A l'occasion du film «Black Bird»: en France, débat et législation coincés

Le film « Black Bird » expose sans pathos et sans détour l'ensemble des questions fondamentales que pose la fin de vie, l'impossibilité de décider le moyen et la date de sa propre mort quand la vie n'est plus possible sans transgresser la légalité. Coup de gueule, liberté ultime et législations en Europe. À tout âge, un combat, fondamental pour une législation en France.

Le film « Black Bird » expose sans pathos et sans détour l'ensemble des questions fondamentales que pose la fin de vie, l'impossibilité de décider le moyen et la date de sa propre mort quand la vie n'est plus possible sans transgresser la légalité : moyen, réactions-résistance-accord des proches, responsabilité de la personne en fin de vie qui ne veut pas survivre au-delà pour cause de dépendance inadmissible…

Un film grand public qui avec réalisme, pudeur, sensibilité et justesse amène un débat que notre pauvre France officielle frileuse et tétanisée par l'aide active à mourir repousse sans cesse avec mépris et condescendance : déni constant de nos dirigeants successifs et de leurs thuriféraires complices qui ne cessent de développer leur rhétorique patriarcale et théocentrée, à l'opposé de la demande de 89% de la population de notre pays (sondage IFOP/La Croix 2018) confirmée année après année.

C'est bien la fin de vie souffrante au-delà du supportable, de la dépendance au-delà du sentiment de sa propre dignité, l'agonie interminable ou l'interminable temps de survie dont personne ne veut.

 Un droit à encadrer pour en finir avec le déni

Quand la vie n'est que souffrance, physique ou psychique, en finir avec la vie est une expression fallacieuse,

Quand la survie par des batteries d'instruments et tuyaux n'apporte que souffrance physique ou psychique avant la fin qu'on ne veut pas vivre (par étouffement, paralysie ou toute autre fin) aux antipodes du paisible et de l'assumé...

Quand la dignité humaine pour celui qui veut partir n'est plus, quels que soient les soins palliatifs, bien loin déjà de répondre à la demande...

...libérer ce corps-carcan dégradé ou si dépendant qui ne peut plus porter au-delà sa souffrance est l'ultime liberté, pleinement responsable, refusée par une législation désuète et hypocrite.

Quinquennats après septennats, les (ir)responsables qui nous gouvernent n'ont jamais répondu à cette demande massive pour donner un cadre légal à choisir sa mort, malgré toutes les personnes qui, défrayant la chronique avant leur mort, ont montré l'impasse des lois successives sur la fin de vie.

Les cul-bénis qui s'attellent à la tâche autour de la fin de vie refusent d'entendre quoi que ce soit de la personne humaine déshumanisée par leur surdité. Ils ne professent que leurs croyances et leur moralisme qui n'est pas éthique mais discours rigide ; ils les imposent à tous. Surtout n'entrez pas en soins palliatifs si vous voulez en finir, ils vous auront à l'oeil.

Mais ces puissants savent comment s'en exonérer discrètement à l'étranger ou... en France, si le moment et la décision viennent.

Une réforme sociétale toujours en attente

Depuis la loi autorisant le recours à la contraception en 1967 (Loi Neuwirth), des générations de femmes et de couples dans la première partie de leur vie ont obtenu par leurs luttes, IVG, mariage pour tous, PMA,... rien sur l'aide active à mourir. En dehors des associations qui luttent pour ce droit - avec plus que des nuances - (ADMD, Ultime Liberté, Choix) et le parti politique LFI, pas une organisation, pas une manifestation qui porte ce droit à choisir sa mort comme si c'était affaire de vieux quand elle concerne tant de personnes bien avant la vieillesse, parfois si jeunes !

Les mêmes militantes qui ont mené le combat et obtenu le droit à l'IVG en 1975 (toujours menacée) sont parvenues en fin de vie. Elles se retrouvent encore devant l'absence du droit de choisir sa mort.

Tous et toutes oublient un peu vite qu'ils et elles seront un jour, peut-être plus tôt que prévu, face à l'échéance honnie, non par la mort, mais par une fin de vie agonisante, dans l'éventail infini de souffrances inapaisables, quand bien même anti-douleurs et soins attentifs. Etre dépossédé.e de sa propre fin, voilà l'échéance des hommes et femmes libres en lieu et place d'une possibilité qui apaise et laisse vivre le présent.

Il y a toujours une autre réforme de société à promouvoir avant celle sur l'aide active à mourir (euthanasie active et/ou assistance au suicide). A ce compte, on peut attendre et attendre encore.

Tous les combats pour la vie et le monde oublient ce combat à mener pour le droit de mourir, un choix personnel qui n'impose rien ni à personne mais donne à ceux et celles qui le revendique, le pouvoir de libération de l'incarcération d'un corps et d'un mental qui n'est plus possible. Ce combat est aussi un combat pour la vie sauf à dire que la mort n'est qu'un accident et non une fin.

Nous ne verrons pas dans la rue de manifestations de personnes en fin de vie, clouées au lit ou au fauteuil par la maladie ou la dépendance. Les violences policières ne seront pas nécessaires. Pourtant, une violence, la dernière, au seuil de la mort, est bien là, dans ce refus d'entendre et de permettre légalement le moyen d'en finir à celles et ceux qui l'attendent, l'espèrent, le réclament, pour s'en aller. La violence des autorités poursuit jusque dans la mort. Elle ne laisse que la transgression ou le départ au-delà de nos frontières.

Les législations en Europe

En Suisse: « ...L'assistance au suicide (ou suicide assisté) se distingue de l'euthanasie car elle désigne le fait de fournir à une personne les moyens de se suicider. La mort n'est donc pas déclenchée par un tiers, mais par le patient lui-même... »

Source : https://www.francetvinfo.fr/societe/euthanasie/en-suisse-l-aide-au-suicide-plutot-que-l-euthanasie_154365.html

« Belgique : une loi de septembre 2002 a partiellement légalisé le "suicide assisté" en l'encadrant très strictement. Le médecin "ne commettra pas d'infraction" dès lors que le patient, victime d'une "souffrance physique ou psychique constante et insupportable" des suites d'une "affection accidentelle ou pathologique incurable", "se trouve dans une situation médicale sans issue".
De plus, le Parlement belge a adopté le 13 février 2014 une loi autorisant l'euthanasie des mineurs en phase terminale et qui en font la demande. Ce droit, unique au monde, est toutefois soumis à l'accord des deux parents et à l'évaluation du discernement de l'enfant afin de déterminer s'il est conscient de toutes les conséquences d'un tel choix.

Portugal : Le 19 février 2020, le Parlement portugais a voté en faveur de la dépénalisation du suicide assisté et de l'euthanasie. Il est désormais possible pour un patient qui se trouverait dans un état de souffrance "prolongé et insupportable" d'en faire la demande, en pleine possession de ses capacités.

Source : https://www.touteleurope.eu/actualite/l-euthanasie-en-europe.html

« Aux Pays-Bas : l'euthanasie aux Pays-Bas reste un crime, mais une loi du 12 avril 2001 dégage de toutes poursuites les médecins qui auraient (ou auront) pratiqué un suicide assisté sous des conditions extrêmement précises : le Ministère de la Santé déclare que cette pratique « autorise une personne à terminer sa vie dans la dignité après avoir reçu tous les soins palliatifs disponibles. » Une discussion sur l'euthanasie est présente sur le site du Ministère de la Santé néerlandais

Aux États-Unis : le suicide médicalement assisté est légal dans l'Oregon depuis 1998. Aux termes de la loi une ordonnance peut être délivrée pour un produit létal (qui sera utilisé ou non), dans des conditions précises : la personne doit être dans les six derniers mois de sa vie, et passe devant un comité médical qui définit sa lucidité et vérifie sa volonté. Le suicide médicalement assisté est également légal dans les États de Washington, Montana, Vermont et Californie.

Au Canada, le suicide assisté a été rendu légal le 17 juin 2016 à la suite d'une décision de la Cour Suprême du 6 février 2015. Selon le Comité sénatorial spécial sur l’euthanasie et l’aide au suicide (Canada), il existe « une différence fondamentale entre l'aide au suicide et la pratique de l'euthanasie : dans le premier cas, la personne qui meurt est le principal agent de la mort, alors que dans le deuxième, cet agent est une autre personne ».

En Allemagne, la Cour constitutionnelle a censuré une loi "interdisant l'assistance organisée au suicide par des médecins ou associations". Pour Andreas Vosskuhle, président de la Cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe, cette loi empêchait les patients en phase terminale d'avoir le « droit de choisir (leur) mort ». « Ce droit inclut la liberté de s'ôter la vie et de demander de l'aide pour le faire », a ajouté le président de la Cour.

En Italie, une décision de justice a dépénalisé le suicide assisté, le 25 septembre 2019. La Cour constitutionnelle italienne a estimé que le suicide assisté pouvait être jugé licite si des conditions strictes étaient réunies : « consentement de la personne, pathologie irréversible provoquant des souffrances insoutenables et contrôle des autorités de santé publique. »

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Aide_au_suicide

Un droit fondamental à instaurer

Le combat pour une législation autorisant l'aide active à mourir est tout aussi urgent et fondamental que la révolution féministe. Il en appelle au droit fondamental de l'être humain et à sa liberté, celle qui fait peur aux dirigeants et à bien d'autres, par idéologie ou par intérêt. Un combat tout aussi long et difficile.

La France est-elle incapable de légiférer à son tour ? Impossible quand tant d'états ont légiféré, parfois depuis des années ? Sera-telle la dernière en Europe de l'Ouest à légiférer ? Quel est ce pays hypocrite et mesquin qui nie l'humanité, la responsabilité, la volonté, la force de caractère, la liberté de celui/celle qui veut se libérer de sa souffrance qui n'est que survie ? Lui et elle seul.e peut apprécier en pleine responsabilité ? Un cadre légal doit intervenir n'en déplaisent aux tenants de la rigidité et du commerce.

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Lire ce témoignage aussi poignant qu'hallucinant !

A regarder : une émission Vox Pop sur ARTE et la législation fin de vie en Europe.

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