« Concernant l'Ukraine, au risque de te décevoir, je pense que c'est l'OTAN qui a fait de ce pays une base avancée contre la Russie. En 1962, même les enfants étaient capables de comprendre que des missiles soviétiques aux portes de Washington étaient un casus belli inacceptable mettant le monde au bord du gouffre. Il est étonnant qu'en 2022 tant aient de mal à comprendre que la réciproque soit vraie. Zelenski et ses milices néo-nazies ne m'inspirent aucune sympathie.
De même, la guerre n'a pas commencé en 2022 mais en 2014, avec des bombardements massifs qui ont fait des milliers de morts : les gouvernements successifs de Kiev après le coup d'Etat sanglant de l'EuroMaïdan n'ont pas fait un secret de leur volonté de nettoyage ethnique au Donbass, appelant toutes les populations pro-russes à quitter l'Ukraine pour la Russie. On ne peut pas reconnaître au Kosovo le droit à l'autodétermination et à la sécession mais le nier aux populations russophones ET russophiles de l'Est de l'Ukraine.
Le carnage à Gaza a démasqué l'hypocrisie monumentale de l'Occident, si prompt à sanctionner la Russie et à absoudre Israël, et même à l'aider activement dans son génocide des Palestiniens. Il n'est pas surprenant que Kiev et Tel Aviv soient si proches.
La guerre par procuration que mène l'Occident contre la Russie, au prix du sacrifice massif et inutile de centaines de milliers d'Ukrainiens, est non seulement ignoble, mais nous fait risquer une apocalypse nucléaire. »*
Ces propos d'un seul synthétise la rhétorique de tout un courant à gauche (entendu çà et là aussi à Clermont lors des manifestations de soutien à l'Ukraine de 2022), parler à ceux et celles pour qui la guerre en Ukraine met en cause USA-OTAN au risque d'un équilibre fallacieux en responsabilité et d'un seul soutien verbal à ce pays ravagé. Nous les discutons assertion par assertion.
Passée l'émotion unanime après l'agression russe contre l'Ukraine du 24 mai 2022 et la guerre qui a suivi et se poursuit, les déclarations des uns et des autres publiées dans la presse, sur internet et réseaux sociaux, deux opinions bien distinctes sont apparues : le soutien à l'Ukraine avec l'impossibilité pour la sécurité européenne de laisser gagner Poutine, un soutien verbal fort discret à l'Ukraine et une virulente critique des USA et de l'extension de l'OTAN depuis la fin de l'URSS qui serait à l'origine du conflit qui doit être à tout prix et le plus vite possible arrêté pour contrer ce réarmement et l'influence atlantique. Cette divergence s'est très vite transformée en opposition puis en fracture désastreuse au sein des forces de gauche, dans le champ politique mais aussi associatif.
Il semble que la défaite de la Russie dans son invasion guerrière ne soit pas une nécessité pour tous. Sans cette nécessité absolue, la porte est ouverte pour un compromis par lassitude occidentale sur le dos de l'Ukraine en partitionnant ce pays probablement sur la ligne de front d'un cessez-le-feu (cf Corée 1953) apportant un large territoire ukrainien à la Russie de Poutine via leurs affidés locaux. Bref la prime versée à l'agresseur qui, de plus, élèverait la stature internationale de la Russie comme le veut Poutine, par la crainte et les armes.
« Le droit international ne se divise pas. On ne saurait soutenir le peuple ukrainien tout en abandonnant le peuple palestinien. Tout comme on ne saurait défendre la cause palestinienne en désertant la cause ukrainienne. Dans les deux cas, ce sont les mêmes principes qui sont en jeu et qui ne valent plus rien s’ils sont à géométrie variable. » Edwy Plenel, Mars 2024
A parler de guerre et de paix, il ne saurait être question d'en parler légèrement et d'oublier, ne fut qu'un instant, ces souffrances imposées au peuple ukrainien. Pour s'en pénétrer, il suffit, par exemple, de lire cet article qui donne témoignages de ces éclopés de la guerre, pauvres soldats par nécessité moulus à la chair à canon : « En Ukraine, la colère grandissante des soldats mutilés », Le Monde, Jacques Folorou, 3/04/24.
Une critique dogmatique démobilisatrice
Dans la presse écrite ou télévisuelle (je vous laisse les réseaux sociaux), dans des commentaires au fil des articles de la rédaction de Médiapart, au bas de billets du Club s'est développée cette critique démobilisatrice.
« Au risque de te décevoir » : Avec l'âge et au fil de bien des déceptions tout au long de ma vie, je suis assez loin de sentir une déception mais plutôt une sorte de frayeur devant ce narratif bien léger, sans prise sur la situation actuelle de l'Ukraine, de la Russie et de l'Europe, à l'opposé de ses enjeux majeurs vitaux.
Les trois impérialismes mondiaux Chine, Russie, USA, sous des formes contingentes et des moyens variés sont de la même veine mais je ne confonds pas les deux premiers avec les USA auxquels nous ferions appel par nécessité après 1917 et 1941, si la Russie déroulait ses troupes en Europe après avoir vaincu l'Ukraine. De plus, les régimes politiques ne sont absolument pas comparables : entre deux dictatures sanglantes qui répriment tout, presse et population, assassinent et déportent qui leur déplaît, où que ce soit, mentent en permanence et nient leurs crimes, y'a pas photo sauf par aveuglement subséquent. Les USA sont une démocratie très imparfaite dominée par la glorification du profit, alternant impérialisme économique, culturel, militaire avec des phases d'isolationnisme où tout peut arriver en dehors des USA qui alors laisse faire, un pays largement gangrené par un racisme systémique historique qui tue. Mais qui ne l'est pas – moins les armes en circulation dans la population - à commencer par notre propre pays avec son passé colonial qui perdure sous maintes manifestations. Il n'y a aucune équivalence à établir sauf par considération idéologique qui tient du dogme et de la vérité révélée à ne jamais reconsidérer.
Lire sur Disclose : « Guerre en Ukraine : cartographie inédite des attaques de l’armée russe contre les civils »
Détestation et diabolisation
La détestation des USA et de l'OTAN se place dans le champ émotionnel, non dans le champ politique. Elle fait le jeu des deux autres impérialismes minorés aux mains et aux crochets de dictateurs authentiques, criminels de masse. Cette détestation, cette diabolisation et le pacifisme à tout prix (celui qui s'assoit sur la justice et la sécurité à terme) nous menace qui ne voit pas la guerre déjà là, qui ne voit pas la seule responsabilité de l'agresseur russe sans foi ni loi et sans paroles, pacifisme prêt à un cessez-le-feu qui partitionnerait l'Ukraine et ravirait Poutine avec un gain de territoire conséquent grâce à son invasion armée et ses massacres épuisants, prêt à recommencer quand ce sanguinaire le voudra, où il voudra, en Europe centrale et au sud : Etats Baltes, Moldavie, Géorgie en première ligne. Pologne ensuite ou d'abord ?
« Le peuple français m'apparaît moins sensible à cette guerre que le peuple polonais, pour des raisons à la fois géographiques et politiques. Or cela vaut la peine de rappeler que si ce conflit continue, et surtout si Moscou marque des points, l’invasion russe ne menace pas seulement l’Ukraine, mais mon pays. Et de surcroît, quand bien même certains ne s’en rendraient pas compte, l’existence de l’Union européenne. » dans « Vous le preniez à la légère, mais Poutine est par nature un persécuteur », Andrzej Seweryn.
L'échec complet de cette invasion est l'étape première à une paix durable. A défaut, sur fond de menace permanente de Poutine ce sont d'autres guerres ultérieures en Europe qui deviendraient possibles voire probables dans un contexte autrement plus dangereux. La paix passe par repousser l'envahisseur russe au-delà des frontières de l'Ukraine sauf à lui octroyer un gain, l'encourageant à d'autres aventures armées. L'issue diplomatique à cette guerre, pour nécessaire qu'elle soit, ne sera possible qu'après, sauf à vouloir imposer aux Ukrainiens un règlement « négocié » où la Russie, en position de force sur ce territoire, imposerait une partition inacceptable de l'Ukraine. L'effondrement ou la partition de l'Ukraine serait un échec pour toute l'Europe et une menace des plus sérieuses.
L'Ukraine par perte et profit
La solidarité contre la guerre israélienne à Gaza et la rhétorique susmentionnée qui fait de la guerre en Ukraine une origine US et OTAN se comprend tout simplement par cette idéologie qui aboutit à cette détestation quand bien même le peuple ukrainien passerait par perte et profit quand la Russie de Poutine serait à ménager.
« L'OTAN qui a fait de ce pays une base avancée contre la Russie » ; C'est du lourd avec cette assertion falsificatrice présentée au coin du bon sens et de l'évidence. D'abord, l'Ukraine ne fait pas partie de l'OTAN. Je ne vois pas bien comment elle aurait pu devenir cette base avancée. Les Ukrainiens dans leur grande majorité et au péril de leurs vies à travers leurs soulèvements contre le président pro-russe Viktor Ianoukovitch de 2014, ont voulu rompre avec l'assujettissement à la Russie pour recouvrer une vraie indépendance.
Il est assez étonnant que certain·es, pourtant soutien théorique à toute indépendance voulue par « le peuple », voient autre chose qu'une volonté d'indépendance au prix de cette guerre déclenchée par la Russie pour bousculer la volonté du peuple ukrainien comme elle le fit à Budapest en 56, Prague en 68, Afghanistan en 79, en Géorgie pour l'Ossétie du sud en 92, en Moldavie pour la Transnistrie en cette même année 92 et l'invasion du Dombass et de la Crimée dès 2014, troupes russes maquillées en petits hommes verts épaulés par des habitants pro-russes aux ordres. Il suffirait donc de dissoudre l'OTAN pour extirper ces conflits comme le souhaitait à son heure le parti communiste d'Union Soviétique. Etrange jeu de miroirs qui ne semble pas interroger.
Faudrait-il entendre que, finalement, l'OTAN est plus responsable que Poutine, artisan de cette guerre d'invasion ? Faut-il comprendre que pour ces partisans, Poutine n'avait pas d'autres choix, poussé à bout par l'OTAN, que de déclencher cette guerre et la poursuivre en massacrant toute une population ? J'en renverse le café sur la table !
Comment ne pas comprendre que, tout proche de la Russie, en refusant d'en être sa vassale, le besoin de sécurité s'est traduit par cette adhésion à l'OTAN ? C'est bien Poutine par sa guerre qui a amené la Suède et la Finlande a entrer dans l'OTAN, pas les USA qui ont forcé la main. La détestation de l'OTAN et des USA laisse entendre qu'il vaudrait mieux garder le joug russe que laisser tomber l'Ukraine dans la zone capitaliste européenne dominée par les USA. « Ni OTAN, ni UE. Poutine est chatouilleux » serait un slogan parfait pour signifier cette allégeance de fait, vassalisation prémonitoire qui menace l'Europe si nous reculons dans ce soutien indispensable.
Comme l'exprime Jacques Lancier dans son billet du 17 mars rejeter le « deux poids deux mesures » qui en soutenant l’un, la Palestine et pas l’autre, l’Ukraine, affaiblit les deux résistances. ». Oui « affaiblit les deux résistances » !
La comparaison avec la crise de Cuba en 1962 (missiles nucléaires soviétiques en importation et installation à Cuba, pointés vers les USA) n'est pas de mise : Pas de missiles nucléaires depuis l'Ukraine. Les autres pays – même si c'est regrettable ou regretté - ont réclamé ces missiles nucléaires pour faire face à la menace russe. Si c'est une défense risquée et au fond peut-être inutile, comment ne pas voir dans la menace permanente de Poutine qui n'en est pas avare, la raison de ces installations ? Vous rappelez-vous l'affaire des Pershing américain et SS20 soviétique, la dite crise des euromissiles de 77-87 ? Mitterrand avait accepté les Pershing pour contrer la menace de l'installation des SS20. La menace permanente entraîne toujours des réactions en retour qui peuvent être discutables, éventuellement combattues mais :
Quelles seraient les réactions en retour probables de l'UE si la Russie gagnant la guerre en Ukraine menaçait ses voisins ? Envahissait des pays européens ? Pour éviter la lâcheté qui accepterait de plier nos politiques aux exigences poutinienne comme un conflit dans d'autres pays européens, il est de toute nécessité d'éviter de se retrouver dans ce cas de figure en refusant la facilité et la bonne conscience d'un pacifisme opportun sur le dos des ukrainiens et d'un cessez-le-feu immédiat qui découplerait le sort de ce pays avec les intérêts mal compris de l'Union Européenne. Raison majeure pour armer aujourd'hui plus fermement et fortement l'Ukraine qui, au-delà de son indépendance ne peut nous être indifférente afin de repousser cette menace bien tangible en rien théorique.
Lire : « En Russie, l’heure est à la reproduction des crimes du passé », interview d'Alexandre Cherkasov, coprésident de l’organisation Memorial, Juin 2023
La rhétorique auto-justificatrice de Poutine
« Zelenski et ses milices néo-nazies ne m'inspirent aucune sympathie » Pour la sympathie, on s'en passera, c'est pas nécessaire dans le soutien à l'Ukraine. Moi j'admire cet homme d'état qui a réussi à mobiliser sa population contre l'envahisseur et combat la corruption d'une démocratie en construction. Nous aussi nous avons notre corruption et pas qu'un peu, alors pas de leçons à donner.
« Milices néonazies » : robusta très serré imbuvable. C'est exactement l'élément central de la propagande pur jus de Poutine : la guerre en Ukraine combat néo-nazis ukrainiens, remettant au goût du jour le narratif de la seconde guerre mondiale façon Staline. Venant de Poutine c'est pas nouveau mais des obsédé·es OTAN c'est sacrément gonflé.
L'Ukraine est une démocratie naissante après le joug soviétique et poutinien depuis un siècle. Elle hérite de ces saccages et de cette corruption. Demander une démocratie parfaite quand après deux siècles, en France, nous avons l'extrême-droite aux portes du palais, c'est du strabisme. Cette démocratie naissante doit faire face non seulement à la guerre mais encore à la corruption issue de cette longue période glacée. Lui reprocher des néo-nazis dans ses rangs comme une brigade à Marioupol où ils se sont fait massacrer c'est prendre le détail pour l'essentiel, et au passage valider le discours constant de Poutine qui veut dénazifier l'Ukraine. Au fait, en France y' en a pas des néo-nazis qui piaffent d'impatience, y compris ici à Clermont-Ferrand ? Pourtant c'est pas les 66 millions de français qui le sont.
« les gouvernements successifs de Kiev après le coup d'Etat sanglant de l'EuroMaïdan n'ont pas fait un secret de leur volonté de nettoyage ethnique au Donbass, appelant toutes les populations pro-russes à quitter l'Ukraine pour la Russie. ». Nettoyage ethnique ? pro-russes virés d'Ukraine ? C'est du délire. Pierre Caron de Beaumarchais déjà, parlait de la calomnie** en des termes définitifs. Faudrait-il encore des sources fiables et vérifiables, pas des affirmations particulièrement graves à l'emporte-pièces. Est-il besoin d'en rajouter face à ces accusations sans fondement ?
La guerre de la Russie contre l'Ukraine a bien débuté en 2014 avec l'annexion de la Crimée et la guerre dans le Dombass par les troupes de Poutine déguisées en petits hommes verts et ses partisans du cru armés par ses soins. Poutine s'emparera de tout ce qui est possible en particulier et a minima Dombass, mer d'Azov et mer Noire à défaut de croquer l'Ukraine pour une continuité territoriale entre Crimée et Dombass. En fait « d'épuration éthnique », nous l'avons par Poutine qui veut détruite l'identité et la culture ukrainienne remplaçant le passeport ukrainien par le Russe dans les zones occupées (épuration ethnique et culturelle comme pratiquée par Xi Jinping avec les Ouïghours et les tibétains), de tout ce qui montre qu'Ukraine n'est pas Russie y compris en inventant une Histoire biaisée : Poutine n'est pas à une annexion près, surtout pas celle de l'Histoire. Ses zélateurs non plus.
Lire « En Ukraine, les anciens de la « révolution de la dignité » de Maïdan à l’épreuve de la guerre avec la Russie », Le Monde, 18-02-24
« Le carnage à Gaza a démasqué l'hypocrisie monumentale de l'Occident, si prompt à sanctionner la Russie et à absoudre Israël, et même à l'aider activement dans son génocide des Palestiniens. » Gaza et ses massacres à la rescousse ! L'hypocrisie occidentale démasquée ? Que diable, on n' a pas attendu Gaza mais peut-être certain·es ne le savaient pas qui est un peu plus que de l'hypocrisie ! Il est avéré que ces pays occidentaux au premier rang desquels sont les Etats-Unis mais encore des pays européens dont la France, alimentent en armes et en soutien (même si une vraie inflexion est apparue récemment, bien trop timide) cette armée israélienne mais « si prompt à sanctionner la Russie » est un procédé encore falsificateur pour mélanger tout et le reste : l'occident n'a pas été prompt à sanctionner la Russie mais seulement après l'annexion de la Crimée sachant que c'était un coup d'épée dans l'eau par les sanctions prises alors, quand aujourd'hui la guerre est là et bien là. La Crimée 2014 est l'équivalent de l'Anschluss autrichien de 1938.
Lire : « À Marioupol comme à Gaza, la guerre ne respecte aucune des lois censées la régir »
« Kiev et Tel-Aviv proche ». C'est pourtant très loin même en avion et d'une généralité qui ne mange pas de pain. C'est vraiment se moquer du monde que de l'affirmer sans précision aucune. Paris et Tel-Aviv sont proches. Washington et Tel-Aviv sont proches. Pékin et Poutine sont proches. La Corée du Nord est proche de Poutine. Ce « soutien » de l'Ukraine serait-il proche du narratif de Poutine ? La Pologne est toute proche et sait bien que l'ours russe peut vouloir les dévorer (comme jadis le pacte germano-soviétique l'a voulu) tout comme les Etats-Baltes. C'est un petit jeu fort séduisant qui mélange tout pour semer le doute (Beaumarchais déjà cité). Qui est proche de qui et quand, en quoi sommes-nous si éloigné·es et pourquoi ?
L'apocalypse nucléaire comme frayeur à mobiliser
« La guerre par procuration que mène l'Occident contre la Russie, au prix du sacrifice massif et inutile de centaines de milliers d'Ukrainiens, est non seulement ignoble, mais nous fait risquer une apocalypse nucléaire. »
Bouquet final du feu d'artifices : Cette fois c'est l'occident qui est en guerre (fut-ce par procuration) contre la Russie ! J'ai plus envie de ce café si amer ! C'est pas la Russie contre l'Ukraine et l'occident : Inverser le réel, faut le faire ! C'est la Russie qui a déclenché la guerre et l'Ukraine qui, avec l'aide des USA et de l'Union européenne tente de repousser cette invasion, limiter autant que possible les dégâts et les massacres des bombardements par missiles, drones et artillerie. Ces états ne mènent nulle guerre contre la Russie, ne veulent aucunement de la co-belligérance, surtout pas (d'où la réticence et la lenteur des types d'armes et des volumes envoyés à l'Ukraine malgré cette nécessité) pour éviter un affrontement direct entre puissances nucléaires. Le sacrifice massif de la population mobilisée, si durement éprouvée serait inutile si l'Ukraine ne parvenait pas, avec le nécessaire concours en armement des puissances occidentales à repousser l'envahisseur. Nous ne sommes pas en guerre contre la Russie du dictateur Poutine. Par contre c'est bien Poutine qui mène la guerre en Ukraine hors de ses frontières et menace quotidiennement l'occident qui serait à l'origine de tout, y compris du carnage dans cette salle de concert de Moscou, discours qui semble établir un pont avec ceux qui tiennent le discours anti-US. Vous avez dit bizarre mon cher cousin (d'Amérique) ?
Cette aide est de notre responsabilité « occidentale », massive et régulière. Le risque est bien l'effondrement des forces ukrainiennes et l'invasion en profondeur de ce pays. Je comprends bien que ce peut-être un « argument » pour pacifistes qui voudraient la paix à tout prix y compris sur le dos de cette population ukrainienne. L'internationalisme a ses limites.
Voir : « Ukraine, les enfants volés », Arte, mars 2024
Parler « d'apocalypse nucléaire », c'est jouer sur le registre de la peur viscérale mais pas une analyse politique. Aucune des puissances nucléaires ne veut de l'emploi de l'arme atomique qui signifierait la fin de l'Europe et de Poutine. C'est une arme politique qui par la seule dissuasion est bien une arme : pour être politique elle n'en est pas moins puissante par la peur qu'elle inspire et le marché de la peur qui joue la hausse en situation de crise. Il n'est pas question de pénétrer sur le territoire russe qui est une vraie ligne rouge. Ce dictateur, pourrait-il l'employer pour être viré de l'Ukraine quand cet emploi serait sa fin et la nôtre ? Impensable. Poutine n'est pas fou mais cruel et cynique hors de toute proportion. L'Ukraine c'est vraiment pas si important pour engager l'arme atomique. On peut toujours faire peur pour pallier une argumentation faible.
Voir la vidéo MDP : « Menace nucléaire : les discours et les actes »
Ce narratif pacifiste biaisé qui prend pour variable d'ajustement l'Ukraine et sa population au risque de la passer à la trappe et d'armer le vainqueur, exprime, pour ma part, un point de vue idéologique dogmatique enkysté dans de vieux schémas passéistes sans intégrer le réel du temps et ses enjeux d'avenir à proche et moyen terme. Il reste centré et bloqué sur l'obsession USA-OTAN. On peut critiquer tel ou tel aspect d'une mobilisation contre l'invasion de la Russie en Ukraine qui détruit ce pays, qui tue et invalide non seulement les combattants mais tous les regroupements de civils (hôpitaux, écoles, gare, marché...) comme leurs habitations. A ce point de déni du réel c'est plus du café mais de l'orge bien rance.
Cette gauche se trompe comme en 1938
Oui l'Ukraine se bat aussi pour l'Europe contre cette extension européenne d'un Poutine dictateur et criminel de masse qui veut reconstituer l'empire soviétique dominé par le tsar Poutine autant que guerre se peut, peser plus dans le monde à égalité avec la Chine : il la veut grande puissance par la terreur et le carnage. Cette rhétorique rejoint le pacifisme, maladie infantile d'avant-guerre qui a précipité démunie la France dans la guerre quand le silence fut de mise dès la militarisation de l'Allemagne nazie. Les collaborateurs de 1940 et après furent pour beaucoup, d'anciens membres des partis de gauche (SFIO, PCF...) y compris de ministres du Front Populaire.
Face à la montée du Front national dit aujourd'hui RN, face aux mouvements néo-nazis qui sévissent dans la rue et attendent des lendemains qui chantent la croix gammée, face à une gauche fracturée incapable de dépasser ses querelles idéologiques et personnelles qui a lâché l'alternative pour laisser le FN s'en emparer, il est urgent et peut-être déjà inutile, de hurler que donner les moyens à l'Ukraine pour repousser les troupes russes est une nécessité absolue pour éviter la guerre en Europe demain avec le risque nucléaire accru. Cet enjeu est nié par ces faux-discours pacifistes qui laisseraient volontiers écraser l'Ukraine (tout en la soutenant verbalement), qui s'emploient à saboter cette urgence par un discours hors du réel et de l'actualité, ouvrant la porte à d'autres conquêtes russes en Europe et l'assujettissement d'autres pays menacés.
En 2024, nous sommes au miroir de 1938. Cette gauche se trompe, comme celle de 1938. Nous ne devons pas refaire des accords de Munich sur le dos de l'Ukraine comme elle le fut pour la Tchécoslovaquie ni la laisser écraser par l'armée russe, en raison du défaut de notre soutien, comme cela est possible, voire probable avec Trump réélu. Nous ne voulons pas de 1939. Il n'y aura pas de nouveau 39 si l'armée russe est repoussée dans ses frontières sinon, tout est possible.
« Après des phrases générales condamnant la guerre, cette gauche de fait ne fait rien contre la principale guerre menée en Europe depuis la seconde guerre mondiale. Elle ne mobilise jamais, même sur sa prétendue position de « Paix et négociations ». Elle en parle le moins possible, validant ainsi les acquis de l’invasion. En accusant la victime de s’appuyer sur l’impérialisme occidental, elle relaie la propagande de l’impérialisme agresseur. Elle sait soutenir la résistance palestinienne sans soutenir les turpitudes du Hamas, mais elle argue des turpitudes de Zelensky pour ne pas soutenir l’Ukraine résistante. » Jacques Lancier, mars 2024.
L'enjeu de cette guerre et de son dénouement est bien la sécurité et l'intégrité de l'Ukraine, la sécurité européenne, l'avenir de l'Europe et de l'Union Européenne. L'enjeu est tout autant l'avenir de la démocratie largement perfectible que nous connaissons en Europe face à une dictature sanglante. L'enjeu majeur et vital n'est ni plus ni moins que la paix durable ou la menace permanente sur notre continent. Chacun peut choisir de ne pas voir en argumentant sa cécité.
* J'ai également reçu sur un fil whatsapp local en 2023 un message de la même veine « Au-delà du débat « pour ou contre », (l'est de l'Ukraine est bombardé depuis 2014 par son propre gouvernement) les conséquences d'une guerre entretenue par un flux permanent d'armes (factuellement c'est une dynamique militariste) sont multidimensionnelles. Or, ceux qui se présentent comme les champions de l'écologie en Europe et donnent dans la surenchère belliciste au lieu de travailler à la mise en place d'une plate-forme de négociation pour la paix omettent systématiquement ces éléments. ». L'Ukraine n'avait-elle pas à se défendre de l'invasion du Dombass même pas assumé par Poutine alors ? Répondre à une attaque pour se défendre serait donc équivalent à l'attaque. Etrange raisonnement que ne rejetterait pas le sieur Poutine ! Passons. Le dramatique c'est le soutien dont cette personne a bénéficié à cette suite dans ce fil. Il m'a conduit à me retirer de ce réseau de propagande d'un seul et de lâchetés de beaucoup, tout en étant poursuivi en manif suivante par un furieux.
** « La calomnie, monsieur ! vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j’ai vu les plus honnêtes gens près d’en être accablés. Croyez qu’il n’y a pas de plate méchanceté, pas d’horreurs, pas de conte absurde, qu’on ne fasse adopter aux oisifs d’une grande ville en s’y prenant bien : et nous avons ici des gens d’une adresse !… D’abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l’orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l’oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et, rinforzando de bouche en bouche, il va le diable ; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’œil. Elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ? », Le Barbier de Séville (1775). Acte II, scène 8 (extrait)