militante. Il n’a aucune chance mais s’entête, et à moins d’un revirement il ira jusqu’au bout. Après sa probable défaite, on espère qu’il aura l’humilité de se mettre en retrait. Et on espère que Batho, Piolle & Rousseau feront parti des architectes de la reconstruction de la gauche.

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